‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 155 sur 295 · CHAP. XVUI. — HYMNE A LA VIERGE · texte numérisé non relu

CHAP. XVUI. — HYMNE A LA VIERGE

Caria et du Masd*Azil, au pouvoir des protestants.

En ces journées de guerre, les avocats désertaient le Palais ; on n'y plaidait plus de procès, on n'y parlait que de batailles. Le Parlement ferma les tribunaux inférieurs dont les officiers échangeaient leur robe courte contre la cuirasse, le mousquet et Tépée. Tous les hommes, en état de porter les armes, s'enrôlaient sous les drapeaux catholiques, pendant que les vieillards, les enfants et les femmes jeûnaient, et priaient le dieu des armées de leur donner la victoire. Montluc s'en émerveillait et disait au Parlement de Bordeaux : c Vos ennemis se- « ront en peur quand ils oyront que le Parlement s'arme. € Je crois que le roi doit fort à votre compagnie et à € celle de Toulouse. » Il fronçait le sourcil, quand il apprenait que les malheurs de la guerre n'éteignaient pas le bruit des folles joies des mascarades du mardi gras. Le peuple ne s'inquiétait guère de l'humeur grondante de Montluc et envoyait, souvent, ses éclats de rire à l'homme de bronze.

De loin en loin, le Parlement s'assemblait et condamnait à l'échafaud quelques chefs calvinistes. Effrayé des hardiesses de la réforme et des assauts livrés à la religion catholique, il mit au service de l'église la vigueur de son bras séculier. Brantôme l'a dit en son langage : € Quiconque portait le nom de huguenot, aussitôt pris, « aussitôt pendu.» Les huguenots refusant d'invoquer la sainte Vierge dans leurs prières, un arrêt prescrivit l'invocation de la mère de Dieu aux écoliers de l'université, avant de subir leurs examens de gradués. L'académie des Jeux Floraux suivit le Parlement dans cette voie et décida que les meilleures pièces de poésie seraient

exclues des concours, si les poètes n'y consacraient des vers à la louange de la reine des cieux.

Cette ferveur de croyances, ces arrêts du Parlement et de la gaie science révélaient aux protestants les ardeurs des catholiques; plus d'une fois, les huguenots menacèrent les habitants de Toulouse de les égorger et de parcourir les rues de la ville, leurs chevaux ayant du sang jusqu'au poitrail ; la bataille de Montcontour où le duc d'Anjou battit Coligny, annoncée au Parlement par le roi, refroidit ces explosions et ces volées de colères.

La guerre ruinait le trésor et la province ; le roi augmenta le Parlement de sept conseillers lais et de deux conseillers clercs. Malgré les remontrances, le roi persista dans son édit; mais, pour plaire au Parlement, il supprima la chambre des requêtes, en déclarant qu'il ne serait pourvu qu'à neuf offices, sur les quinze offices de conseillers enlevés aux fauteurs du calvinisme, en 1567. Aux magistrats engagés dans la réforme, il permit de résigner leurs charges. Ni le Parlement, ni l'hôtel de ville, ni le peuple ne voulurent de ces tempéraments et de ces voies de douceur et de prudence. Le Parlement ne consentit jamais à enregistrer cet édit ; il ne se contenta plus de la profession de foi réglée en Sorbonne ; il interdisait les magistrats soupçonnés de pratiquer ou de protéger la religion réformée.

Le jour des représailles allait se lever : le théâtre de la guerre changea. Coligny, battu à Montcontour, s'enfonce dans le Haut-Languedoc et y fait marcher, de long en large, une armée d'arquebusiers, grossie en route, et escortée des princes de Béarn et de Condé, et du comte

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