‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 138 sur 295 · CHAP. XVI. — ENCOURAGEMENTS DU ROI · texte numérisé non relu

CHAP. XVI. — ENCOURAGEMENTS DU ROI

cheval. On compta les chefs des familles en état de por* ter les armes. Leur nombre allait à vingt mille. Les troupes étrangères partirent pour le siège de Limoux, commandées par le fils du maréchal de Mirepoix accompagné des deux conseillers d'Ouvrier et de Rudelle. Le Parlement fut sage d'éloigner ces troupes de pillards.

Le roi, d'humeur noire et mélancolique, se détournait à peine de sa furie de chasse et de sa forge où il battait le fer, pour écouter le lugubre récit de la guerre de Toulouse. Il entendit, en conseil privé, la lecture de deux mémoires du Parlement, revêtus de la forme de très humbles remontrances et les approuva. Ces deux mémoires informaient le roi que les protestants s'étaient battus cinq jours, pillant six églises et brûlant plus de cent maisons. Charles IX remercia le Parlement et lui recommanda de poursuivre, sans merci, les conjurés, en l'autorisant à suspendre, à sa volonté et selon l'urgence,, l'exécution de l'édit de janvier dans la ville et sénéchaussée de Toulouse, et à y appliquer les édits de François P»" et de Henri II contre les sectaires. Il lui permit aussi de prescrire la cessation du prêche dans tout le ressort et la sortie des prédicants ; le roi, voulant plaire au Parlement, ne l'empêcha pas de poursuivre tous les magistrats de la Cour ou du présidial soupçonnés de complicité avec les conjurés, et de les obliger à rendre compte de leur foi et des désordres de leur quartier. Il le laissait enfin libre de ne souffrir aucune religion, en dehors de la religion catholique.

Le Parlement, ainsi encouragé par le roi, informait contre les réformés de toute la province et prononçait condamnations sur condamnations. Les réformés se ca-

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chaient et bravaient les arrêts par coutumace. Le roi qui recevait, chaque jour, des doléances du Parlement, consentit à modifier la manière d'élire les capitouls et à laisser fonder un second collège de jésuites avec les revenus d'un monastère de religieuses augustines qui avaient enfreint les règles de leur ordre. On ne sait quelle peine on infligea à ces vierges folles qui s'étaient mariées avec des moines ; on fouetta les moines par toutes les rues. Erasme en riait et disait, avec sa mordante ironie, que le prétendu retour à la pureté de la vie des cloîtres finissait par des mariages, comme dans les comédies. Le roi concéda un dernier privilège au Parlement : c'était de former deux chambres, des magistrats les moins suspects, dans l'intérêt de la tranquillité publique et d'une bonne administration de la justice.

Les nouveaux capitouls, emportés par leur zèle, écrivaient, de leur côté, au roi et à la reine mère, et leur représentaient que divers parlementaires, secrètement attachés à la réforme, s'éloignaient des églises, trahissaient le secret des délibérations delà Cour et se voyaient récusés par le peuple comme entachés d'hérésie. Catherine de Médicis, qui espérait conclure la paix avec Condé, renvoya dédaigneusement les capitouls à l'édit de janvier ; ils ne se tinrent pas pour battus et s'adressèrent au roi, de concert avec une partie du Parlement. Le roi finit par leur donner raison.

Les supplices recommencèrent; mais le peuple murmurait et reprochait à la justice de prodiguer le sang des humbles et des petits, et d'épargner les riches et les grands. Les capitouls haranguèrent, en latin, le Parle-

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