CHAP. XVII. •— LIT DE JUSTICE
reine mère, du duc d'Anjou, du prince de Navarre, du cardinal de Bourbon, du prince de la Roche-sur- Yon, des cardinaux de Guise et d'Armagnac, du connétable de Montmorency, du maréchal seigneur de Damville, gouverneur du Languedoc, de Cipière, gouverneur du roi, des seigneurs de Crussol, de Lansac, de Villars, d'Escars et de Lagarde, chevaliers de l'Ordre, membres du Conseil privé, et d'une foule d'évéques, de maîtres des requêtes et de conseillers au grand Conseil. Les parlementaires attendaient sur leurs sièges, en robes rouges: quatre présidents se détachèrent de la Cour avec huit conseillers des plus anciens, le premier président restant à sa place, pour recevoir le roi à l'entrée de la grand'chambre. Le roi monta à son trône de justice, ayant la reine mère à sa droite sur un siège de velours noir et les seigneurs de sa Cour à sa gauche ; les portes fermées, il parla ainsi :
€ Messieurs, étant venu en cette ville, vous ai bien € voulu visiter pour vous faire entendre ma volonté, que € vous gardiez et fassiez garder et entretenir mes édits, € obéissiez à mes commandements sans y faire faute. € Et encore que, comme mes bons et loyaux sujets, vous « m'ayez gardé ma ville, par ce, vous ne devez être « moins obéissants et diligents à'conserver mes ordon- € nances et mandements, ce que je vous commande très- € expressément faire, sans y contrevenir aucunement ; € aussi que vous administriez bien et dûment justice à € mes sujets, comme plus à plein j'ai donné charge à « mon chancelier de vous dire et remontrer. >
Le chancelier, si sévère aux Parlements de Rouen et de Bordeaux, parla ensuite, et après a voir loué la sagesse
précoce du roi et exposé les causes de son voyage dans les provinces, il insista sur l'obéissance que le Parlement de Toulouse devait aux édits royaux et sur sa renommée de savoir et de vertu. Les présidents, les conseillers et tous les officiers de la compagnie, se mirent à genoux jusqu'à ce que le chancelier leur eût dit que le roi leur permettait de se relever. Le premier président, debout, remercia le roi d'éclairer, de plus près, des rayons de sa majesté sa Cour de Toulouse, lui rappela la soumission constante du Parlement à sa volonté, et son zèle dans l'austère accomplissement de ses devoirs envers Dieu* la religion et le souverain, et passa de là à des remontrances sur des évocations qui énervaient la justice.
Cette harangue finie, les parlementaires s'agenouillèrent et attendirent que le chancelier leur eût donné, de la part du roi, ordre de se lever. Le premier président, Jean Daffis, remercia alors Charles IX de l'honneur par lui fait au Parlement de Toulouse, en y tenant ce lit de justice, et protesta de son zèle à faire exécuter les édits et ordonnances, en suppliant le roi de recevoir, de bonne part, les remontrances sur le maintien de Tautorité et de l'honneur de la justice.
Les huissiers elles archers firent entrer ensuite l'archevêque d'Auch et les évéques de Castres, du Couserans, de Tarbes, de Mirepoix et de Vabres, ayant leurs chaperons, manteaux en cloches et surplis, et qui se placèrent derrière les chevaliers de l'Ordre. Puis, les portes s'ouvrirent à la foule et l'audience commença. Le premier huissier, à genoux, appela une cause par ordre du roi. Après les plaidoiries, le chancelier prit l'avis du roi, de la reine et des princes, parcourut les rangs de