‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 126 sur 295 · CHAP. XV. — OPINION DE MONTAIGNE · texte numérisé non relu

CHAP. XV. — OPINION DE MONTAIGNE

peine réservée aux criminels de noblesse, qu'on pendait pourtant pour crimes de bas étage, à une potence plus haute que celle des vilains. Le Parlement agita longuement la question de savoir si Bertrande de Rolz, ayant péché par légèreté, ne devait point être punie et si le vrai Martin Guerre lui-même, ce mari négligent, ne devait pas être châtié de cet abandon de sa femme. Le Parlement s'arrêta à faire grâce à la femme, en « considé- € ration de la faiblesse de son sexe, facile à être déçu « par l'astuce, calidité et finesse des hommes et auquel c la loi ne présume point dol ou intention aucune de mal c faire. > Il fit grâce au mari, « à cause de la légèreté « et chaleur de jeunesse qui lors bouillonnait en lui ».

Le juge de Rieux, chargé de l'exécution de l'arrêt, se transporta à Artigat et il a été raconté que le condamné, avant de mourir, confessa son crime. On en peut douter : Coras qui publia son rapport, après le supplice, n'en a rien dit; il assure, au contraire, que le condamné protesta, jusqu'à la fin, de son innocence.

Montaigne, le grand douteur, a dit son avis sur cette affaire: « 11 me souvient (et me souvient aussi d'auc tre chose) qu'il me semble que le récit de Coras a « rendu l'imposture de celui qu'il jugea coupable si € merveilleuse et excédant de si long notre connaissance « et la sienne qui était juge, que je trouvai beaucoup de € hardiesse en l'arrêt qui le condamna à être pendu. € Recevons quelque forme d'arrêt qui die : c La Cour c n'y entend rien», plus librement et plus ingénument « que ne firent les Aréopagites, lesquels se trouvant « pressés d'une cause qu'ils ne pouvaient développer, or- « donnèrent que les parties en viendraient à cent ans ».

Nous ne sommes plus au temps de l'Aréopage, et dans cette société du seizième siècle, pressée de vivre autant que la nôtre, les disputes humaines n*attendaient pas un siècle pour être tranchées. Ce procès, dont la rumeur fut si prolongée, fit, un moment, oublier à la province du Languedoc les fléaux de la famine et de la guerre. La guerre se rallume : les Guise sont aux prises avec le prince de Condé et Tamiral de Coligny qui embrassent la réforme ; le Parlement de Toulouse est pour les Guise qui inspirent au roi Tédit du 2 janvier i56o supprimant la vénalité des charges, rétablissant le droit de présentation par les Cours, supprimant la chambre des requêtes, l'iacorporantau Parlement et contenant de sages et utiles règles sur l'administration de la justice. La justice ne pouvait trouver le repos, et la paix. Du haut de ses bancs de velours fleurdelysé, elle entendait gronder la tempête. Le Parlement, à la veille des vacances du Palais, augmenta la chambre des vacations pour contenir la ville de Toulouse prête à s'ébranler. La conspiration d'Amboise, en échouant au printemps de i56o, apaise la capitale de la province ; une lettre du roi exhorte le Parlement à maintenir le Languedoc dans l'obéissance, mais du côté de la Provence et vers Beau- Caire, le Vivarais et Nîmes, les protestants renversaieat les autels, s'emparaient des couve .its et se battaient avec les catholiques sous les murs'd'Annonay. Les sénéchaux et les juges-mages qui voulurent, par ordre du Parlemont, se placer entre les armées et leur parler de trêves faillirent être massacrés. Les prédicateurs de Genève ravivaient les discordes et les haines et expulsaient les prêtres des églises : le Parlement leur opposa le séné-

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