CHAP. XV. — LA RÉFORME A MONTAUBAN
chai de Beaucaire et le bailli du Vivarais accompagnés du vicomte de Joyeuse, du seigneur de Touroon et de la noblesse de ce pays. Le comte de Villars se mit plus tard en campagne et fit, avec des commissaires du Parlement, le procès aux plus fanatiques. Les exils ou les supplices chassèrent les émeutiers d'Aigues-Mortes, de Montpellier et de Beaucaire; le calme ne pouvait se rétablir.
A Toulouse, deux anciens moines, suivant les traces du ministre Vignol, attiraient à eux les écoliers de l'Université par leur fougueuse éloquence. Ces écoliers épris des choses nouvelles, au nombre de quatre cents, demandèrent, à grand cris, au premier président deMansencal le libre exercice de leur religion dans une église de la ville, afin d'y entendre prêcher à la mode de Genève. Le procureur général Bertrand Sabatéri écrivait au cardinal de Lorraine. « Je crains quelque sédition, s'il ne c plaît à Dieu, au roi et à vous, monseigneur, d*}" reméc dier. » Le cardinal de Lorraine, frère du duc de Guise, enleva au Parlement, malgré ses remontrances et ses protestations, la connaissance des crimes d'hérésie et l'attribua à la justice des évoques, en réservant pourtant au Parlement le jugement des discours ou des écrits hostiles à la religion catholique. Jamais on n'entendit discours plus enflammés, qu'à ces journées tumultueuses, de la Garonne au Rhône et des Pyrénées aux Cévennes.
A Montauban, devenue une des forteresses du calvinisme et que Bosquet appelle la plus ancienne ville hérétique du ressort, un prêcheur apprenait au peuple le chant des psaumes en français. La foule ravie par ces chœurs qu*on chantait le soir, sous les arbres, brisa les
portes de la prison où le Parlement avait enfermé le maître chanteur. Le procureur général et deux conseillers partirent aussitôt et firent annoncer, à soq de trompe, dans la ville de Montauban, la récompense de 5oo écus à celui qui révélerait le nom des coupables. Ils arrêtèrent trois sectaires, et ce coup de rigueur étonna et intimida les autres. Le Parlement enjoignit ensuite au sénéchal du Quercy d'assembler le conseil de ville de Montauban et de menacer les consuls de la potence, s*ils refusaient de déposer dans Tinformation dirigée contre cet attentat à la justice royale. Il voulait même prendre à partie le corps tout entier de la maison de ville, démanteler et ruiner les remparts. La mort de François II conjura cet orage.
Un roi de dix ans succédait à un roi de dix-sept ans : Catherine deMédicis prit la régence, s'éloigna des Guise et se rapprocha de Coligny qu'elle détestait. Des violences contre les protestants, le gouvernement passa à la tolérance et en informa le Parlement. Le roi Charles IX annonce à sa Cour de Toulouse son avènement à la couronne et la régence de sa mère assistée du roi de Navarre. Le Parlement, après avoir célébré les funérailles de François II, répond au nouveau roi en lui envoyant une députation. Quelques jours après, des lettres royales enjoignent au Parlement d'ouvrir les prisons aux émeutiers arrêtés pendant les troubles de religion. Le Parlement ne les rendit à la liberté, qu'en recevant leur promesse de sortir du royaume, sous peine de mort. Il n'accorda la grâce aux émeutiers en fuite, qu'à la condition de s'engager à ne plus troubler la paix de la province.
En montant sur le trône, le nouveau roi adressa au