CHAP. XIV. — UN PAMPHLET
fugia à Genève, au lendemain de tout ce bruit, avec ^ une veuve de son diocèse. La misère Tobligea à échanger ; son évôché français contre un moulin de Suisse, et c'est la décadence de Jean de Lettes qui donna lieu à ce proverbe railleur : d'évêque devenir meunier. Le Parlement, ému des fréquentes défaillances des monastères et des églises, commanda à tous les juges royaux du ressort, de saisir au corps tous citoyens, clercs ou lais qui, selon son expression, seraient scandaleux. Cet arrêt retentit d'un bout du royaume à l'autre; on en disputa jusqu'à la Cour du Louvre. Après bien des récriminations passionnées, le Conseil privé cassa l'arrêt du Parlement.
Cet orage ^e serait évanoui si un pamphlet ayant pour titre Arrèl du Parlement de Toulouse très profitable^ n'eût amassé de nouveaux nuages. Le premier président de Mansencal y répondit par un écrit sous ce titre: Oe la vérité et autorité de la justice du roi très chrétien en la correction et punition des maléfices : il y défendait l'autorité méconnue de la Cour, en séparant, dans le clergé, le bon grain de l'ivraie. Cette réponse n'est qu'une lente et lourde dissertation remplie de citations, de questions de doctrine et d'arguments tirés des conciles. Elle concluait en disant que le Parlement n'entendait pas empiéter sur les privilèges de l'Église, mais qu'il avait voulu frapper un coup d'éclat pour réveiller les supérieurs endormis ou assoupis des églises et des couvents.
Cet écrit du premier président eut un retentissement plus grand encore que l'arrêt. La Sorbonne, inquiète de certaines propositions échappées au premier président, mit le libelle au rang des livres entachés d'erreurs et d*hérésies. L'évéque de Montauban alla pliis loin que la
Sorbonne et le brûla en place publique. Jean de Mansencal protesta contre la censure de la Sorbonne par une apologie de ses propositions et de la pureté de sa foi. UInquisition et huit docteurs de Toulouse soutenaient la doctrine du premier président. Jean de Mansencal ne s*attaquait vraiment qu'à la brigue d*une partie du clergé : loin de vouloir outrager la Sorbonne, il lui envoya son gendre Gabriel Du Bourg, grand référendaire de France et petit-fils da chancelier Du Bourg, afin de Tadoucir et de Téclairer. La Cour et le roi étaient pour Jean de Mansencal, mais la Sorbonne n'entendit rien retrancher de sa décision. Le roi plaignit le premier président et créa, en signe de sa royale affection pour lui, un office déconseiller uni à la garde des sceaux de la chancellerie de Toulouse en faveur de Gabriel Du Bourg, avec la préséance sur tous les conseillers ses collègues qui ne lui pardonnèrent pas cet honneur insigne et qui l'obligèrent à y renoncer. Ce Du Bourg, fils d'un frère d'Antoine Du Bourg, chancelier de France, a été la tige féconde et illustre d'où sont sortis des évêques de Rieux, des sénéchaux d'Auvergne, un gouverneur de Lille et une légion de conseillers au Parlement.
Les censeurs de Sorbonne ne refroidirent pas le zèle du Parlement dans la poursuite des sourdes manœuvres des ennemis de l'Église. N'est-ce pas alors que le premier président disait à Henri II: c Sire, sans la « crainte de votre justice et la vigilance de votre Par- € lement, le feu du schisme de Genève était non seule- € ment allumé, mais encore afflambé en icelles vos villes « et pays. » Les prêcheurs calvinistes couraient les plaines du Bas-Languedoc où, ni le concile de Narbonne,