CHAP. XV ;. — BATAILLE DANS LES RUES
être lu chaque année, auCapitole, en présence du peuple. Et aussitôt, le Parlement nomma huit nouveaux c.ipitouls, à la charge par eux de veiller au salut de la ville. Au sortir de cette audience, deux membres du Parlement, en robes rouges et sur leurs mules, passèrent dans les rues en faisant crier, au nom du roi et par huissiers, qu'il fallait fondre sur l'ennemi. Le tocsin sonna à toutes les cloches de la ville et des villages voisins. Malheur aux calvinistes trouvés dans les rues ! Us étaient impitoyablement massacrés. Les présidents de Paulo et de Latomy, assistés de deux conseillers, se tenaient à la chancellerie et dirigeaient les trou* pes sur les points menacés. Ce fut, par toute la ville, un vrai champ de bataille : les protestants étaient au nombre de dix-huit cents, parmi lesquels se rangeaient quatre compagnies d'étudiants, toujours les premiers au feu. L'un d'eux, Georges Mignot, seigneur de la Boissière en Bretagne, sera un jour un des plus glorieux capitaines du siège de Malte et de la bataille de Lépante. Les catholiques, plus nombreux et plus aguerris, avaient dix compagnies de trois cents hommes chacune. Mais les protestants avaient pour eux les postes les plus importants et les canons du Capitole. Ils sonnèrent le tocsin, prirent d'assaut le monastère des carmes et, débouchant par la rue de l'Inquisition, s'ameutèrent autour du Palais, faisant pleuvoir sur leur passage une grêle de balles et de cailloux. Us saccagèrent les couvents des jacobins, des cordeliers, des béguines, des croisiers, de la Merci, de Saint- Antoine, de Saint-François et de Saint-Orens, profanèient les églises et les chapelles, brisèrent les statues des saints, massacrèrent des moi-
nés, mirent au pillage le couvent des religieuses auguslines et des religieuses de Saint-Pantaléon, les églises de Saint-Quentin et de Saint-Georges et diverses maisons de bourgeois.
Beaucoup de moines furent emprisonnés; d*autres se sauvèrent sans froc et sans manteau; soixante, liés et garrottés, furent conduits au Capitole, devant Barelles qui les harangua ainsi : € Misérables, ignorez-vous encore ^ la vérité de Dieu et la folie de votre superstition, en « laquelle j'ai demeuré autrefois trop longtemps arrêté. € Quittez le froc, et prenez, avec nous, les armes pour la « défense de l'évangile du Christ. » Trois apostasièrent et Tun d'eux fut tué, trois jours après, dans les bois. Un autre rétracta son abjuration et fit pénitence. Ceux qui refusèrent d'abjurer, un moment entassés dans la prison de la Géhenne, furent chassés de la ville avec défense d'y rentrer, sous peine de la mort. On se battit avec un acharnement qui arrachait des larmes aux historiens de ce temps. Le carnage et l'incendie durèrent plusieurs jours et plusieurs nuits. S'il faut en croire un pamphlet du dix-huitième siècle, plusieurs maisons catholiques furent pillées ou brûlées et leurs habitants massacrés par des catholiques, qui trouvaient là une occasion de voler et de venger des rancunes personnelles. La belle et riche maison du président de Bernuy, calviniste au fond du cœur, ne fut pas épargnée. Au son d'une trompette entonnant l'air des psaumes sur la plus haute tour du Capitole, les protestants prenaient la fuite et se dispersaient dans la plaine.
Les parlementaires se mêlaient à ces scènes sanglantes. Au moment où les protestants braquaient leurs