‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 135 sur 295 · CH. XVI. — LE PALAIS TRANSFORMÉ EN FORTERESSE · texte numérisé non relu

CH. XVI. — LE PALAIS TRANSFORMÉ EN FORTERESSE

Bellegarde et Fourquevaux. Montluc avait tout prévu : d*Auch où il dispersait des poignées de factieux, il écrivit aussitôt au capitaine Charry de se rendre à Fronton, au maréchal de Termes et au capitaine Massé de s*acheminer vers Toulouse. En attendant que Montluc se portât de sa personne sur la capitale de la province, suivi, selon qu'il récrivait lui-même, de deux bourreaux bien équipés de leurs armes et surtout d'un co :teau bien tranchant, le Parlement écrivait à Fourquevaux, gouverneur de Narbonne, aux seigneurs catholiques et aux consuls de C2 pays, de surveiller le passage des huguenots en troupes et de leur courir sus au bruit du tocsin.

Le palais où siégeait le Parlement, ancienne forteresse des rois Visigoths et des comtes de Toulouse, devint la citadelle des catholiques. Le conseiller Christophe Richard, assisté du marchand Pierre Gargas, garda là principale porte ; le conseiller Guérin d'Alzon eut son poste à la sénéchaussfe, qui se reliait au Palais. On transporta aussi au Palais la caisse de la recette générale et toute la poudre déposée dans une tour adossieau Basacle. Le 12 mai, à huit heures du matin, quatre conseillera en robe rouge et à cheval, suivis de plusieurs gentilshommes, parcoururent les rues non encore au pouvoir des protestants, tandis que les huissiers criaient aux catholiques de se croiser, d'une croix blanche, sur leurs vêtements et d'en mettre aux portes de leurs maisons, avec ordre d'abattre les auvents des boutiques et d'éclairer leurs fenêtres, à l'entrée de la nuit.

A midi, les catholiques étaient en armes au Palais où se groupaient le ban et Tarrière-ban de la noblesse ;

Gaston de Foix en prit le commandement, des mains du Parlement. A trois heures, les troupes commencèrent par détruire les boutiques qui masquaient le Palais, par emprisonner les libraires huguenots qui les tenaient et par brûler leurs livres ou les jeter dans la Garonne. Hélas ! les flammes confondirent, au môme foyer, de beaux livres de droit à jamais perdus! Les protestants ne se montraient sur aucun point. La Popelinière, alors étudiant en droit à Toulouse et commandant une compagnie d'écoliers, a écrit, plus tard, que les capitouls essayaient d'amener une trêve ; Théodore de Bèze, plus hasardé dans ses récits, a prétendu que le Parlement ne voulut jamais écouter leurs paroles de paix. Le soir, les protestants, commandés par le capitaine Saux, sortirent du Capitole et tentèrent de prendre la porte de Basacle. Le lendemain, àTaube, les protestants, plus furieux que jamais, harcèlent les catholiques qui les chargent et les repoussent, jusqu'à la dernière porte du collège Saint- Martial. A midi, les protestants entourent le Palais et n'y rencontrent que des soldats désarmés par les capitouls. A défaut de cuirasses, de morions et d'arquebuses, ils prirent des poutres de chêne qu'ils placèrent contre les portes, pour soutenir l'assaut. Des volées de coulevrines dispersèrent les assaillants.

Le Parlement cassa les capitouls et les déclara infâmes, rebelles au roi et traîtres à la patrie, en ordonnant que ces humiliantes qualifications seraient gravées à la suite de leurs noms, sur une plaque de marbre noir placée au lieu le plus hanté de la ville, en déclarant, en outre, que leur postérité serait privée de la noblesse et des charges publiques, et que cet arrêt infamant devrait

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