‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 119 sur 295 · CHAP. XIV. — SUPPLICES DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. — SUPPLICES DES PROTESTANTS

Guillaume d*Alençon et Pierre de Lavaur et une multitude de protestants de Grenade, d*Agen, de Négrepelisse. de Villefranche et de Montauban, parmi lesquels on cite Paulet, lieutenant principal de la sénéchaussée, Brassac, lieutenant particulier, le consul Pigorier, des syndics et des ministres qui poussaient ce cri touchant d'Etienne Dolet: cEtais-je donc un loup, une bête féroce? Ne c suis-je pas un homme ? »

Le protonotaire d'Armagnac, devenu évêque de Rodez et cardinal, le cordelier de Nuptiis, qui prêchait à la Daurade, et son ami Melchior Flavin n'échappèrent à la mort que par la fuite. Le bûcher prenait tout, moines, huguenots ou écoliers, tous ceux qui lisaient les psaumes. Le peuple, impatient et mécontent des lenteurs du Parlement, se faisait parfois justice, se ruait sur les imprudents qui critiquaient les sermons catholiques, les traînait hors de l'église, les accablait de coups de pierre ou de coups d'épée et allumait la paille et le bois pour les brûler. Triste retour de ces persécutions religieuses : Calvin écrivait de Genève au gouverneur de Montélimart : c Purgez le pays des ennemis de « la doctrine ; pareils monstres doivent être étouffés « comme on fit à Michel Servet. »

Des bandes armées parcouraient les Cévennes au travers des émeutes et des supplices. Des présidents et des conseillers du Parlement accourent vers ces contrées ; mais leurs châtiments étant impuissants à calmer ces révoltes, le roi commanda au sénéchal de Nîmes de convoquer le ban et Tarrière-ban de la î-énéchaussée, les troupes à pied et à cheval, Tartillerie et les canons s'il en était besoin. Les feux des bûchers se rallumèrent et

la terreur régna sur le passage des troupes et des parlementaires. Enfin, la clémence du roi suspendit le cours de cette redoutable et errante justice et le calme revint dans les Cévennes et le Gévaudan.

Il a semblé aux esprits frondeurs ou légers que le Parmement de Toulouse ne savait que verser le sang et brûler les agitateurs de la réforme : il faut se souvenir qu il n'exécutait que la ferme volonté du roi et que les lois implacables de ces rudes époques, qui punissaient de mort les prédicateurs des nouveaux dogmes, les vendeurs des livres condamnés, ceux qui tenaient des assemblées protestantes et ceux qui allaient à Genève. 11 était expressément interdit au Parlement de remettre la peine de mort quand elle était prescrite ou de la modérer. Les contemporains lui ont rendu cette justice qu'il refroidit, plus d'une fois, les excitations des évéques ayant droit de séance dans ces procès de religion, en vertu d'un édit de i557, et les ardeurs des inquisiteurs répandus par la province et usurpant l'autorité des évoques.

Le roi le savait bien, et il en témoignait son contentement au Parlement en confirmant l'ordonnance de François l", qui affectait à la charge de premier président de Toulouse les mômes gages qu'à la charge de premier président du Parlement de Paris. Les autres présidents, les conseillers et les gens du roi partagèrent ces faveurs du prince et touchèrent les gages des membres du Parlement de Paris, dans les aff'aires du domaine et du roi. Les premiers présidents recevaient alors pour leurs gages i,8oo livres, les présidents à mortier 1,200 et les conseillers 800. Un document de 1557 dit que la totalité des gages du Parlement de Tou-

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