‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 129 sur 295 · CHAP. XV. — PROGRÈS DE LA RÉFORME · texte numérisé non relu

CHAP. XV. — PROGRÈS DE LA RÉFORME

menaçants ressemblaient au bruit du tocsin. Le guet arrêta les plus ardents et condamna au bûcher un moine apostat et un libraire venu de Genève. Le peuple devançait parfois la justice du Parlement : un calviniste ayant un jour entonné un psaume de Clément Marot dans réglise de la Dalbade, le peuple le roua de coups; un autre ayant interpellé un prédicateur à Téglise Saint- Sernin, la foule le traîna tout sanglant au Palais, accusa les capitouls d'encourager ces désordres et les menaça de brûler leurs maisons. Le Parlement cherchait à apaiser le peuple et veillait à la tranquilli.é de la ville. Théodore de Bèze se plaint de sa rigueur envers les protestants sans cesse emprisonnés et de Tair hautain dont il recevait les plaintes de la reine mère. Trois capitouls, amis des protestants, dénoncèrent à Catherine de Médicis quatre prédicateurs catholiques, un dominicain, un cordelier, un minime et un jésuite, comme ennemis du gouvernement. On les mit en prison par ordre de la régente : les gens du roi se récrièrent, et le Parlement les délivra par un arrôt qui leur recommandait de combattre les erreurs, mais de ménager les citoyens et le gouvernement « œuvre de Dieu, inviolable et sacré. » Les nouveaux capitouls nommés en 1670 dépassaient les anciens en exaltation et en amour des représailles: le chroniqueur Pierre Guilbert disait alors que les rois des huguenots venaient d'être élus pour le gouvernement de la république toulousaine. Les capitouls le firent mettre aux fers ; sur le conseil de Tavocat Santo-Lacroix, il en appela au Parlement qui retint l'affaire, malgré les clameurs populaires qui lui reprochaient de violer Tédit du roi laissant aux capitouls le jugement des sédi*

tieux. Les écoliers acclamaient les capitouls et sifflaient les lecteurs catholiques Fernand, Roussel et Lacoste qu*ils traitaient de papistes.

Les assemblées protestantes devenaient, de jour en jour, plus tumultueuses dans les villes et les campagnes. Le Parlement menaça de la potence ceux qui assistaient à ces assemblées « contre l'honneur de Dieu et de son « église», en déclarant fauteurs d'hérésie, les voisins des prêches qui n'en avertiraient pas la justice, et en ordonnant de saisir au corps et de transférer à Toulouse les minisires et prédicants. Le fougueux Barreilleseut peur et quitta Toulouse pour aller prêcher le calvinisme à Lectoure. Une députation du Parlement Vy poursuivit et fit dresser des gibets sur les places et les carrefours. Trois mille calvinistes assiégèrent Lectoure, emprisonnèrent les trois conseillers envoyés par le Parlement, les mirent en liberté le lendemain et gardèrent en otage le substitut du procureur général et l'huissier du Parlement. Les gens du roi envoyèrent leurs plaintes à la reine mère qui étouffa cette sédition.

La trêve n'avait pas été longue à Montauban et dans les villes voisines devenues des foyers de la réforme. A Montauban, les troubles religieux se réveillèrent : des commissaires du Parlement, escortés de troupes à cheval et à pied, ne purent entrer dans la ville armée pour un siège. Les portes ne s'ouvrirent que devant le président Daffis et l'avocat général de Mansencal. Le prédicant et le chef de la police sortirent par une autre porte ; on les pendit en effigie.

Les gens du roi alarmaient la régente par le récit de ces séditions qui mettaient en feu la province. La reine

Page 1