‹ Histoire du Parlement de NormandieChapitre 6 sur 35 · scène enti · texte numérisé non relu

scène enti

ce magista

et le rainist:

' Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen , p. 26 et suiv. 1 Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , p. 24.

celle vive sorlie , une force , une autorité , dont le magistrat, honteux de lui-même, avait subi l'irrésistible ascendant; et le ministre étonné, voyant, avec émotion , ce faible juge éploré , agenouillé devant lui , et qui le priait de le bénir, le bénit, en elfet , priant Dieu à haute voix de ne point punir cet homme qui l'avait tant persécuté, ainsi Nouvdifl déçu- que ses frères1. Au reste , l'iniquité de l'arrêt du

ration , qui . , # .

miinirc»tf pinjus- 6 juin , en ce qui louchait les enfants de pères

tlced* l'arrêt . ;. . . .. i- **.. « W

du «juin, m ce tnorts reugwnnaires > parut bientôt a découvert par

«nfcnu'cu»"1^ unc ('^c'arat'ou rendue, à peu de jours de là , pour rviigionnaircs ordonner d'élever, désormais, dans la religion ca-

décédés. m % °

- Pourpier» , tholique les enfants impubères des mères convertit™ un'doa mi- tics2. Donc , avant la déclaration nouvelle , on nutrea et i© pro- ayajt pu user autrement! Aussi, le ministre Le

cureur général. 1 7

Gendre , l'allant montrer au procureur général Le Guerchois, comme elle venait d'arriver : « A tort, donc, Monsieur (lui disait-il), à tort le Parlement exigeoit de nous ce que n 'avoient point ordonné les édits ! Et voilà une déclaration qui manifeste l'iniquité de vos arrêts! » Et comme Le Guerchois n'en faisait que rire, disant que « depuis quelque temps, cette déclaration étoit in mente régis , » — t Eli quoidonc ! Messieurs , sages comme vous êtes ( s'était écrié le ministre ), vous jugez les sujets du roi , parce

1 Histoire de Ut Persécution faite à V église de Rouen, p. 55. 3 Déclaration du 12 juillet 1685.

qu'il a in petto, et non par la disposition de ses lois , publiées et enregistrées dans vos Parlements ' / » Le substitut Le Nouvel , jeune encore , s'indignait ; et , sans chercher à feindre , s'écria que , « constamment y le Parlement avoit été trop rigoureux ; qu'il ne devoit point aggraver la déclaration du roi, déjà trop rude contre ces messieurs2. » Plus tard , Montesquieu le devait dire : « Lorsque le juge présume , U $ jugements deviennent arbitraires* . »

A cette honte des magistrats, en présence des Lesminwtr ministres, dont la vue seule les faisait rougir, s était quittent bientôt venue joindre la crainte, s'ils demeuraient ^pJJJJ!^™ à Rouen quelque temps encore , de voir émigrer sar ^migrai

x x * ° deJacqne

tous les religionnaires , dont un grand nombre , Basnage. déjà, quittait, chaque jour, la province. Jacques Basnage (il est vrai ) , et Philippe Le Gendre, son confrère , prévoyant l'orage , pressaient leurs coreligionnaires menacés, de se mettre promptement à l'abri 4 ; et déjà beaucoup ayant fui , Marillac , effrayé, voulut arrêter ces émigrations, en contraignant les ministres à un prompt départ. Il leur .fallait des brevets du roi, pour pouvoir sortir du

' Histoire de la Persécution faite à l'Église de Rouen, p. 64, 65.

* Vie de Pierre Du Rose, ministre du saint Évangile, p. 124 et 129. 3 Montesquieu, Esprit des Lois , liv. xxix , chap. 26.

