‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 105 sur 295 · CH. XII. — LA DÉCENCE DES VÊTEMENTS · texte numérisé non relu

CH. XII. — LA DÉCENCE DES VÊTEMENTS

et étendit même parfois sa prohibition au costume des femmes des parlementaires. La barbe et les cheveux subirent aussi des règles sévères, selon les temps et la mode. € Il est fort indécent, disait un moraliste de la fin € du seizième siècle, de voir de jeunes conseillers avec « de grandes moustaches fort relevées, retroussées et € frisées avec art et certains fers chauds, à la turques- « que:» La Rochetlavin a parlé aussi de Tair du visage, des regards el de la démarche des magistrats. Jamais sermonnaire n'eut plus de vigueur et d'intolérance. C'est surtout après la réunion du Parlenient de Béziers à celui de Toulouse, que les mœurs s'amollirent et que chacun s'habillait selon sa fantasie ou la mode. Il n'y eut plus de différence entre les gens du Palais etles gens de guerre, entre les vêtements des femmes de procureurs ou des femmes des seigneurs et des parlementaires. Le Parlement s'émut de cette révolution dans le costume et prit des mesures pour ramener les hommes du Palais à une grave simplicité dans la manière de se vêtir. A la première contravention, le doyen adressait au magistrat une semonce à l'audience. En cas de récidive, il le soumettait à la mercuriale en plein Parlement ; la troisième fois, les chambres assemblées prononçaient la suspension. Ces assemblées statuaient enfin sur les absences des magistrats; le droit d'accorder des congés passa, dans la suite, aux prenriiers présidents.

On ne ménageait pas les sévérités aux procureurs, aux huissiers et aux clercs du greflfe et du parquet qui ne pouvaient entrer au Palais que couverts de leurs robes longues, les manches passées, avec chaperons et bonnets carrés. Les anciens procureurs ne portaient qu'un

sayon ou robe jusqu'au genou, à manches étroites et ouvertes, le bonnet carré, le chaperon et la ceinture de cuir où ils suspendaient les sacs des procédures. Les huissiers n'auraient pu franchir le seuil sans avoir les verges à la main. L'arrêt intérieur de règlement sur le costume était lu, chaque année, à la Saint-Martin d'hiver.

Ces âmes austères du Parlement, si rudes à ellesmêmes, étaient miséricordieuses et douces aux misères des autres, c La prison, c'est le greffier Lacombe qui le € dit, n'étant pas uniquement infligée aux criminels « pour une peine ou un supplice, mais aussi pour la « garde de leur personne, durant l'information de leur € procès, la piété chrétienne nous oblige à consoler ces € malheureux par des actions de charité. >

Tous les ans, les parlementaires s'acheminaient vers les prisons et cherchaient à consoler et à soulager les prisonniers, en souvenir de la visite des rois de France aux prisons de Paris, aux veilles des quatre fêtes solennelles de l'année. En remettant aux Parlements la charge d'administrer la justice du royaume, les rois leur imposèrent la mission de continuer ces traditions touchantes et chrétiennes, qu'en langage du Palais, on appela les reddcs des prisons. Avant les fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, des conseillers délégués par la Cour se rendaient à pied dans les prisons de Toulouse, mandaient devant eux tous les prisonniers, écoutaient leurs plaintes, les interrogeaient sur les motifs de leur détention et en faisaient un rapport à la Cour. Un autre jour, les parlementaires, en nombre suffisant pour rendre un arrêt, se transportaient encore aux prisons pour y juger les causes des prisonniers.

CHAP. Xll. — LES REDDES DES PRISONS 289

Avec le temps, les conseillers se déchargèrent sur les gens du roi du devoir d'interroger les prisonniers, mais la Cour ne changea rien à la solennité de la journée des reddes consacrée par tant d'ordonnances royales, surtout par celle de 1549. La Cour tout entière, assemblée sur les bas sièges de la grand'chambre, comme aux audiences à huis clos, à sept heures du matin, entendait les rapports des gens du roi en marge desquels les garde-sacs écrivaient les noms des rapporteurs des procès entre prisonniers, délibéraient aussitôt sur les incidents ou requêtes en élargissement et rendaient les ordonnances ou arrêts, séance tenante. Quand les procès ne paraissaient pas suffisamment instruits ou que le motif de la détention semblait sans gravité, on renvoyait Taffaire à la connaissance des membres de la Cour désignés pour aller à la redde. Dans ce cas, en marge du rapport, le premier président écrivait, de sa main, ces mots : « A la redde ». Si le crime était grave et l'élargissement refusé, il mettait ce mot latin : maneat.

A ce moment de l'audience, entraient les officiers de la ville, le juge-mage, le juge criminel, ou en leur absence, les autres lieutenants avec les substituts du procureur général, tenant en main la double redde des prisonniers civils et criminels détenus en leurs prisons, et après eux les maîtres des ports, des eaux et forêts et delà traite foraine, le viguier ou son lieutenant et quatre capitouls avec leurs livrées et chaperons, apportant la redde de leurs prisonniers. Chacun de ces officiers lisait la sienne à son tour dans la première enceinte du barreau. Puis, les maîtres des ports et des eaux et forêts rendaient compte à la Cour de l'état des forêts royales, des che-

2g0 HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE

mins publics et des diverses choses de leurs charges.

Cest alors que se levait celui des gens du roi qui assistait à Taudience pour haranguer la Cour sur le devoir des magistrats et censurer les négligences ou les abus des officiers présents à l'audience, tête nue, ne se couvrant que sur Tinvitation du premier président et se découvrant toutes les fois que le premier président ou les gens du roi s'adressaient à eux.

Le premier président parlait après les gens du roi sur e même sujet et exhortait tous ces officiers à bien remplir leurs fonctions, en les menaçant de réprimer leurs défaillances par des châtiments ou des réprimandes. Sa harangue finie, il retenait la redde de la Conciergerie pour lui et dix ou douze conseillers et remettait celle des Hauts-Murats et des prisons de Mirabel ou de la sénéchaussée aux autres présidents et, en leur absence, au plus ancien des conseillers qui devait présider et qui s'adjoignait d'autres conseillers au nombre de sept au moins. Les gens du roi n'assistant qu'à la redde de la Conciergerie, la Cour députait deux commissaires à chacune des re ides des autres prisons.

Les parlementaires allaient ensuite à pied aux reddes de la Conciergerie et des Hauts-Murats, marchant deux à deux, par ordre de réception et trois huissiers en tête. A la porte des prisons, les geôliers leur offraient, dans un bassin, des festons ou bouquets de fleurs et leur ouvraient une large salle jonchée d'herbes odoriférantes pour chasser l'air malsain des prisons. Les présidents ne s'asseyaient que sur 'une chaise entre deux bancs de bois destinés aux conseillers ; derrière les présidents, le garde-sac ou l'audiencier écrivait sur une petite table.

Page 1