CH. XII. — LA TABLE DE MARBRE
conseiller du Parlement de Bordeaux renvoyé au Parlement de Toulouse, en chambres assemblées, la chambre des requêtes ayant émis la prétention d'assister à Taudience et de concourir à l'arrêt de la Cour, une vive opposition s'éleva contre elle aux chambres des enquêtes. La victoire resta aux requêtes.
La grand' chambre jugeait les appels des requêtes, sans plaidoirie, pour l'honneur de la chambre des requêtes, ainsi que l'a écrit La Rocheflavin, qui présida cette chambre avec tant d'éclat. Il a ajouté qu'elle avait rang, séance et voix aux chambres assemblées, sans contestation. Il- est allé trop loin : souvent messieurs des enquêtes refusèrent durement ces prérogatives à Messieurs des requêtes, qu'ils ne voulaient pas regarder comme des juges souverains. Jamais, d'ailleurs, la présidence du Parlement ne pouvait revenir à un président ou conseiller des requêtes ; ils n'occupaient même pas la place du doyen. La chambre des requêtes resta toujours à un rang inférieur. On n'appelait ses membres que les commissaires aux requêtes. On voulait ainsi marquer la différence signalée par d'Aguesseau entre les magistrats rendant des arrêts et ceux qui ne prononçaient que des sentences sujettes à l'appel.
A cette chambre des requêtes, les édits royaux réunirent la juridiction de la Table de marbre et agrandirent ses pouvoirs et son horizon. La Table de marbre de Toulouse, créée en i558, décidait, tant à c l'ordinaire qu'au souverain », de toutes les matières des eaux et forêts, de pêches et de chasses. A l'ordinaire, elle jugeait avec sa composition habituelle ; au souverain, ou en dernier ressort, elle se formait de dix membres, sept de
la grand'chambre et trois des requêtes. Elle avait ses audiences le mardi soir de chaque semaine, et son nom lui venait de la grande table de marbre, d*un seul bloc, de la salle des Pas-Perdus de Paris, la plus grande, la plus large et la plus épaisse qu*on vît jamais, où les rois de France avaient dîné en compagnie des rois étrangers, des ambassadeurs et des princes, autour de laquelle se rendait autrefois la justice forestière, où se jouaient les mystères et se montrait chape et mitre le pape des fous.
A la Table de marbre de Toulouse-, se décidaient, en dernier ressort, les sentences des justices inférieures de l'administration des forêts. Elle eut, de même que la chambre des requêtes, ses gens du roi ayant le droit à la robe rouge et à Thermine. Le grand-maître héréditaire des eaux et forêts du ressort siégeait à la Table de marbre, en habit noir et Tépée au côté, à la gauche du président. En matière forestière, le ressort du Parlement de Toulouse s'étendait au delà de ses limites et comprenait dix maîtrises des eaux et forêts, six en Languedoc, trois en Guyenne et une dans le pays de Poix.
Le Parlement avait, enfin, ses audiences extraordinaires, à la saison des vacances, de la Notre-Dame d'août à la Saint-Martin d'hiver, pour la publication d'édits importants ou pour le jugement d'affaires intéressant les villes ou l'État. Ces audiences extraordinaires ne se tenaient qu'à la grand'chambre, aux jours de la semaine par elles choisis, à l'exception des jours fériés. La première de ces audiences ayant été d'abord fixée à un samedi, on les appela toutes des sabbatines, bien