* Vie de Pierre Du Bosc , ministre du saint Évangile , p. I \ I . — Et Histoire de la Persécution faite à l'église, de Rouen , p. 69.

royaume, étant trop connus, et de trop près surveillés pour réussir à s échapper en secret. Econduit , à Versailles , dans tout ce qu'il put dire pour sauver le prêche de Quevilly ' , du moins Jacques Basnage obtint-il une permission en forme, (signée du roi , contresignée par Colbert ) , de se retirer en Hollande , avec sa femme 9 prête d' accoucher (assurait-il), et une femme LeFêvre, nourrice pour l'enfant à naître 2. Eu réalité , l'épouse de Jacques Basnage ( fille de Du Moulin , ce fameux ministre ) n'était point grosse ; et cette prétendue femme Le Fêvre était sa sœur , que , sans cette feinte , on n'eût pu tirer du royaume3, nies prêches Après le prêche de Rouen, avait été frappé le

nterdits et »•■ . •. it •

détraits. P611 <IU " ea res^it encore dans la province , ceux icoiariiéssnr je Criquetot , de Sanvic , du Havre A , et d'autres

démolition *

eiaideOen. encore 5 ; tous, sous ce même prétexte de relaps, ou d'enfants réputés catholiques 9 admis au prêche.

' Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen , p. 70.

1 Le brevet est du 12 octobre 1685. Préface du t. Il des Annales des Provinces-Unies y par M. Basnage, 2 vol. in-f°, La Haye, 1726.

3 Ce fait curieux fut révélé bien long-temps après , à l'audience du Parlement de Rouen, dans les plaidoiries d'un procès auquel donna lieu la succession de Henri Basnage , le commentateur de la Coutume. — Voir le Dictionnaire du Droit normand, par Honard , au mot : Protestants.

-i Rcg., 13 août 168ô.

h ff'l-i juillet, août 1686.

LOUIS XIV. i35>

Ces temples devaient être immédiatement démolis, les ministres s'éloigner , les relaps sortir du royaume après l'amende honorable , les enfants être livrés aux curés ; et , à l'égard de quelques accusés trouvés plus chargés , étaient , chaque jour , prononcées des peines plus sévères \ L'arrêt contre le prêche de Caen fut prononcé le même jour que celui touchantQuevilly, et les termes en étaient semblables2. Le docte et éloquent ministre , Pierre Du Bosc , qu'appelaient , depuis long-temps , avec instance , les bourgmestres d'Amsterdam , leur écrivit > de Rouen, en sortant du palais, où il venait d'entendre l'arrêt qui le bannissait et ruinait son prêche : « Le Parlement de Normandie ( leur disait-il ) vient de rompre les liens qui me tenoient attaché à mon église. » Il leur annonçait , en conséquence , son arrivée prochaine en Hollande3. À quelques jours de son départ , le prêche de Caen , où tant de fois avait retenti sa voix puissante , tombait en débris y au bruit des trompettes, des fanfares et des cris de joie de la foule. Les magistrats du lieu y avaient voulu mettre cette démonstration solennelle. Le peuple, entrant dans ces sentiments , à sa manière, déterrait les morts dans le cimetière , se jetait

1 Histoire de l'Édit de Nantes, tora. V, p. 770 et suiv.

' Reg.t fi juin (685.

1 VU de Pierre Du Bosc, ministre du saint Évangile, p. 435, 436.

Démolition

leurs ossemens , et , avec leurs têtes , jouait à la boule '.

Ce qu'il restait du temple deQuevilly allait tom-

e ce qui restait , % ,, . . . ,

encore ber a son tour. Voulant conserver le souvenir de ce du prêche ^ e| édifice, dont la ruine était, désormais, înévi-

de Quevilly. ' 7

table et prochaine , l'architecte Le Genevois , religionnaire, en avait tracé, à la hâte , un dessin qui, gravé plus tard , est venu jusqu'à nous2. Puis, à Quevilly, à la tète d'une tourbe, armée de pioches et de leviers , arrivèrent , le marteau et la hache à la main , l'intendant Marillac , le procureur général Le Guerchois et le conseiller rapporteur Fauvel de Touvents; car ils avaient voulu donner euxmêmes les premiers coups à ce prêche détesté ; et il fallait que, dans tous les sens, sa démolition fût leur ouvrage3. Le peuple suivit, et bientôt, de ce temple admiré , il ne resta plus pierre sur pierre. Au milieu de cette scène de destruction . et comme le comble du temple s'abattait sur les murailles, un religionnairc s'étant écrié , indigné , que « c'éloient les Jésuites qui faisoient tout cela , et que le

* Vie de Pierre Du Dose, ministre, etc., p. 138. — Histoire de rÊdit de Santés, tom. V, p. 774, 77:>.

a H est gravé en tôte de Y Histoire de la Persécution faite à féglise de Rouen , sur la fin du dernier siècle. Rotterdam, 1"oi, in-12. — Voir aussi rette Histoire de la Persécution , p. 70.

* Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen, p. 38, 39. — La fie de Pierre Du Dose , ministre du saint Évangile, p. 141.

roi se gardât d'eux* pour qu'il ne fui en arrivât autant qu'à ses aïeux » > saisi par les archers, et traîné en prison, il s'ensuivit contre lui de rigoureuses procédures, et enfin une condamnation à mort , dont il ne se put sauver qu'en abjurant dans la suite '.

Aux termes de Tarrôt, la riche bibliothèque du Les Jésuite prêche devant appartenir aux hôpitaux , qui Tau- ™ bîwiôthèq raient fait vendre, les ministres, pour qu'une si <*n prêche, q

r * avait été quesl

précieuse collection de livres ne pérît pas, avaient démettre.

.,,,/../ , , . dans Rouer

tente cl en taire (comme récemment cela venait àiadispositi

d'avoir lieu à San mur ) le fond d'une bibliothèque u p

à l'usage des lettrés et du public, avantage que la

ville de Rouen , si importante , ne possédait pas

encore. Mais les Jésuites, venant à la traverse, se

Tétaient fait donner par un arrôt du Conseil ; et ,

à Rouen , par un autre arrêt rendu , à la sourdine ,

dans une petite audience du matin , la grand'cham-

bre, présidée par Poërier d'AmfreviIle,en ordonna

la délivrance aces Pères, qui, aussitôt, y envoyant

des hommes en nombre , avec des paniers, l'avaient

sous clé dans leur collège avant qu'on sût seule- x

ment dans Rouen qu'elle leur dût jamais apparte

mr".

1 Arcliifcs du Parlement, et Mss. Gaignicrcs, Bibliothèque royale.

1 rie de Pierre Du Hosc , ministre du saint Evangile , p. 130, 131 . —Histoire de ta Persécution faite à l'église de Kouen, etc., p. 72, 73.

Des bruits

de persécution

se répandent.

— Beaucoup de

religionnaires

▼ont an palais,

abjurer.

— D'autres ,

en pins grand

nombre,

émigrent.

Le Parlement sérit contre ceux qui annoncent ( avec raison ) une persécution prochaine. Il s'efforce d'empêcher les émigrations, fait arrêter les émigrants, saisir et vendre leurs meubles.

Tant de rigueurs avaient jeté, parmi les réformés, une perturbation qu'on tenterait en vain de décrire , et que, toutefois, des bruits sinistres devaient bientôt venir accroître encore. Il courut je ne sais quels bruits de soldats, de dragonnades.; les vexations des derniers temps autorisaient les plus tristes conjectures; et la présence de Marillac permettait, hélas! de tout craindre. Beaucoup de pauvres religion* naires éperdus abjurèrent, en hâte, un culte proscrit. Des artisans venaient h la grand chambre» déclarer « qu'ayant recognu l'erreur de la religion protestante , ils embrassoient la religion catholique, apostolique et romaine , dans laquelle ils vouloient vivre et mourir. » Des plâtriers , des chaudronniers, des couvreurs , et autres gens de cette sorte , se succédaient tous les jours , au palais, y faisant ces déclarations spontanées , dont la cour prenait acte , et qu'on trouve encore en ses registres1. Des religionnaires, de condition plus relevée, en grand nombre, abjurèrent aussi dans ces périlleuses conjonctures2. Mais d'autres, en plus grand nombre encore , émigraient , effrayés de ce qu'on disait des troupes qui allaient venir. Le Parlement, ou plutôt la chambre des vacations , en séance alors , bien informée , sans nul doute , de la vérité de ces dires ,

1 Aeg. secr., juin, juillet, août, septembre, etc., 1685, passim. ? Reg. rapp., 20 décembre 168;), Il janvier 1686 et passim.

