‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 114 sur 295 · CHAP. XIV. — LES GRANDS JOURS A BÉZIERS · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. — LES GRANDS JOURS A BÉZIERS

ayant soutenu que l'arrêt de mort prononcé par la seule Tournelle était nul et contre les règles. *

Ces premières années du règne de Henri II couvrirent la province de Languedoc, et surtout la ville et la contrée de Nîmes, d'échafauds, de gibets, de bûchers et de supplices. Les écoliers de l'Université, entraînés par le courant, bravaient les excommunications et la prison et embrassaient en foule le protestantisme. Les plus violents pénétraient parfois dans les églises, l'épée à la main, forçant les prédicateurs à descendre de leurs chaires et à cesser leurs prières. Dans une ville, les catholiques investissent et brûlent le prêche ; dans une autre, les protestants massacrent les catholiques en procession dans les rues, dispersent les moines et les religieuses, les mutilent et les jettent dans les fleuves. Telle fut un jour Taudace du carme Vidal, dans la chaire de réglise de Pamiers, que le Parlement décerna contre lui un arrêt de prise de corps et que les consuls de la ville, soupçonnés d'avoir favorisé sa fuite, furent ajournés et censurés à Paudience. Ces terribles journées amenèrent les grands jours tenus à Béziers en i55o. Pierre Dufaur de Pibrac les présida, en ayant avec lui les conseillers du Tournoër, duFerrier, Robert de Nupces, delà Garde, de Bagis, de Paulo, du Solier, Hébrard, Papus, Berbiguier et de Lautrec.

Le président Dufaur, membre de ce conseil politique de la province qui tenait en ses mains toute l'autorité des gouverneurs appelés aux armées, ne tarda pas à être remplacé par son frère Michel Dufaur de Saint- Jory, juge-mage de Toulouse, qui fit confirmer en sa personne l'ancienne prérogative des barons du Parle-

ment, de siéger aux Etats parmi les barons. Les Etats n'arrachèrent que plus tard cet honneur aux membres du Parlement. En attendant, ils refusèrent, comme pour se venger des parlementaires, d'ordonner la réédification de l'ancien palais des comtes de Toulouse, dont les salles tombant en ruines servaient aux audiences de la Cour. Ils ravivaient ainsi les querelles à peine assoupies de la Cour des aides et des parlementaires, qui ne pouvaient s'éteindre que le jour où la Cour des aides serait réunie au Parlement.

Quelques mois après, le procureur général s^attaqua, à l'occasion d'un édit du roi, à la nouvelle noblesse sortie du capitoulat, qui prenait des vêtements en étoffes de soie permises aux gentilshommes et interdites aux roturiers. A la première nouvelle de ce réquisitoire, qui mit en courroux les femmes et les enfants des capitouls, rhotel de ville se pourvut auprès du roi qui confirma, en souriant, aux familles anoblies par le capitoulat, le libre usage de la soie.

Ces questions frivoles s'effaçaient devant les questions qui touchaient à la moralité publique et à la chasteté des mœurs de l'église. Un prêtre, étant convaincu de vivre sous le même toit avec une jeune veuve, le Parlement bannit la veuve, mit aux enchères la maison du scandale, distribua le prix, moitié en amende envers le roi et moitié en aumônea envers les pauvres et déféra le prêtre au jugement de ses supérieurs ecclésiastiques. Cet arrêt souleva les clameurs de la province, et Tévêque de Montauban en poursuivit la cassation au Conseil du roi. Hélas ! c'était cet évêque de triste mémoire, Jean de Lettes, qui combattait alors pour ses foyers et qui se ré-

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