‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 122 sur 295 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Querelles entre les parlementaires et les capitouls. — Supplices des protestants. — Corruption des mœurs. — Châtiments. — Procès de Martin Guerre. — Rapport de Jean de Coras. — Opinion de Montaigne. — La famine. — Les guerres de religion. — Le Parlement est pour les Guise contre Condé. — Supplices dans le Bas-Languedoc. Sédition des écoliers de l'Université. — La Réforme à Montauban. Mort de François II. — Régence de Catherine de Médicis. — Avènement de Charles IX. — Massacre des protestants. — Ardeur des scrmonnaircs protestants. — Progrès delà Réforme. — Amnistie en faveur des calvinistes. — Édit de Romorantin. — Défiance du Parlement. — Menaces des protestants. — Destruction des autels et des églises par les protestants. — Aggravation des discordes. — Humiliation des capitouls. — Entrée à Toulouse du seigneur de Tcrride. — Son arrivée au Parlement. — Mesures prises par lui. — Agitation dans la province. — Lettre du procureur général à la régente et au gouvernement. — Sectaires emprisonnés. — Èditde ij6i. — Élection de huit protestants au capitoulat. — Discordes à Toulouse. — Édit de janvier 1562. — Résistance du Parlement.— Enregistrement avec réserves. — Edit de paix devenu un signal de guerre.

A cette époque agitée et confuse où Tunion des grands corps de l'État eût été nécessaire, les divisions, plus que jamais, mirent aux prises le Capitole et le Parlement. Le trésorier de la ville ayant, pour quelques misérables arrérages, saisi la mule du conseiller du Tournoêr, le conseiller fit arrêter par un huissier le commis du trésorier. Le Parlement blâma le conseiller cité devant lui à mercuriale, et condamna à 100 sols d'amende les capitouls

qui venaient eux-mêmes de condamner Thuissier à pareille amende. L'affaire alla au Conseil du roi, mais n'y fut pas tranchée sans retour. Pour suppléer à cette imposition incertaine de la taille dont les membres du Parlement et les professeurs de l'université avaient été autrefois affranchis, on établit un nouveau droit sur les marchandises apportées à Toulouse, connu sous le nom de commutation

Les protestants continuaient à se laisser emprisonner, torturer et brûler vifs. Comme aux premiers siècles chrétiens, le sang des suppliciés était une semence humaine et généreuse couvrant les campagnes et les villes: sous le règne de Henri II, une seule église réformée existait en France: après sa mort, on en comptait plus de deux mille. Vers cette époque, au rapport de Lafaille, vingt mille huguenots séjournaient à Toulouse. Ils empruntaient le langage des martyrs du temps de Néron et s'écriaient en montant sur les bûchers ; « Nous sommes « altérés et affamés de la mort. » Leur légende attendrissante et douloureuse se répandait de contrée en contrée par toute la province. Le Parlement qui les condamnait à outrance n'épargnait pas les criminels catholiques : deux moines, cachant sous le froc des âmes de scélérats, assassinèrent, un jour, à matines, le prieur de la Daurade sévère aux dépravations de leur vie. L'atrocité du crime exigeait li nouveauté du châtiment : Tarrét porta qu'ils seraient mis en quatre quartiers et que leur tôte tomberait ensuite sous le glaive du bourreau en place de la Daurade et en face de leur monastère.

Dans cette ville c sainte et sonnante » de Toulouse, tière de ses cent églises ou chapelles, de ses dix-huit mo-

Page 1