CHAP. XVI. — HARANGUE DES CAPITOULS
ment au nom du peuple. Ils disaient : € Il est des cou- € pables assis parmi vous ; ils sont encore membres de « ce corps auguste ; ne souffrez point qu'on accuse les € lois, armées jusqu'ici contre les faibles et les petits, € d'être muettes et timides contre les chefs et les com- € plices de la conjuration, défendus par leurs opulen- « tes dignités ; nous vous en conjurons, au nom de la « patrie et de la religion. Nous attestons les intentions « et môme les commandements du roi ; faites disparaî- « tre du milieu de vous tout ce qui n'est pas digne € d'une compagnie qui nous retrace la majesté du sénat € romain et qui doit en faire revivre Tesprit et le cou- € rage. Qu'on sache que vous êtes dépositaires d'une € justice souveraine, également redoutable pour les « autres et pour vous-mêmes. »
Cette harangue inspira au Parlement une mercuriale sans exemple, en France, depuis l'institution des Parlements. La mercuriale de cette époque, qui étonna par sa rigueur la ville et le roi lui-même, est restée célèbre ; elle enlevait leurs charges aux parlementaires suspects : c'étaient les présidents Michel Dufaur et Jacques de Bernuy, les conseillers Gabriel du Bourg, Antoine Duferrier, Guillaume de Caulet, Arnaud Cavaignes, François Ferrières, Jean de l'Hôpital, Antoine Lacger, Charles Dufaur, Pierre Robert, Jean Raymond, Géraud de Pins, Jean de Berbiguier, Mathieu Chalvet, Thomas Lamieussens, Jean de Coras, Jean de Percin, Pierre de Nos, Jean de Rességuier, Guillaume Doujat, Jean de la Coste, Jean d'Hautpoul, Pierre de Saint-Pierre et Jean La Roche. Les noms des cinq conseillers : Géraud Dubuisson, Élie de la Chassaigne, Pierre de Nupces, Pierre
3g8 HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
Papus et Pierre Salluste ayant été ajoutés, par erreur, à cette longue liste, s'inscrivirent en faux et continuèrent à remplir leurs charges. Les parlementaires qui signèrent ces rudes arrêts étaient le premier président de Mansencal, les présidents Antoine de Paulo, Jean Daffis, Jean Latomy ; les conseillers clercs Jean du Tournoër, François d'Arsac, François de la Garde, Benoît de Bonald, Jean du Viguan, et les conseillers lais, Germain Régnier, Gabriel de la Mamy, Jean de Boyer, Antoine Dusolier, d'Alzon, Coignard, Théodore de Forest, Gabriel de Fabri, Pierre de Laurelargue, Jean de Lafiteau, Bernard d'Aussonne, Jean Catel, François de Gargas, de Buel, Pierre Baravy, Jean Vezian, Ambes, de Montfort, Chrétien Richard, Jean de Cuc, François d*Antiquamareta, Pierre d'Hautpoul, de Rudèle, Michel de Prohenques, Pierre Sabatier, Jean de Rangouse et Melies.
Dans celte fermentation des esprits, on s'attaquait aux modérés autant qu'aux sectaires. En séparant le bon grain de Tivraie, ainsi que le disait Montluc, on n'apercevait que sept ou huit conseillers vraiment calvinistes ; les autres payaient chèrement leurs vœux en faveur de la réforme, ou la curiosité de leurs femmes entraînées vers la nouveauté du prêche. Le rude cœur de Montluc se laisse un moment fléchir ; il écrit à la reine mère en faveur du président Dufaur. Ondoyante et flottante opinion des hommes ! Les catholiques accusaient le président Dufaur d'être huguenot et Calvin, dans ses lettres, lui reprochait durement d'avoir fermé les yeux à la lumière de sa doctrine. De tous ces parlementaires interdits de leurs charges, Ferrières, Coras, Cavaignes
CHAP. XVI. — REPRESAILLES DES PROTESTANTS SqQ
et Lacger moururent seuls dans la religion protestante. Coras et Cavaignes, fanatiques tous les deux, mais si différents de vie et de caractère, allaient bientôt périr de mort violente.
Le Parlement de Paris ne restait pas en arrière et n'épargnait pas les rigueurs aux protestants. Le Parlement de Toulouse rendit, à son tour, un arrêt qui porta la terreur dans les villes du ressort. Il déclarait criminels de lèse-majesté et punissait, de la confiscation de leurs biens, tous ceux qui avaient pris les armes pour la religion nouvelle à Toulouse, Montauban, Castres, Béziers, Montpellier, Nîmes, Lectoure, Villefranche-du-Rouergue, Milhau, Villeneuve, Pamiers, Limoux et dans bien d'autres contrées, ceux qui avaient pris part aux séditions ou secouru les factieux par leurs conseils ou leur fortune, et les pillards des églises et des maisons catholiques. H défendait de fournir, aux villes occupées par les protestants, des armes, des vivres et de l'argent, sous les peines les plus sévères. Il reprenait les anciens édits de François P% permettant de mettre à mort ceux qui auraient levé des troupes, sans l'autorisation du roi, spolié les églises et ravagé les campagnes. Il ordonnait l'arrestation des ministres et des prédicants, comme perturbateurs du repos public et ennemis de l'Etat, et la saisie des revenus contre les prêtres soupçonnés d'hérésie.
Cette terreur et ces rigueurs, toujours renouvelées, mettaient en embrasement la province. Catholiques et protestants se massacraient de tous côtés, surtout dans l'Albigeois ; les proscrits et les parlementaires chassés de leurs compagnies laissaient éclater leurs ressen-
timents et leurs haines. Dans les villes où ils dominaient par le nombre, les protestants se vengeaient sur les catholiques et, à leur tour, lés catholiques des autres villes rallumaient la guerre contre les protestants. Le roi nomma, en- 1 563, le cardinal d'Armagnac, archevêque de Toulouse, son lieutenant à Toulouse et dans les sénéchaussées du Rouergue, par lettres patentes où il vantait la fermeté et les services du Parlement. Ce cardinal d'Armagnac, attaché, aux années de sa jeunesse, aux ambassades de Venise et de Rome, grand seigneur, aimable, ami des lettres et des sciences, fut magnifiquement reçu par le Parlement qui assista, le jour de son entrée à Toulouse, en robes rouges, à la messe solennelle et à la procession générale où le cardinal portait le saint sacrement.
Le cardinal et le Parlement chargèrent Montluc de diriger le siège de Montauban, qui traînait en longueur. Terride, qui commandait les assiégeants, écrivit au cardinal et au Parlement que c'était lui faire affront. Montluc, dont la rude écorce cachait des fibres délicates, refusa un commandement qui froissait un compagnon d'armes; il ne consentit qu'é^ se rendre, sans titre et sans rang, sous les murs de la ville assiégée. Dès son arrivée, il découvrit les fautes de Terride et conseilla la levée du siège. La ville de Toulouse en paya les frais.
Les mois de vacances du Parlement arrivèrent ; mais, à raison de la gravité des événements, le Parlement ne voulut pas se séparer. Il craignait, d'ailleurs, de voir renverser, en un jour, ses décisions et ses arrêts contre les huguenots et les parlementaires proscrits. Catherine de Médicis le blâmait hautement et disait qu'il avait