‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 144 sur 295 · CHAP. XVII. — ÉDIT DE PACIFICATION · texte numérisé non relu

CHAP. XVII. — ÉDIT DE PACIFICATION

venir de la défaite des protestants à Toulouse. Pour calmer le peuple, le cardinal d'Armagnac, le plus aimable des hommes, selon de Thou, et le plus adroit et le plus fin, selon le père Lombard, proposa, au Parlement, des fêtes, aux jours de l'octave de la Fête-Dieu, en signe de protestation contre les calvinistes qui attaquaient, plus que jamais, le divin mystère de Teucharistie. Il vivait avec le Parlement dans une étroite amitié, qui ne se démentit jamais, et c*est à sa demande que le Parlement fit publier, à son de trompe, afin d'ôter à la réforme le prétexte de la dépravation des mœurs publiques, un arrêt renouvelant les peines contre les blasphémateurs et les libertins. Pierre Rangouse se vit alors suspendu de sa charge de conseiller, pour avoir, au travers des désordres de sa vie, négligé de prendre Tordre de prêtrise.

L'article le plus difficile de l'édit de pacification était le désarmement des villes de la province : l'autorité seule du gouverneur pouvait maîtriser les deux partis. Le gouvernement du Languedoc passa, des mains du connétable de Montmorency, à celles de son fils, le seigneur de Damville, âgé de vingt-neuf ans, mais mûr avant Tâge dans les choses de la politique et de la guerre. Le cardinal d'Armagnac et le cardinal Strozzi, évêque d'Albi, et lieutenant du roi en Albigeois, le premier président et le second président allèrent audevant de lui, à Grenade, où ils réglèrent la manière d'exécuter l'édit de pacification dans la province.

Le nouveau gouverneur entra à Toulouse, le i*' octobre i563, entouré d'un beau cortège de seigneurs et de gentilshommes. Il descendit de cheval à la porte du Palais, où l'attendaient toutes les chambres assemblées^

et prit place à la gauche du premier président et à côté du cardinal d* Armagnac. Il avait été décidé que les seigneurs de Terride et de Joyeuse étaient sans droit de siéger à la Cour ; ce jour-là seulement, on leur accorda cet honneur, mais ils durent quitter leur épée.

Cette coutume de quitter l'épée, en entrant au Parlement, datait du temps où la magistrature n'était exercée que par les clercs à qui les lois de TÉglise défendaient de porter des armes. Quand la justice commença à être servie par des magistrats séculiers, ces magistrats conservèrent la robe traînante des clercs et abandonnèrent répée gênante sur les longues robes. Les grands du royaume, les pairs, Théritier même de la couronne, laissaient leur épée, en entrant au Parlement, si ce n'est ' en présence du roi : princes et seigneurs gardaient alors répée. Un sénéchal de Rouergue s'étant, un jour, assis au banc des nobles, Tépée au côté, l'avocat général la fit enlever par un huissier. Les gens du peuple, qui entraient avec des armes au Palais, étaient fouillés. Sous Henri II, un règlement autorisa les princes du sang, les connétables et les maréchaux de France à monter sur les sièges des parlements, Tépée au côté.

Le gouverneur, en flottant de la sévérité à l'indulgence, au souffle des vents contraires, dans les villes qu'il traversait, mécontentait et froissait les protestants et les catholiques. Le Parlement fit des remontrances, mais les protestants songeaient à s'insurger contre les ordres du gouverneur, et abattaient les croix des faubourgs; le Parlement enjoignait aux capitouls et au sénéchal, Pierre de Bellegarde, de poursuivre les profanateurs et de contenir le peuple prompt aux re orésailles.

CH.XVII. — ORDONNANCE DU CHANCELIER Dli JhOPITAL 413

Il semblait pourtant qu'une ère de paix allait s'ouvrir. Le chancelier de THôpital, en ces jours de calme passager, publia l'ordonnance du 4 octobre i563, destinée à activer Texécution des procès criminels en matière de sédition. Le Parlement de Toulouse refusa de Tenregistrer, parce qu'elle attribuait, entre autres griefs, au prévôt des maréchaux, la juridiction sans appel de ces crimes nés des troubles religieux et dont la décision aurait dépendu, moins de la conscience, que du parti religieux de ces prévôts. 11 attendit des lettres de jussion. Il fallut d'autres lettres de jussion, pour l'enregistrement de l'édit ordonnant aux plaideurs de consigner une somme, avant d'être reçus à plaider. Ceux qui soutenaient l'édit y voyaient un frein à la manie des procès et un châtiment salutaire infligé aux hommes de mauvaise foi ; les autres n'y voyaient qu'un impôt déshonorant et violant les règles de la justice gratuite. Là où le Parlement se trouva d'accord avec le chancelier, ce fut pour réglementer les plaidoiries et empêcher, par la communication des pièces avant l'audience, les bruyantes querelles des avocats. Les Etats suivaient cette voie de réformes, et demandaient la suppression des juridictions ou des sièges inutiles ; le Parlement entrava ce projet des Etats.

Les États et le Parlement, divisés en bien dés incidents de leur vie, se groupaient et se donnaient la main, toutes les fois qu'on touchait à la cause de la religion. Lesjésuites, chassés de leur collège de Pamiers par le consistoire, protestant, demandèrent un asile à Toulouse où le Parlement, le cardinal d'Armagnac et les capitouls les établirent dans l'ancienne maison des religieuses augustines. Plus tard, grâce aux généreuses libéralités des trois

capitouls, Delpech, Madron et Gamoy, les jésuites fondèrent un second collège, dsms la maison de Bernuy, la plus vaste et la plus élégante maison de la ville. Des lettres royales autorisèrent la fondation de ces collèges, et le conseiller Jacques Sabatièr de la Bourgade procéda, au nom du Parlement, à l'installation des pères jésuites dont le supérieur était le père provincial Edmond Auger, qui devint plus tard confesseur de Henri III. C'est aussi de ce collège, que sortirent les pères Annat et Serrurier, confesseurs du grand roi. Le Parlement ne tarda pas d'ailleurs à rétablir les jésuites à Pamiers, dans ce premier collège qu'ils avaient ouvert en France.

Les troubles religieux se réveillaient, de mois en mois. La reine mère pensa que la présence du roi, dans les provinces du Midi, éteindrait les passions et les révoltes. Le roi Charles IX se mit en 'route pour la Champagne et la Bourgogne et descendit vers le Languedoc. Le premier président et le président des enquêtes allèrent, audevant du roi et de la reine, à une journée de marche, et - à une demi-journée, au-devant du connétable et du chancelier de THôpital.

Deux jours après son arrivée, le chancelier alla au Palais et exhorta le Parlement à tenir la main à laferme exécution des édits et ordonnances, sans s'inquiéter des plaintes et des récriminations dont les protestants avaient assailli le roi, sur sa route.

Le roi fit son entrée, le !•' février 1 565, vêtu d'un habit de velours bleu brodé d'or, des plumes blanches au chapeau et au cou le collier de l'ordre, ayant devant lui le connétable de Montmorency, Tépée nue, et derrière lui le duc d'Orléans, le prince de Navarre, les deux cardi-

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