CHAP. XVII. — NÉGOCIATIONS DE MONTLUC
ment et la ville. Le peuple effrayé rentra dans l'ordre. Les deux cardinaux d* Armagnac et Strozzi,ie premier président, Montluc, Terride, Negrepelisse, Fourquevaux, l'avocat général d'Aygua et quelques capitouls tinrent un conseil qui fut le berceau d'une ligue en Languedoc et la Guyenne, image de la sainte ligue de Paris. Les ligueurs s'engageaient, par serment, à marcher à la défense de la religion catholique, à lever des troupes sous le commandement de Montluc, et à remettre au roi les villes prises par les rebelles. € Et si aucun catholique, disait l'acte € d'association, opposait quelques difficultés ou traînait € en longueur, il sera estimé ennemi de Dieu, déserteur € de la religion, rebelle à son roi, traître à la patrie, et € du consentement de tous les gens de bien, abandonné € et délaissé de tous et exposé à toutes les injures et € oppressions qui lui pourront subvenir. » Le Parlement approuva et enregistra cette ligue, par provision et sous le bon plaisir du roi, le 20 mars i563. La noblesse se lassait pourtant des combats et des disputes : elle réclamait la paix, et Condé obtint, de la reine mère un édit de pacification daté d'Amboise du 19 mars, qui rendait aux gentilshommes huguenots, hauts justiciers, le libre exercice de leur religion dans leurs seigneuries, et promettait aux vingt mille huguenots de Toulouse, à la dévotion du ministre Barelles et de l'ancien moine espagnol Jean Cormère, lin temple dans un faubourg d'une ville de chaque bailliage, en accordant une amnistie générale, à la condition, par les protestants, de remettre les villes par eux conquises.
La reine Catherine redoutant les résistances du Parlement de Toulouse, confia à Antoine de Lévis, baron de
Caylus, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, lu mission de poursuivre à Toulouse Tenregistrement d^» cet édit. Pour mieux préparer les voies, elle écrivit, ellemême, au cardinal d'Armagnac et lui fit écrire des lettres pressantes par le roi et le connétable de Montmorency. L'i baron de Caylus, en présentant Tédit, loua le Parlement de sa fidélité à la religion catholique et affirma, au nom de la reine Catherine, que malgré les promesses du roi, 'dans Tédit d'Amboise, son intention et celle de la régente n'étaient point d'autoriser un prêche à Toulouse. Le cardinal d*Amargnac conârma le langage du baron de Caylus, mais l'avocat général Bertrand d'Aygua et le procureur général Bertrand de Sabateri déclarèrent que l'édit leur semblait contraire à l'honneur de Dieu et du roi,et qu ilsne pouvaient que s'en remettre à la sagesse do la Ccnir. hc Parlement enregistra l'édit, en déclarant qu'il agissait d'exprès commandement du roi et selon les réserves promises en son nom. On ne publia pas l'édit dans les rues, de peur de soulever le peuple ; le cardinal n'en écrivait pas moins à la régente que le peuple n'en avait pas murmuré : il faisait son œuvre de courtisan.
Le Parlement, qui résistait aux édits, rejetait les arrêts du Conseil du roi qui venaient de rétablir, dans leurs charges, les magistrats ayant embrassé la réforme. Il savait d'ailleurs que les protestants reprenaient les armes à Castres et à Puylaurens et s'emparaient de quelques villes aux portes de Toulouse : il mit une nouvelle barrière devant les magistrats interdits, et délibéra qu*il ne les recevrait, qu'après avoir entendu leur profession de foi sur le formulaire dressé, en Sorbonne, et revêtu de lettres patentes du roi François P'