CHAP. XVII. — MORT DE I^APIN
De la même main qui signait cette lettre de bon plaisir, le roi signait le traité de Longjumeau, octroyant pardon et oubli du passé aux protestants. Ce traité, d'une paix boiteuse et trompeuse, froissa et attrista les deux partis ; les protestants se récriaient contre la restitution des villes par eux conquises et les catholiques murmuraient de cette résurrection de Tédit de i56i et de ce retour à la clémence. A Toulouse, les plaintes du peuple, qui craignait de revoir des prêches aux faubourgs de la ville, obligèrent une députation du Parlement et de rhôtel de ville à se jeter aux pieds du roi et à Tadjurer, pour prix de leur fidélité, à les exiler plutôt que de les forcer à vivre au milieu des séditieux et des ennemis de la sainte église romaine. Le roi, touché de leurs supplications, éloigna les prêches de la ville, de la sénéchaussée et de la viguerie de Toulouse.
Un des gentilshommes du prince de Condé, Nicolas Rapin, ancien gouverneur de Montauban, un des chefs les plus téméraires de la conjuration de Toulouse, et déjà condamné à mort par contumace, se crut abrité sous le pardon du dernier édit de pacification et partit pour Toulouse, avec un ordre du roi, pour désarmer le peuple. En route, il voulut se reposer dans sa maison des champs, aux environs de Grenade ; les consuls de Grenade, par ordre du premier président Daffis, se saisirent de lui, et le traînèrent aux prisons de Toulouse. Là, le peuple voulait le mettre en pièces. On a prétendu que le Parlement qui détestait Rapin lui aurait suscité un nouveau procès, si vivement poussé, qu'en trois jours le prisonnier fut condamné à mort. Rapin porta sa iéte sur l'échafaud, le i3 avril i568; le prince de Condé et
les protestants s'en plaignirent amèrement au roi et à la reine mère, qui adressèrent de vifs reproches au Parlement. Le Parlement aurait répondu au roi que les édits exceptaient de la grâce et du pardon les chefs de séditions. Personne n'a jamais retrouvé cet arrêt qui n*est peut-être qu'une légende fausse, comme toutes les légendes. Si le sang de Rapin coula vraiment à Toulouse, il ne devait pas sécher sur cette terre où sonnaient sans cesse les clairons des guerres religieuses et dans ce siècle qui est le plus tragique de notre ancienne histoire. Le nom de Rapin devint un cri de ralliement et une menace de combat. C'est Coligny qui se chargea de teAir l'épée vengeresse et d'exterminer, dans les campagnes de Toulouse, le peuple qui avait décapité Nicolas Rapin. Sur les maisons des paysans et sur les châteaux ou les fermes des conseillers, dévorés par l'incendie, les troupes de la réforme écrivaient, avec du charbon, sur les pans de mur encore debout parmi les ruines : c Vengeance de Rapin ».