CHAPITRE XVI
Premiers temples de la Réforme à Toulouse. — Représailles des protestants. — Déclaration royale de i$62, — Résistance des protestants. — Une émeute à Toulouse. — Arrêt du Parlement. — Terreur dans la province. — Les deux partis s'arment pour reprendre la guerre. — Le ministre Barelles. — Montluc. — Remontrance du Parlement aux capitouls. — Le viguier Portai — Prise de divers quartiers de la ville par les protestants. — Le Palais transformé en forteresse. — Gaston de Foix. — Incendie des boutiques du Palais. — Sortie des protestants. — Les capitouls cassés par le Parlement et déclarés infâmes, traîtres et rebelles au roi. — Appel aux armes par les parlementaires. — Tocsin, — Bataille dans les rues. — Mot de Montluc. — Victoire des catholiques. — Un évèque à la tète de son armée. — Déroute des protestants. — Regrets de Montluc. — Entrée de Montlue à Toulouse. — Sa harangue au Parlement. — Les pillards. -- Procession en l'honneur de la victoire. — Les morts — Cruauté de Montluc. — Représailles après la victoire. — La maison de Jacques de Bernuy, président des enquêtes. — Les prisons. — Le ligueur Portai décapité. — Supplices du capitout Mandinel, du capitaine Paul, de bourgeois, d'avocats, de moines, d'hommes du peuple et d*écoliers. — La pitié du père Lombard. — Récits envenimés des historiens protestants. — Redoublement de surveillance et de cruauté. — Encouragements du roi. — Vierges folles. — Collège de jésuites. — Les nouveaux capitouls. — Leur harangue au Parlement. — Rigueur du Parlement contre ses membres entachés d'hérésie. — Apaisement de Montluc. — Arrêt redoutable du Parlement. — Représailles des protestants et des catholiques. — Siège de Montauban. — Catherine de Médicis blâme le Parlement. — Déclaration clémente du roi. — Résistance du Parlement. — Seconde déclaration royale. — Troisième déclaration royale. — Remontrances du Parlement. — Lettres patentes rétablissant sur leurs sièges les magistrats proscrits. — Procession de la délivrance.
La réforme, longtemps sans églises, sans ministres, sans dogmes précis, et sans livres, allait avoir sa bible ouverte dans ses temples, et ses chants qui empruntaient leur gravité sacrée à la grande parole des saints et des prophètes. A Toulouse, la nouvelle religion se célébra hors la porte Montgaillard, entre les portes du château et de Saint-Etienne, au milieu des prés et des champs ; elle réalisait ce vœu de Mélanchton : € Il me serait bien doux de chanter les psaumes au printemps, sous la verdure des bois et au bruit du chœur des oiseaux. > Ce chant des psaumes en français attirait, par troupes, les enfants, les hommes et les femmes. De la noblesse, la reforme passait au peuple, amoureux de nouveautés et de libertés. Ce fut une idylle austère et tendre où plus de trois mille âmes venaient se retremper, le dimanche, au pied de la chaire de gazon d'Abel de Nort, en chantant les psaumes traduits par Clément Marot.
L'élan était donné, la réforme eut son temple, bâti en bois, au delà de la porte Villeneuve, et Its capitouls placèrent des soldats sur les remparts, pour protéger le libre exercice du culte. L'édit de janvier ne contentait ni les protestants, ni les catholiques, et c'est en frémissant d'une sourde colère que les huguenots voyaient passer leurs ministres, par les rues de la ville, entre deux capitouls et les soldats du guet et s'en aller vers le temple bâti hors des murs. A ces heures orageuses, tout devient piège et écueil, tentation et danger. Les désordres s'élevèrent de la confusion des volontés et des excitations à a peuple. Loin de restituer les églises arrachées aux catholiques, les protestants, violant Tédit de janvier, s'assemblaient en armes dans tout le ressort, et s'emparaient