CHAPITRE LVI. 3l
un héraut d'armes, accompagné d'un gentilhomme ordinaire du roi , au parlement de Paris. Le héraut ne fut point reçu , sous prétexte qu'on n'en envoyait qu'à des ennemis, et que le parlement ne l'était pas ; mais quelques jours après le parlement donna audience à un envoyé du roi d'Espagne, qui promit, au nom du roi son maître, dix-huit mille hommes contre le cardinal Mazarin*.
Cette proposition de l'Espagne hâta la paix de la cour et des frondeurs. La reine-mère ramena son fds à Paris; mais les affaires ne furent que plus brouillées.
Le prince de Condé demanda hautement le prix de ses services. Le cardinal trouva le prix trop exorbitant; et, pour réponse à ses griefs, il le fit mettre en prison à Vincennes, lui, le prince de Conti son frère, et le duc de Longueville son beau-frère ( i8 janvier i65o). Le peuple, qui avait fait des barricades pour l'emprisonnement de Broussel, fit des feux de joie pour celui du grand Condé. Mais cet emprisonnement, qui semblait devoir assurer la tranquillité publique en inspirant la terreur, ne produisit qu'une seconde guerre civile. Le parlement prit enfin parti pgur
* Cet envoyé était un moine bernardin que le gouverneur des Pays-Bas employait dans des détails d'intrigues et d'espionnage. Le coadjuteur fabriqua avec lui de fausses lettres de l'archiduc au parlement, pour qu'il pût jouer le rôle d'ambassadeur , et le parlement fut la dupe de cette comédie.
3i4 IirSTOIRE DU PARLEMEJNT DE PARIS.
ce même prince contre lequel il avait levé des troupes. On vit la mère du grand Condé venir présenter requête à la porte de la grand'chambre, et implorer la protection de tous les conseillers en s'inclinant devant eux à mesure qu'ils passaient.
Le parlement de Bordeaux députa au parlement de Paris, et s'unit avec lui. (9 février i65i) Mazarin, fut obligé de sortir de Paris, et d'aller lui-même délivrer les princes qu'il avait fait transférer au Havre-de-Grace. Le parlement le bannit du royaume par arrêt, avec nouvel ordre à tous les sujets du roi de lui courir sus.
Par un second arrêt, il commit les conseillers Bitaut et Pitou pour aller informer contre lui sur la frontière et pour l'amener prisonnier à la conciergerie, en cas qu'ils le trouvassent.
Par un troisième arrêt, il mit la tête du cardinal à prix, et fixa ce prix à cinquante mille écus.
Par un quatrième arrêt, il fit vendre ses meubles et sa bibliothèque pour avoir de quoi payer cette tête.
Par un cinquième arrêt, quand le cardinal revint dans le royaume, à la tête d'une petite armée, pour se joindre aux troupes du roi , il envoya deux conseillers pour informer contre cette armée : l'un d'eux, qui était ce même Bitaut, fut pris et renvoyé sans rançon avec indulgence..
L'avocat général Talon dit alors au coadjuteur