‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 113 sur 295 · CHAP. XIV. — RÉVOLTE DES BORDELAIS · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. — RÉVOLTE DES BORDELAIS

fiance en soumettant à sa justice les désordres de la Guyenne. L'établissement des gabelles avait mis en feu les régions du Bordelais, de la Saintonge, du Périgord et du Limousin . Un vent de révolte souffla surtout à Bordeaux où la voix du Parlement fut raillée et insultée, et où une troupe de factieux contraignit les présidents et les conseillers à se mettre à leur tète en habits de matelots. Le Parlement de Bordeaux appela à son secours Tristan de Monenx, lieutenant du roi de Navarre ; mais le peuple le massacra. Le connétable de Montmorency, marchait à grandes journées avec ses troupes et le maître des requêtes, Charles de Neuilly, cœur de fer et implacable artisan des vengeances du roi. Le connétable et le maître des requêtes ne jetèrent qu'un regard dédaigneux sur le supplice d'un chef de la révolte tiré à quatre chevaux par arrêt du Parlement. Ce châtiment leur parut dérisoire : le maître des requêtes embrassa, dans sa poursuite, la ville tout entière, et le connétable rendit cette sentence fameuse qui frappait d'interdiction la ville de Bordeaux, les jurats et le Parlement luimême. Ils se pourvurent en cassation au Conseil du roi. La Guyenne épouvantée de cette décision était dans une anxiété qu'un chroniqueur compare à une agonie. Le roi évoqua l'affaire et la renvoya au Parlement de Toulouse.

C'était la première fois qu'un Parlement allait juger un autre Parlement. N'était-ce pas du Pcurlement de Bordeaux que le chancelier de L'Hôpital disait que c'était une maison mal réglée où les saines traditions s'étaient effacées et affaiblies ? De Thou qui a raconté en détail et te révolte des Bordelais parait avoir ignoré cette évo-

cation : il s'est môme trompé en disant que, durant cette interdiction, la justice ne fut rendue à Bordeaux que par des magistrats pris par le roi au Parlement de Paris; selon les bénédictins, le roi aurait pris ces magistrats aux Parlements de Paris, de Toulouse et de Rouen. La Rochetlavin est mieux renseigné en écrivant que le roi choisit ces magistrats dans tous les Parlements de France. On trouve, en effet, parmi eux le nom de Jean du Tournoër, conseiller à Toulouse.

Cette tempête s'apaisa et les innocents se détachèrent des coupables. Au mois de novembre de la même année, la clémence royale rendit au Parlement de Bordeaux le plein exercice de la justice en Guyenne ; elle ne déféra au Parlement de Toulouse que les assassins du lieutenant du roi de Navarre et quelques magistrats plus attaqués que les autres par Tinformation et le rapport du maître des requêtes. Les parlementaires de Bordeaux traduits devant le Parlement de Toulouse étaient le président de La Chassaigne, les conseillers Arnaud de Sebra, Pierre de Cores, Guillaume Vergouin, Arnaud Guérin et le procureur général Antoine de Lescure. Leur procès se termina par un arrêt d'absolution. Tous ces magistrats reprirent leurs fonctions au Parlement de Bordeaux, sauf La Chassaigne dont la disgrâce dura dix ans.

Ces troubles ne franchirent pas les limites de la Gu}^nne. La province de Languedoc ne manquait ni de divisions, ni de secousses. Le roi s'en inquiète et s'en irrite. Le Parlement envoie des remontrances à la couronne et ne parait pas se soucier de la sévère harangue iu chancelier Olivier au Parlement de Paris, en i549 :

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« Je sais bien qu'en plusieurs occasions, les rois ont « voulu prendre avis de cette compagnie, soit du corps « entier, soit d'aucun d'icelui, en affaires bien impor- « tantes de leur Etat, quand ils Pont trouvé bon, et le « pourraient faire encore souvent, n'étaient que quelle ques scrupules qui ont rendu les communications « plus difficiles. Mais comme il est en la puissance et « en la conduite du prince de prendre, ainsi qu'il lui plaît, « avis et conseil de ceux qu'il veut appeler, ce qu'il fait « en cela ne change pas la condition de ceux qu'il appelle « et ne leur donne point nouveau droit, ni nouvelle qua- « lité ; et toujours la fonction de cette compagnie est de- € meurée en cette première et principale partie de toutes € les actions royales et Ja plus importante qui s'exerce

< en un Etat, qui est l'administration de la justice. » Les Etats suppliaient le roi de ne plus exempter de la

taille les membres du Parlement ; le roi ne les exempta que des impositions extraordinaires. En retour, le Parlement ajournait sans cesse la confirmation générale des privilèges de la province. Au lendemain de cet arrêt deconfirmation, les États, en signe de paix, prient le roi de laisser au Parlement le libre pouvoir de fixer le nombre des procureurs. Ce rameau d'olivier se dessécha aux premiers souffles d'orage.

C'est un frein et non une branche d'olivier qu'on mit devant l'inquisition pressée de refouler la réforme et qui empiétait sur la juridiction épiscopale. Le père Lombard écrit alors cette maxime : « Tout despotisme en-

< chaîne les hommes et celui de l'inquisiteur de la foi

< eût causé, si on l'eût laissé faire, autant de mal à la « religion qu'à la société. » Déjà, Philippe le Bel lui

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avait enlevé le droit d'emprisonner les citoyens soupçonnés d'hérésie, sans être muni d'une sentence préalable rendue par l'évêque, l'inquisiteur et le sénéchal. Les inquisiteurs n'en violaient pas moins les droits de juridiction des évoques. Ils régnaient à Toulouse et, du fond de leur couvent, ils semaient la terreur dans la province parles condamnations et les supplices. Le président de Rességuier, dans ses mémoires manuscrits en a parlé dans ce langage humain et ému : c Ce tribunal de Tin- € quisition établi pour maintenir la foi dans sa pureté « n'était que le théâtre de la calomnie, de l'opposition

< et la source d'exactions violentes et injustes. Le roi « Philippe le Bel eut beau envoyer à Toulouse le vidame

< d'Amiens, pour informer contre l'Inquisition, et le € Parlement eut beau évoquer bien des procès devant « lui, les bûchers flambaient toujours sur la place Saint- « Etienne. » Henri II renouvela une ordonnance de François P% portant que les juges royaux instruiraient les procédures et les soumettraient à la décision des juges ecclésiastiques, sauf les cas réservés à la justice du souverain. Les peines canoniques n'effrayant plus les partisans de la réforme, on en revint à la rigueur des châtiments séculiers : Henri II déféra aux Parlements les crimes d'hérésie, et les appels des sentences ecclésiastiques rendues contre les accusés entrés dans les ordres sacrés. Le roi autorisa même le premier président du Parlement de Toulouse à faire juger ces sortes de crimes par celle des chambres qu'il lui plairait de choisir. C'est ainsi que Pierre Serres, prêtre converti au protestantisme, fut jugé à la fois par la grand' chambre et la Toumelle, le premier président

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