CHAP. XVI. — REPRÉSAILLES DES PROTESTANTS
des églises où ils profanaient les reliques, battaient les prêtres errant par la campagne, et brûlaient les images des saints. Aux conseils du gouvernement, le duc de Guise, le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint-André se récrièrent contre Timpunité de ces excès. La reine mère resta dans Tombre et laissa le roi signer, le 24 avril 1 562, la déclaration qui réintégrait les prêtres et les religieuses dans leurs droits et bannissait les prêches des lieux qui n'en avaient point avant Tédit de janvier. Par cette déclaration, le roi retirait aux présidiaux de Ni mes et de Mo.ilpellier la connaissance des troubles religieux de ces contrées et renvoyait les coupables devant le Parlement, € afin que punition exemplaire pût < être faites des dites séditions, violences et pilleriçs par € juges non suspects ».
Ce serait mal connaître les passions humaines, de croire que la volonté des rois est toujours maîtresse des événements et des âmes. Les âmes obéissent aux rois, moins qu'à Taiguillon intérieur qui les touche et les presse. Le vicomte de Joyeuse, qui commandait en Languedoc, informe le roi des résistances des protestants et de leurs aspirations aux révoltes. Toute une tempête allait éclater à Toulouse. La femme d'un charpentier du faubourg Saint-Michel étant morte, le mari, zélé calviniste, voulut la faire enterrer selon le rite de Genève. Les prêtres de la paroisse, convaincus qu'elle était morte catholique, enlevèrent le corps et le portèrent au cimetière. Tandis que les protestants leur disputent ce cadavre au bord de la tombe, un prêtre sonne le tocsin et le peuple catholique du faubourg, armé de haches, de bâtons et de fourches, se jette sur les hugue-
nots, en tue quelques-uns et pille leurs maisons. Le Parlement tenait alors son audience : il entend les clameurs de la foule et le bruit du canoa tiré derrière les fossés ; deux conseillers, en robe rouge, montés sur leurs mules, s'avancent vers le faubourg et s'efforcent d'arrêter le meurtre et le pillag.\ Deux autres conseillers les rejoignent; ils s'acheminent vers Thôtel de ville d'où ils repartent, avec les capitouls et cinq cents hommes pour tenir tête à cinquante séditieux retranchés derrière une barricarde de charrettes. On ferma les portes de la ville d'où les arquebusiers tirèrent sur les émeutiers catholiques et en tuèrent ou blessèrent un grand nombre. De leurs barricades les autres s'élancèrent vers le faubourg et tuèrent, à leur tour, les protestants cachés dans leurs maisons. Les catholiques s'acharnaient à la bataille, de peur de voir se réaliser la prophétie envoyée par Nostradamus à un de ses amis et annonçant la prise de Toulouse.
Avant de sévir, le Parlement voulut se concerter avec l'hôtel de ville et prendre des mesures destinées à assurer la paix publique. Les capitouls, mandés au Parlement et ouvertement attachés au parti protestant, refusèrent de se rendre au Palais € sur le danger qui pouvait s'ensui- € vre. » On tint pourtant, le danger devenant plus grand, une assemblée aux Augustias, où des membres du Parlement, quatre capitouls, le sénéchal de Toulouse et divers personnages de la cité décidèrent que, selon l'édit de janvier, la religion nouvelle serait librement célébrée hors l'enceinte de la ville avec le droit, pour les capitouls, d'assister à ces cérémonies gardées par cent hommes armés, mais sans armes à feu ; que les catholiques sur-
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veilleraient la ville avec deux cents hommes armés; que les protestants ne pourraient marcher en troupes pour leurs cérémonies, dans les rues de la ville; que les bourgeois seraient aux portes et feraient sortir, dans les vingt-quatre heures, les soldats étrangers et les gens sans aveu de Tune ou de l'autre religion; que les prêtres ne pourraient sonner le tocsin, sous peine d'être brûlés vifs et qu'enQn les officiers du sénéchal et les capitouls jugeraient, en dernier ressort, les agitations et les séditions. Le premier président exhorta en outre les supérieurs des communautés religieuses à concourir à l'apaisement de ces discordes par la modération de leurs sermons.
Le Parlement, pressé par le peuple qui se défiait des capitouls, viola le premier la trêve en reprenant par la voie de rappel, le jugement des émeutiers du faubourg Saint-Michel. Les capitouls s'étaient empressés de condamner à mort six séditieux catholiques: les protestants réclamèrent, à grands cris, leur exécution, et assiégèrent le Palais de justice. Le Parlement n'en réforma pas moins la sentence à l'égard de deux condamnés qui n'eurent que la peine du fouet. Les quatre autres furent pendus aux quatre coins de la place Saint-Georges.
Ces exécutions répandirent la terreur dans la province, mais elles semèrent aussi, parmi les protestants, Tardeur desreprésailles. Le massacre de Vassy raviva les colères; dans les deux camps, on s'armait pour la guerre : les
chapitres de Saint-Etienne et de Saint-Sernin, l'hôtel de Malte, les monastères, l'hôtel de ville, les maisons des parlementaires et des bourgeois s'emplissaient de soldats et de poudre. Des gentilshommes huguenots
enrôlaient, parles villages, des compagnies de batailleurs de bonne volonté. Les capitouls se plaignent au Parlement de ces levées d'hommes et des cris de guerre qu'on entendait la nuit dans la ville; le Parlement, soupçonnant un piège dans cette attitude des capitouls, laissa battre les tambours dans les rues et rassembler les troupes dans la campagne. Les capitouls, blessés de ce dé« dain de la Cour, firent publier, à son de trompe, un ordre à tous les étrangers de quitter la ville et aux troupes enfermées dans les maisons ou les monastères d'en sortir sur-le-champ. Le Parlement cassa ce dernier article de l'arrête des capitouls.
Le prince de Condé, qu'on venait de déclarer chef et protecteur des réformés, était entré dans Orléans et avait mis dans son parti les villes de Nîmes, d'Uzès et de Montpellier. Ses émissaires partirent pour Toulouse où déjà le ministre Barelles annonçait queletemps approchait où la parole de Dieu, exilée au faubourg, rentrerait triomphante au Capitole, et où les protestants allaient reconquérir, par la force, leurs églises delà ville. Ce Barelles, ancien moine franciscain, emprisonné pour hérésie et mis en liberté par le Parlement, attisait le feu de la guerre civile, et ne prêchait qu'escorté d'une compagnie d'arquebusiers. C'est lui surtout, qui, dans une assemblée de vingt-cinq mille protestants de tout âge, les détermina à secouer le joug de l'église catholique et du Parlement, de s'emparer de l'hôtel de ville, de l'artillerie et de l'arsenal, de demander des secours aux villes voisines et de s'allier avec le prince de Condé. Celui qui alla porter ce projet d'alliance à Condé était le capitoul Hunaud, baron de Lanta, léger, vaniteux et sans esprit.