LOUIS XIV. 13g

se mit à rendre de fréquents et durs arrêts , pour punir ceux qui avaient osé les répandre, et résolut qu'il serait procédé contre ces perturbateurs du repos public*. Et comme nombre de protestants, effrayés, n'en continuaient pas moins de vendre leurs meubles , et que , dans tous les ports de la province , on ne voyait que préparatifs de départ . cette chambre, osant devancer et suggérer d'odieuses mesures, qu'on n'eût jamais dû exécuter, bien loin de les imaginer et de les prescrire à l'avance , 6t publier partout l'expresse défense à tous de sortir de France , de vendre ou transporter leurs meubles , dans le dessein d'aller à l'étranger , à toutes personnes de rien acheter des fugitifs. Et, lorsqu'arriva bientôt une déclaration royale ( en ce sens) , qu'avaient devancée et inspirée ces durs arrêts , la chambre des vacations , achevant , alors , son ouvrage , fit poursuivre partout à outrance , et arrêter les émigrants , qui se trouvèrent plus nombreux encore qu'on n'avait pu croire. Par son ordre , au Havre , à Dieppe , à Honfleur , à Granville, les amirautés, inexorables, fouillant les maisons , et visitant les navires, trouvèrent et punirent • une infinité de personnes , qui s ' embarquoient ums permission » ; saisirent , firent crier à l'encan

1 Âef secr.% 13 novembre IG8J. — Heg. de rapp. civ., 17 octobre t l" novembre , 22 décembre 1685 ; ■> avril IG86.

les meubles que les fugitifs avaient voulu emporter Tyrannie ou vendre1. Chaque jour, à la grand chambre,

de la Chambre m 1 J ' o »

des vacations de comparaissaient, éperdus, de pauvres gens, aux-

l'année 1685. i*i>r.*.i • • 1 • i i

quels il n était plus permis, ni de vivre dans leur patrie , ni de la fuir. Un chaudronnier , nommé Vandale, arrêté comme il partait, traîné au palais, et là, tancé sur sa croyance, répondit « qu'élevé dans la religion protestante* il vouloit continuer d'en faire profession , et y vivre et mourir. » Il l'en fallut tenir quitte pour l'injonction de rester dans la ville , sans en jamais sortir2. Une fille de quinze ou seize ans, Judith Coquemer , religionnaire , comme elle allait à Paris , épouser son parent , son fiancé, religionnaire ainsi qu'elle, après un long interrogatoire qu'on lui fit subir à la grand'* chambre , fut menée par des huissiers aux iVaeivelles Catholiques* « pour y être instruite en la religion catholique, apostolique et romaine , et y demeurer jusqu'à nouvel ordre de la cour3. »

Cette dure chambre des vacations , pressentant la prochaine révocation de ledit de Nantes, y préludait par des violences et des tracasseries de chaque jour, excitée par son président Thomas-Charles de

1 Reg. secr., 13 novembre 1685, — Rapport du président de Brumarc ( De Bccdclièvrc de Quevilly), président de la Chambre des vacations de IG85.

* Reg. secr.y 14 juillet 1685.

3 Reg. secr.j 18 juin 1685.

Becdelièvre de Brumare , de cette noble famille desBecdelièvre , seigneurs d'Ocqueville et deCany.

Elle venait, enfin, d'être signée, cette fameuse Déclaration déclaration4 révocatoire de redit de Nantes, et redit de Nantes. de tant dédits de pacification perpétuels et irrévo- C Octobre im». > cables, rendus avant et depuis ! Elle ordonnait de raser du sol le peu de temples qui pouvaient être debout encore ; défendait, en tous lieux, l'exercice du culte proscrit; bannissait les ministres opiniâtres, dans quinzaine, avec défense d'exercer jusqu'à leur départ, à peine des galères; fermait les écoles, livrait les enfants nouveaux nés aux curés, chargés de les baptiser et de les élever dans la religion catholique; défendait la sortie du royaume aux religionnaires , sous peine des galères , rux femmes , sous peine de confiscation de corps et de biens.

