CHAPITRE III
qu'un serf, ou un affranchi , un roturier, un bourgeois, eût jamais siégé dans aucun tribunal, excepté quand les pairs bourgeois avaient jugé leurs confrères dans les causes criminelles.
Les barons étaient donc seuls conseillers jageurs y comme on parlait alors. Ils siégaient l'épée au côté, selon l'ancien usage. On pouvait en quelque sorte les comparer à ces anciens sénateurs romains qui , après avoir fait la fonction déjuges dans le sénat, allaient servir ou commander dans les armées.
Mais les barons français étant très peu instruits des lois et des coutumes, la plupart même sachant à peine signer leur nom , il y eut deux chambres des enquêtes, dans lesquelles on admit des clercs et des laïques, appelés maîtres ou licenciés en droit. Ils étaient conseillers rapporteurs: ils n'étaient pas juges, mais ils instruisaient les causes, les préparaient, et les lisaient ensuite devant les barons conseillers jugeurs. Ceux-ci, pour former leur avis, n'écoutaient que le bon sens naturel, l'esprit d'équité, et quelquefois leur caprice. Ces conseillers rapporteurs, ces maîtres furent ensuite incorporés avec les barons; c'est ainsi que dans la chambre impériale d'Allemagne et dans le conseil aulique , il y a des docteurs avec des gens d'épée. De même, dans les conciles, le second ordre fut presque toujours admis comme le plus savant. II y eut presque dans tous les états des grands qui
eurent l'autorité, et des petits qui, en se rendant utiles, finirent par la partager.
Les chambres des enquêtes étaient présidées aussi par des seigneurs et par des évéques. Les clercs ecclésiastiques et les clercs laïques fesaient toute la procédure. On sait assez qu'on appelait clercs ceux qui avaient fréquenté les écoles, quoiqu'ils ne fussent pas du clergé. Les notaires du roi s'appelaient les clercs du roi : il avait dans sa maison des clercs de cuisine, c'est-à-dire des gens qui , sachant lire et écrire, tenaient les comptes de la cuisine : il y en a encore chez les rois d'Angleterre, qui ont conservé beaucoup d'anciens usages entièrement perdus à la cour de France.
La science s'appelait clergie, et de là vient le terme de mauclerc , qui signifiait un ignorant, ou un savant qui abusait de son érudition.
Les rapporteurs des enquêtes n'étaient donc pas tous des clercs d'église ; il y avait des séculiers savans dans le droit civil et le droit canon, c'està-dire un peu plus instruits que les autres dans les préjugés qui régnaient alors.
Le comte de Boulai nvilliers et le célèbre Fénélon prétendent qu'ils furent tous tirés de la condition servile: mais certainement il y avait alors dans Paris, dans Orléans, dans Reims, des bourgeois qui n'étaient point serfs; et c'était sans contredit le plus grand nombre. Aurait-on admis en