‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 141 sur 295 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Le premier président de Mansencal. — Sa mort. — Le premier président Daffis. — Les États à Carcassonne.— Négociations de Montluc.

— Marche des protestants sur Toulouse. — Écoles fermées. — Murs d*enceinte du palais. — Destruction de ce mur par le peuple. — Prophéthic de Nostradamus. — Retour de Montluc à Toulouse. — Une ligue en Languedoc. — Édit de pacification. — Lettres de la reine Catherine' de Médicis, du roi et du connétable de Montmorency. — Résistance des gens du roi. — Enregistrement de l'édit. — Refus du Parlement de rétablir dans leurs charges les magistrats protestants. — Formulaire dressé en Sorbonne. — Refus des conseillers protestants de prêter le serment contenu dans ce formulaire. — Dispense du serment autorisé par le roi. — Retour des proscrits. — Leurs prétentions. — Les réparations. — Le gouverneur Damville. — Son entrée au Parlement. — Coutume de quitter Tépée en siégeant au Parlement. — Hé- -sitation du gouverneur. — Remontrances du Parlement. — Ordonnance du chancelier de L'Hôpital. — Les jésuites chassés de Pamiers se réfugient à Toulouse. — Réveil des troubles religieux. — Entrée du roi Charles IX à Toulouse. — Lit de justice. — Les 'présidents Daffis et de Paulo créés chevaliers. — Procession générale du saint sacrement. — Les calvinistes de Pamiers. — Conférence de Bayonne.

— Le président Lathomy. — Agitation. — Nouveaux troubles relig:ieux à Pamiers. — Émeute des écoliers à Toulouse,— Reprises des guerres Je religion. — Suspension du cours de la justice. — Arrêts du Parlement. — Liaison du Parlement et du vicomte de Joyeuse. — Les magistrats protestants interdits de leur charge.— Approbation du roi. Traité de pardon de Longjumeau. — Récriminations. — Mort de Rapin.

Le plus doux, le plus clément et le meilleur des memfores du Parlement était le premier président de Man-

sencal. Pendant vingt-quatre ans, long espace dans la vie des premiers présidents, il avait, sans peur et sans reproche, porté sa robe au travers des plus graves événements de son siècle. Le peuple Taccusait de faiblesse et de mollesse envers les huguenots ; on a même raconté que la joie éclata à la nouvelle de sa mort ; ces explosions d'allégresse ou de colère qui jettent un vif rayon sur sa vie sont Thonneur de sa mémoire. François II» qui le connaissait bien, en avait fait son lieutenant général en Languedoc ; le président de Thou en a parlé comme d*un magistrat dé l'ancienne roche, la Rocheflavin Ta proposé, en son temps, pour modèle aux premiers présidents de Tavenir, et Antoine Du Mas juge ordinaire de Montauban, dans son livre, de Varielate pœnarum, qui parut en 1 56 1, vante ses vertus et surtout sa clémence. Il mourut en octobre i563, après avoir publié son livre curieux et ingénieux sur la vérité el autorité de € la justice et juridiction du roi très chrétien en la correction et € punition des maléfices.

Un annaliste malveillant a dit de lui qu'il s'enrichit des malheurs de la guerre. 11 Ta calomnié. Jamais homme n'eut une maison plus simple et des mœurs plus pures. N^a-t-on pas raconté que le cardinal d'Armagnac, s'invitant, un jour, à dîner chez lui, le premier président lui répondit qu'il osait à peine accepter cet honneur, de peur que la nudité de la salle ne l'exposât à toute la rigueur du froid de la saison ? Le cardinal, accoutumé aux largesses des maisons princières,fit surle-champ et pendant que le premier président était à Taudience, orner la salle à manger de la maison de Mansencal d'une belle tenture en tapisserie qu'il lui

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laissa en signe d'amitié. Les mémoires du temps protestent contre cette accusation de cupidité flétrissante et célèbrent ses vertus, sa mansuétude, sa science et <€ l'ampleur de son cœur et de son esprit. > Sa veuve, Gabrielle de Coignard, qui publia un recueil de poésies chrétiennes songeait peut-être à ces calomnies, en écrivant ces vers :

Plutôt le ciel perdra ses clairs flambeaux, Et l'été chaud sera rempli de glace, L*hiver aura du printemps les rameaux.

Avant que l'homme ait perdu sa fallace.

Il a dormi son dernier sommeil, jusqu'à la Révolution, dans une chapelle du chœur des cordeliers de la grande observance ; son portrait y était peint, à genoux, le front haut et plein, sillonné de rides, la barbe blanchie par ies années, les yeux tristes et tournés vers le ciel, avec un reflet de piété et de bonté.

Le Parlement s'assembla et proposa au roi trois candidats à «la première présidence, les présidents de Paulo et Daffis et l'avocat général d'Aygua. Le duc de Guise et Mayenne travaillaient pour le président de Paulo ; le connétable de Montmorency tenait pour Daffis. Le roi, longtemps hésitant, choisit le président Daffis, un des plus grands magistrats de son siècle.

Les États siégeaient à Carcassonne, gardés par les troupes de Montluc, qu'il ne fallait pas, selon son mot, semondre deux fois. Tandis que les Etats suppliaient le roi de n'accorder aucun pardon aux protestants et de révoquer les édits de tolérance, Montluc négociait une réconciliation entre le Parlement et ceux de ses mem-

bres qu'il avait interdits. Cette violente séparation ne s'était pas accomplie sans déchirements, et sans laisser au cœur des bannis des plaies profondes. Qui aurait pu croire que Montluc,au lieu d'attiser ce feu, chercherait à réteindre ? A ceux qui opposaient à la clémence royale la fureur du peuple, il répondait qu'ils eussent à parler haut,et que,pour les protéger, il leur enverrait, au besoin, toutes les troupes de Guyenne. Ce n'étaient pas les ressentiments populaires qui entravaient la paix, c'étaient plutôt les rivalités et les animosités des parlementaires. Montluc avait plus de peine à étouffer ces discordes qu'à réprimer une émeute.

Ces négociations furent abandonnées à la nouvelle que les protestants marchaient encore sur Toulouse. Le Parlement ferma les écoles de l'université, afin que des ennemis, cachés sous la robe que portaient alors les écoliers, ne pénétrassent à Toulouse, et, pour mettre le Palais à l'abri d'un coup de main, il fit élever, par l'architecte Bertin, un mur du côté le plus découvert. Les capitouls crièrent au scandale et raillèrent le Parlement* de transformer l'asile pacifique des lois en citadelle ; le peuple, déchaîné par eux, détruisit le mur et mit en fuite les ouvriers. Le Parlement crut sage de ne pas sévir ; il se borna à interdire, à l'avenir, les attroupements, souspeine de vie. Le peuple, aveugle dans ses colères, sur une prophétie du visionnaire fameux de Provence, Nostradamus, prédisant le sac de Toulouse, s'en prit ensuite au cardinal d'Armagnac, aux parlementaires et aux riches bourgeois qui n'échappèreht, qu'avec peine,, à la fureur des incendiaires et des égorgeurs.

Le retour de Montluc à Toulouse rassura le Parle-

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