La déclaration arrivant à Rouen . le 20 octobre , Avecia déclaraà huit heures du soir, avec des ordres secrets pour , *lon' "?\e

7 TA Rouen Tinter-

le président de Brumare et l'intendant Marillac, diction de

* m t Coignard du

ne put être enregistrée que le lendemain ; et, ce Petit-camp,

A i /» > . . i . , le seul des

jour même , en la iaisant consigner sur les registres, conseillers renia chambre des vacations en ajourna la publication s'on,,*ires <iui

4 ' rat encore en

à la Saint-Martin , mais non l 'exécution, qui , par ses fonctions. ordres, commença incontinent, par provision (disait l'arrêt ) Parmi les ordres de toutes sortes , envoyés

1 Déclaration d'octobre 1685.

avec elle, se trouvait un arrêt du Conseil, prononçant l'interdiction du seul conseiller religionnaire qui eût pu se maintenir, jusque-là , dans la compagnie, Henri Coignard du Petit-Camp , reçu le 1er octobre 1678, à la place du conseiller religionnaire De Farcy de PayneL L'intendant Marillac alla , le soir même , notifier à ce magistrat inamovible cette révocation arbitraire, illégale, contraire à l'ordonnance fondamentale qui, en 1477, avait proclamé l'inamovibilité des juges1 . 11 fallait, maintenant, obéir, accepter le remboursement, tel quel, arbitré par le receveur des parties casuelles, et se voir remplacé par des personnes agréables à S. M., la faculté ayant été ôtée à ces magistrats interdits, de résigner eux-mêmes leurs offices2.

Le président Dans ce naufrage des réformés, et sous le coup

piCein™Micmènr, 'e P'us v»°'ent qui 'eur eût été porté jamais , la fait rapoiogic liberté de parler semblait, du moins , leur devoir

des dragonnades. J

être laissée; et, un instant, on l'avait pu croire, la déclaration , « en attendant qu'il plût à Dieu de les éclairer,» leur permettant de t demeurer dans le royaume , sans pouvoir être troublés ni empêches, sous prétexte de la R. P. R. , à la seule condition de n'en pas faire d'exercice , et de ne se point as-

' Reg. secr., 13 novembre 1685.

9 Arrêt du Conseil, 23 novembre 1685. — Histoire de tÉdit de .Vantes , tom. V. p. 871 du texte, et 189 des Pièces justiâcatirts.

sembler ' . » Mais ( disait, en plein Parlement, le président De Bruraare aux chambres assemblées , ) t cette déclaration n 'eût pas été encore assez puissante pour les faire rentrer dans le sein de l'Eglise j si le

ROY NE SE FUST SERVY DES MÊMES VOIES QUE LEMPB- K1UE HONORIUS EMPLOYA AUTREFOIS CONTRE LES DONAT1STES , LEUR AYANT ENVOYÉ DES TROUPES POUR

les réduire2. » Paroles où l'ignorance le dispute à la rigueur ; car , pour qui a seulement ouvert les histoires , quelle comparaison faire entre les Donatistes , dévastant tout , à main armée , ces Circumcellions , promenant en tous lieux, l'incendie , la destruction, le pillage, la mort3 , et les religionnairesde France, si paisibles, si soumis au moment où il plut à Louis XIV de leur déclarer la guerre ! au point que Bossue t a pu dire au dauphin, en lui parlant de cette action du roi son père : « S'il attaque l'hérésie par tant de moyens, ce n'est pas qu'il craigne

POUR SON TRÔNE. ToUT EST TRANQUILLE A SES PIEDS, ET SES ARMES SONT REDOUTÉES PAR TOUTE LA TERRE;

mais c'est qu'il aime ses peuples > et que , se voyant élevé , par la main de Dieu 9 à une puissance que rien ne peut égaler dans t univers > il n'en connoit point de plus bel usage que de la faire servir à guérir les

' Édit révocatoire de celui de Nantes , article 1 1 .

' Meg. secr., 13 norembre 1685.

