CHAP. XV. — TROUBLES EN LANGUEDOC
les capitouls, humiliés et irrités, coururent au Palais, et déclarèrent au Parlement que l'entrée de ces troupes serait une atteinte mortelle aux privilèges et à l'honneur de leur cité. Le Parlement leur répondit que c'était là leur affaire et qu'ils pouvaient en écrire au seigneur de Terride.
Il arriva sans écouter les réclamations des capitouls et alla s'asseoir au Parlement, au banc des simples gentilshommes et sans épée. Le premier président l'ayant informé que sa lettre de cachet ne lui donnait aucune juridiction, il s'inclina et dit qu'il réglerait sa conduite sur le conseil de la Cour. Il s'empressa de désarmer les habitants, et, si ce bon capitaine, ainsi désigné par \e^ registres du Parlement, n'avait été rappelé, quelques jours après par la régente, il eût calmé bien des révoltes dans la province. On s'agitait et on se battait à Castres, àMontauban, à Lavaur, à Pamiers, à Beaucaire, à Montpellier, à Nîmes, à Lunel, à Puylaurens, au Vigan, à Mazamet, à Gaillac, à Castelnaudary. Quelques sénéchaux manquaient de fermeté et d'impartialité ; le Parlement enjoignit à tous les officiers du roi, dans le ressort, d'affirmer leur résolution de vivre selon les intentions de Sa Majesté, sous peine d'être interdits de leurs charges.
La régente ménageait Coligny et couvrait les protestants de sa tolérance. Ils étaient, chaque jour, plus audacieux et plus impérieux. A Béziers, il s'assemblèrent en armes pour reprendre un ministre qu'on leur avait enlevé. Le procureur général partit pour Béziers, d'où il adressa à la reine mère et au connétable de Montmorency, gouverneur du Languedoc, une lettre où il décri-
g7^ HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
vait, à grands traits, les scènes attristantes de ces luttes religieuses. Il leur disait :
c Je ne ferai pas de longs discours de ce qui se dispose € et traite présentement à Montpellier, Nîmes, Som- € mières, Sauve, Anduze, Le Vigan, Garrigues, Lunel, € Castres, Lavaur, Puylaurens, Mazamet, Castelnau- « dary, Revel, Villefranche de Lauraguais, Gaiilac, € Réalmont, Tholose et presque en toutes les autres € villes de Languedoc, représentant la ruine et la déso- € lation prochaine de tout ce pays. Si, par la grâce de € Dieu et votre providence, le dit pays n'est pa§ se- € couru, tout est à craindre. >
Partout où les protestants étaient les plus nombreux, ils chassaient les moines et les religieuses, pillaient les
couvents et les églises, battaient les prêtres, les emprisonnaient ou les tuaient. Sur les réquisitions du procureur général, des commissaires du Parlement allèrent dans la province, et enfermèrent, dans les prisons, les plus violents des sectaires; mais des ordres du roi leur commandèrent de rentrer à Toulouse et d'élargir les prisonniers. En retour, le roi publia, au mois de juillet i56i, un édit par lequel les protestants, sous peine de la vie, étaient contraints de restituer aux catholiques les églises par eux prises et transformées en temples.
L'église protestante de Toulouse croissait en silence ; elle montrait sa force à chaque élection des capitouls. Le Parlement, saisi d'un différend survenu à cette occasion entre catholiques et protestants, eut beau déclarer que les capitouls à élire seraient tous catholiques, huit protestants sortirent triomphants de l'élection. Le Parlement réforma cette élection ; mais les capitouls pro-
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testants n'en gardèrent pas moins leur siège au Capitole. Force fut au Parlement de subir cet échec et de se contenter de faire surveiller, par huit bons catholiques, les huit huguenots victorieux. Quelques jours après, des désordres éclatèrent à Toulouse : le Parlement manda, par un huissier, tous les capitouls, leur reprocha les profanations des statues et des croix élevées par la piété de leurs ancêtres, et leur déclara qu'ils auraient à répondre de ces séditions. Les capitouls se retirèrent en s*écriant qu'ils poursuivraient leurs délateurs en calomnie.
Les choses en étaient là quand parut, sur les conseils des députés de tous les Parlements du royaume, l'édit de janvier i562, confirmant Tédit de juillet i56i et accordant aux protestants le libre exercice de leur religion dans toute la nation, sauf dans l'intérieur des villes, jusqu'à ce que le concile général eût statué sur les matières contestées et sous des conditions relatives à la police générale. Les discussions les plus vives s'élevèrent au sein du Parlement, quand il fallut enregistrer l'édit. Coras et Latger soutenaient l'édit ; Thomas de Forest le combattait avec véhémence. En même temps, les capitouls, alarmés, venaient'au Parlement réclamer secours contre des bandes d'émeutiers. Enfin, le 6 février, le Parlement enregistra l'édit, sans vouloir approuver la nouvelle religion et € sauf la souveraineté en cas d'abus et € en cas d'occurrente nécessité, et qu'il ne sera loisible € aux officiers du roi, d'aller ou d'assister aux assem- < blées des ministres, si ce n'est ceux qui, pour obvier c aux tumultes, séditions et scandales, seraient commis c et députés par les sièges de justice, aux lieux d'où se-
€ raient les dits officiers, sous peine de privation de leurs < état; aussi ne sera loisible à aucuns magistrats et € officiers de justice, ni autres, autoriser les règlements, € si aucuns en sont faits, par les ministres et dictateurs € de la religion, si ce n*est pas les officiers des séné- € chaux et baillis, appelé et ouï le procureur du roi es € dits sièges. >
L'édit de janvier ne devait amener qu'une trêve passagère. Il avait été fait pour terminer les guerres religieuses, mais les passions religieuses, selon le mot du prédicateur huguenot, Michel le Faucheur, seront toujours un champ de bataille ; cet édit de paix ne fit que hâter Tembrasement du royaume et y jeter de longues traînées de sang français.