CHAP. XVIII. — LES NOUVEAUX PARLEMENTAIRES
président. C'était ce conseiller dont la jeunesse étonna si fort Diane de Poitiers, qu elle lui dit, au moment où il venait la remercier : c Gardez- vous de vous présenter au roi ; il ne s'imagine pas avoir, dans ses Parlements, des conseillers à poil follet ». Bertrandi racheta sa jeunesse par le travail, et nul n'eut une science plus sûre et plus vraie. Le procureur général Bertrand Sabatéri meurt en revenant de Castres où la ville entière l'entourait d'un si grand respect, que le chapitre et les ordres religieux le reçurent aux portes de la ville avec la croix, et le conduisirent de la cathédrale à la maison de son gendre, le seigneur de Roquecourbe, entre une haie de consuls, d'officiers de justice et de gentilshommes. Sa charge passera aux mains de Claude de Saint-Félix, délesté des capitouls, mais soutenu par le gouverneur qui triomphera des oppositions et le fera installer, en vertu d'un arrêt du Conseil.
La guerre est toujours dans la province. Les villes de Montauban et de Castres sont toujours en insurrection. Le Parlement ordonne, à peine de mort, aux protestants rebelles de restituer au roi, sans délai, leurs places fortes et leurs villes; aux magistrats engagés dans la réforme de se dépouiller de leurs charges et aux prédicants de cesser leurs sermons calvinistes. Il retenait prisonniers, dans leurs maisons, les parlementaires soupçonnés d'intelligence avec les réformés. Enfin, sur des lettres de jussion, il se décida à enregistrer l'édit de pacification, sous les conditions que les rebelles mettraient bas les armes et rendraient les places fortes. On lit ces mots dans la formule d'enregistrement : cLe tout sans approbation de la nouvelle religion ». La reine mère blessée de
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ces résistances fit adresser au Parlement des lettres patentes qui lui enjoignaient d'enregistrer Tëdit sans conditions et de le faire publier, à son de trompe, par tout le ressort.
Les capitouls étaient aussi exaltés que les plus exaltés des parlementaires. Dans leurs remontrances à Charles IX, ils semblent donner le signal des massacres des protestants sur les marches du Palais. Les meurtriers du mois d'octobre exécuteront leurs menaces et leurs vengeances. Ils disaient au roi que leur province était la plus troublée du royaume, que, malgré Tédit de pacification, les protestants commettaient partout pilleries, tueries, démolitions et brûlements d*églises, que le diable s'introduisait en Languedoc à la place de Dieu, 'dont les églises devenaient des cavernes de voleurs et une Babylone pleine de schismes et de scandales ; ils évoquaient le souvenir des châtiments du peuple d'Israël et suppliaient Charles IX de chasser les protestants de Toulouse, de faire pendre et étrangler les fugitifs et de leur interdire l'accès de toutes charges publiques.
A la suite de ces remontrances des capitouls et sur leur furieuse requête, le Parlement, par arrêt du lo septembre 1568, chambres assemblées, ordonna des pro- -cessions, des jeûnes, des aumônes et des prières publiques, pour apaiser la colère divine et maintenir la tranquillité de Toulouse ; il fit emprisonner les protestants les plus fougueux, fouiller leurs maisons afin d'y rechercher les armes cachées, leur défendit de s'assembler et en chassa un grand nombre de la ville. Par une ordonnance du 6 octobre de la même année, le président