3 Sancti Auguat. epistol, exi, ad Victorian., tom. Il , col. 319.

Combien bomu<* plaies de l'Eglise*. » Et puis, quelle honle à un

détestait ces ... . . *

violences. magistrat de préconiser ces rigueurs , que naguère avait flétries un grand évêque , cet immortel Bossuet, que nous entendions tout à l'heure ! •Que

ces nouveaux apôtres * qui , pour annoncer l'Evangile * se font escorter de gens de guerre ci de satellites 9 ressemblent peu aux apôtres de J.-C. ! ( avait dit ce grand pontife. ) Des gens armés sont-ils donc les diacres des prédicateurs évangéliques 2?» Mais ces doctrines, aujourd'hui, n étant plus de mise dans les Conseils, des troupes s'avançaient contre les huguenots, envoyées, non plus, comme en 1681, sur l'inhumaine provocation d'un intendant désavoué , révoqué pour s'en être servi ; mais, par l'autorité du roi lui-même 3 , elles marchaient, devancées par l'épouvante , pour abolir , dans le royaume, une religion détestée. « Nouvelle façon de persuader! (se serait écrié Montaigne); pour Dieu mercy* ma créance ne se manie pas à coups de poing! * » origine des Et voyez , pourtant , quelles funestes conséquen-

d ratonnades. ... a % t

ces une mauvaise loi peut entraîner à sa suite !

1 Bossuct , Discours sur l'Histoire universelle, 2e partie, § 13.

* Pcfcnsio déclarât ionis ccleberrima-, quant de Pot esta te ecclesiasticAsanxitclerusgalIicanus, Omartii 1682, a uctoreJ.-B. Bossue*; édit. 1730, iu-4° , lib. I , sert. lr<\ cap. !.> ; — et pars. Il, lib. IV, cap. 15.

3 D'Aguesseau, Discours sur la vie et la mort de M, d'Jguesseau, conseiller d'État, son père, OEuvres complètes , in-4°, XIII, 51.

* Montaigne, Essais, liv. III, chap. II.

En 1681 , une ordonnance du roi avait été rendue, accordant exemption , pendant deux ans , de loger des gens de guerre , aux religionn aires qui se voudraient convertir * . De là , o/i en était bientôt venu à cet excès , d'imposer aux opiniâtres , outre les soldats déjà mis à leur charge , ceux dont auraient été déchargés leurs coreligionnaires plus dociles. Pais, mission fut donnée à ces satellites de désoler, de rainer les obstinés, de les vexer, de les torturer sans mesure. D'un privilège pour quelques-uns , on avait fait un supplice pour la plupart3. C'est, eo peu de mots , l'histoire des dragonnades. Y revenir, après la lamentable expérience qu'on en avait faite, plusieurs années auparavant, était une action abominable; malheureusement, ce fut bien, cette fois , par l'ordre du roi lui-même ; et Marillac , en un mot , était bien vengé. « 5. M. (lui écrivait Louvois ) auroit fort agréable quon pût porter les religionnaires des principaux endroits A se convertir par délibération ; et, si cela ne se peut pas 9 elle désire qu'on essaie de porter le plus grand nombre à se convertir, et qu'on ne s' opiniâtre point à les

On y reviei (en Ift85),p Tordre dn r« qui avait pa les improuYt an commette ment.

1 Déclaration du 11 avril 1681 .

* D'Aguesseau f Discours sur la vie et la mort de M. iVsIguesseau, conseiller d'État, son père, t. XIII de ses Œuvres, édit. in-4°. — De Rulhières , Éclaircissements historiques sur les causes de la révocation dcTÉdit de Nantes.— Histoire de VÉdit de Nantes, par Elie Benoit . t. IV, p. 474 et suiv.

io

I4fi PARLEMENT DE NORMANDIE.

faire convertir jusqu'au dernier* par des logements excessifs. Elle aura pour agréable que l'on ménage, le plus que faire se pourra , les gros marchands et ceux des manufactures , dont le travail est utile à la province. Ce qui doit faire comprendre que S. M. aime mieux que , des vingt mille religionnaire* qui sont dans votre département* il y en reste quatre ou cinq cents qui ne se convertissent pas présentement 9 que si y pour acltever de les convertir 3 il falloit faire

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