CHAP. XV. — AVÈNEMENT DE CHARLES IX
Parlement une lettre empreinte de tolérance, où il disait ; Considérant, qu'à l'exemple de nos prédécesseurs
< et pour être chose fort décente à notre jeune âge,
< nous ne pouvons mieux faire que d'étendre notre clé-
< mence sur ceux de nos sujets qui se trouvent travaillés
< et emprisonnés par le fait de la religion, nous vous
< mandons de cesser toutes poursuites, procédures, re-
< cherches et jugements contre toute personne pour le
< fait de la religion. Semblablement que vous ayez à
< mettre en liberté et faire ouvrir les prisons à tous ceux c et celles qui y seraient détenus, les admonestant de € vivre ci-après catboliquemeut, sans, pour le passé,
< plus avant les enquérir, inquiéter ni molester. » L'édit de pacification qui suivit la lettre est du mois
de mars 1662. La Cour hésitait à enregistrer l'édit ; on lit en effet dans une missive du roi au cardinal d'Armagnac: € J'envoie le sieur de Caylus devers vous et c ma Cour du Parlement de Toulouse pour vous porter c les patentes de la paix, -afin de les faire publier, et « de veiller à ce qu'ils (Messieurs) n'en fassent diffic culte, comme je sais qu'ils en sont coutumiers... » En juin i568, nouvel édit de pacification. Le Parlement ne l'enregistra, avec modifications, qu'après quatre jussions successives de la part du roi. En pareille occasion, la Cour de Toulouse tint à manifester son sentiment religieux, et on lit dans les formules d'enregistrement, ces mots : « Le tout, sans approbation de la nouvelle religion. » D'autre part, en certaines remontrances, Toulouse écait appelée la ville la plus troublée du royaume, étant environnée d'un grand nombre d'ennemis et des villes rebelles de Montauban, Castres, Gail-
lac, Saint -Antonin, Réalmont, Lombez, Puylaurens, le Mas-d'Azil. Le Parlement fit même difficulté d'admettre certains conseillers, suspects de protestantisme. Il inséra, en son registre secret, que toutes parties catholiques pourraient les récuser; ce qui déplut fort au roi. qui ordonna au Parlement de lui envoyer le registre, et fit défense d'admettre la récusation de ces conseillers pour le seul fait de la religion. Le Parlement n'enregistra les lettres royales, sur ce sujet, que huit mois après.
En i562 un édit attribuait au sénéchal la connaissance des délits et crimes des protestants. En 1672, le Parlement fit des remontrances et réclama son ancienne juridiction. Le roi déclara que « ayant mûrement con- € sidéré les causes et raisons, devant lui déduites par € les députés de la Cour, et prenant telle assurance de € rintégrité et équité des présidents et conseillers, au « fait et administration de la justice, que, sans distinc- « tion de personnages, ils la distribueront en toute sin- € cérité et droiture à tous ceux de la religion préten- € due réformée qu'aux catholiques, et que Sa Majesté € a levé l'interdiction faite à ladite Cour du Parlement € de connaître des procès et instances de ceux de la € religion. »
La clémence royale enhardit les protestants qui reparurent partout, nombreux, altiers et le cœur plein d'amertume. A Toulouse, leurs prédicateurs prêchèrent au collège de l'Esquile et le soir, au sortir des classes qui finissaient par le > prier js de Genève, les écoliers de l'Université, armés d'épées, couraient par la ville en chantant les psaumes en français. Les chœurs retentissants et