‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 117 sur 295 · CHAP. XIV. — ANTOINE DE LAUTREC SSQ · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. — ANTOINE DE LAUTREC SSQ

Condé abattront tous les courages, il ne désespérera jamais de la cause de la réforme et il sera à côté de Jeanne d'Albret, quand elle haranguera les troupes ébranlées et leur donnera son fils en gage de victoire. Il aurait été heureux s'il avait su vivre dans sa retraite laborieuse et sereine, en gardant la religion de ses ancêtres. Il allait être un des agitateurs les plus véhéments du camp des réformés.

Ces agitateurs, avant de laisser éclater leurs révoltes, les étouffaient longtemps au fond de leur cœur, depuis qu*une ordonnance du roi Henri II avait imposé aux magistrats', sollicitant leur entrée dans une Cour de justice, des preuves de catholicité à labri de soupçons et de surprises. Il en était qui courbaient le front et signaient de sinistres arrêts qu'ils redoutaient en secret pour eux-mêmes. D'autres plus fiers et plus téméraires déchiraient tous les voiles, comme cet Antoine de Lautrec qui abandonna sa patrie et sa charge de conseiller auParlementde Toulouse, pour s'enfuira Genève, et que le Parlement condamna, par contumace, à être brûlé en effigie, la veille du jour où un sectaire jeune et enthousiaste arrivé de Genève, fut brûlé vif en place Saint-Georges. C'est aussi le temps où Marc-Antoine Muret, celui qu'on appela l'orateur des papes et qui étudiait le droit à Toulouse, à l'exemple des plus grands hommes de son siècle, fut condamné par contumace, non pour crime d'hérésie, mais pour ses mœurs infâmes, à périr dans les flammes avec un gentilhomme de Dijon son élève et son complice. On les brûla en effigie ; ils avaient déjà passé les monts, La ville de Toulouse attirait vers ses écoles les ora-

teurs et les poètes de tous les pays. On oublia vite la fuite de Marc-Antoine Muret. Depuis le quatrième siècle, on ne vit jamais à Toulouse éclore plus de brillants esprits aux écoles de théologie, de droit civil, de droit canon et des belles-lettres. Un édit du roi réunit en deux écoles affectées à Tétude des langues latine, hébraïque, grecque et des beaux-arts, les anciens collèges de Boulbonne, de Saint-Girons, de Verdale, de Montlezun et de «rEsquille, originairement réservés à la jurisprudence et à la théologie, afin, disait le roi, c de donner ac- € complissement à TUniversité de Toulouse qui de tout -€ temps a été, dans l'interprétation et Tétude'des lois, la € plus fameuse et la plus florissante du royaume. »

L'enregistrement de Tédit rencontra des obstacles. Les esprits attardés et ennemis des innovations craignaient de voir les belles-lettres nuire à Tétude sévère des lois. Jean Bodin, alors étudiant en droit à Toulouse et amassant des matériaux pour son livre de la Républi-que, prit la défense des nouveaux collèges dans un discours adressé à la jeunesse, au peuple et au sénat toulousains. Le syndic de THôtel de Ville alla à Paris et obtint des lettres de jussion. Le Parlement enregistra ledit.

Le Parlement et les Etats, toujours en querelle, oubliaient leurs ressentiments et groupaient leurs forces pour arrêter l'invasion de la réforme dans la province et pour entraver la création de nouvelles charges dont le roi, malheureux à la guerre, menaçait le Languedoc. Le Parlement écartait, sans pitié, ceux qui lui semblaient indignes de remplir des fonctions de magistrat, sans avoir égard aux prières des courtisans ou aux

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