CHAPITRE LXIX. ^l
province envoyés à eux de la part du roi pour faire enregistrer. Quelques classes décernèrent des prises de corps contre ces officiers. Si ces décrets avaient été mis à exécution , il en aurait résulté un effet bien étrange. C'est sur les domaines royaux que se prennent les deniers dont on paie les frais de justice , de sorte que le roi aurait payé de ses propres domaines les arrêts rendus par ceux qui lui désobéissaient contre ses officiers principaux qui avaient exécuté ses ordres.
Cette étonnante anarchie ne pouvait pas subsister : il fallait ou que la couronne reprît son autorité, ou que les parlemens prévalussent.
On avait besoin, dans des conjonctures si critiques, d'un chancelier entreprenant et audacieux; on le trouva ^ Il fallait changer toute l'administration de la justice dans le royaume, et elle fut changée.
Le roi commença par essayer de ramener le parlement de Paris; il le fit venir à un lit de justice (le 7 septembre 1770) qu'il tint à Versailles avec les princes, les pairs, et les grands officiers de la couronne. Là il lui défendit de se servir jamais des termes d'unité, dHindmsibilitéy et de classes ;
^ * Ce fut René-Nicolas-Charles-Augustin de. Maupeou , nommé le 16 septembre 1768, en remplacement de son père, lequel n'occupa les fonctions de chancelier que vingt -quatre heures après Chrétien-François de Lamoignon. (Clog.)
4l6 HISTOIRE DU PARLEMEIYT DE PARIS.
D'envoyer aux autres parlemens , d'autres mémoires que ceux qui sont spécifiés par les ordonnances j
De cesser le service, sinon dans le cas que ces mêmes ordonnances ont prévus;
De donner leur démission en corps;
De rendre jamais d'arrêt qui retarde les enregistremens ; le tout sous peine d'être cassé.
Le parlement, sur cet édit solennel, ayant encore cessé le service, le roi leur fit porter des lettres de jussion; ils désobéirent. Nouvelles lettres de jussion, nouvelle désobéissance. Enfin le monarque, poussé à bout, leur envoya pour dernière tentative, le 20 janvier (1771), à quatre heures du matin, des mousquetaires qui portèrent à chaque membre un papier à signer. Ce papier ne contenait qu'un ordre de déclarer s'ils obéiraient ou s'ils refuseraient. Plusieurs voulurent interpréter la volonté du roi : les mousquetaires leur dirent qu'ils avaient l'ordre d'éviter les commentaires; qu'il fallait un oui ou un non.
Quarante membres signèrent ce oui, les autres s'en dispensèrent '. Les oui étant venus le lendemain au parlement avec leurs camarades, leur
^ On remarqua que ceux qui, dans l'assemblée des chambres, avaient opiné à continuer le service, signèrent non, se croyant liés par l'arrêté de leur corps. Les plus ardens , au contraire , intimidés par la présence d'un mousquetaire, signèrent ou'u