‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 156 sur 295 · CHAP. XVIII. — PILLAGES ET INCENDIES · texte numérisé non relu

CHAP. XVIII. — PILLAGES ET INCENDIES

de Montgomerry. Cette prodigieuse et audacieuse campagne surprit Montluc qui ne put arrêter Tarmée protestante aux bords de la Garonne, et qui avertit le premier président de la marche rapide des troupes de Coligny. Il avait entendu des bandes de pillards s*écrier qu'elles voulaient tout mettre à feu et à sang et saccager, surtout dans les campagnes, les maisons des membres du Parlement. Du haut des murailles, le gouverneur et les soldats enfermés dans Toulouse voyaient les flammes des incendies allumés par les pillards. Le peuple murmurait contre le gouverneur accusé par lui de faiblesse et de mollesse. Un religieux, prêchant à Saint-Étienne, poussa la hardiesse jusqu'à traiter le maréchal de Damville d'hérétique et de traître; on l'arrêta et, quand les capitouls allèrent demander au gouverneur sa mise en liberté, le gouverneur blessé du langage altier d'un capitoul le souffleta au visage, s'il faut en croire la chronique souvent erronée de Gâches.

Le peuple, exaspéré par les assauts des protestants, menaçait de brûler vif le gouverneur retiré à l'archevêché : il répandait le bruit que l'avocat général Duranti et quelques notables bourgeois l'avaient dénoncé au roi, comme travaillant à livrer aux protestants les villes de Toulouse, Csircassonne, Béziers et Montpellier. Le gouverneur réclama hautement justice à la reine mère et prit à partie, devant le roi, l'avocat général et les bourgeois. Un arrêt du Conseil privé le renvoya absous de cette accusation.

L'armée protestante ravageait les campagnes de Toulouse et massacrait les paysans, les prêtres, les

moines et les soldats. Elle saccagea les couvents des augustins déchaussés, des pèlerins, des capucins, des minimes ou bonshommes, des récollets, des tierçaires, des pères de Saint-Orens, des quatre ordres mendiants des grands augustins, des grands carmes, des cordeliers et des dominicains. C'était une maxime de Coligny que la police s'établissait par le mal, autant que par le bien. Sur les murailles en ruines des fermes et des châteaux des parlementaires, on lisait ces mots sinistres: « Justice de Rapin, vengeance de Rapin. » Le conseiller Gabriel du Bourg quitta sa chambre de justice de Castres, et vint au camp de l'amiral le complimenter, au nom des habitants, l'engager à marcher vers cette ville prête à lui ouvrir ses portes et lui fournir une somme d'argent.

C'est à Toulouse qui Coligny cherchait à entrer. Il l'attaqua par le faubourg Saint-Michel, mais la Valette, depuis duc d'Epemon, le repoussa Tépée dans les reins. Coligny, sous le feu des cent pièces de canons des remparts, se replia dans le Bas-Languedoc qu il ravagea à marches forcées. Le roi manda au Parlement la nouvelle de la prochaine arrivée de troupes de secours ; mais les protestants étaient déjà loin. Le Parlement, usant de la victoire, confisqua leurs biens et nomma un sénéchal en Béarn.

Le Palais renaît à la vie et reprend ses audiences. Le procureur général Bertrand de Sabateri meurt et laisse sa charge au conseiller Claude de Saint-Félix. De sages règlements prescrivent aux greffiers le bon état et la conservation des registres et des pièces des procès. L'anarchie régnait dans les juridictions inférieures: le

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Parlement y mit un terme par ses oràonnances. La guerre civile qui engendrait tous ces désordres pesait aux deux partis ruinés et désolés. Coligny vieilli, brisé de fatigue et porté, de ville en ville, dans sa litière, conseille la paix, et choisit le conseiller Armand de Cavaignes, calviniste fougueux et ayant le génie des intrigues et de la diplomatie, comme un des quatre négociateurs protestants, sous le nom de chancelier de la cause.

La troisième paix conclue entre les deux partis, à Saint-Germain-en-Laye, est du mois d'août 1670. Les cloches la sonnèrent dans les airs ; elles n'allaient pas tarder à sonner le tocsin de la Saint-Barthélémy. Les protestants reprenaient leur religion, leurs places fortes, leurs charges et leurs fortunes. Un article visait le Parlement de Toulouse et renvoyait, en souvenir de la mort de Rapin, toutes les causes des protestants, du Parlement au tribunal des maîtres de requêtes qui les jugeait en dernier ressort. Le Parlement, résistant à cette politique tortueuse et toujours changeante, enregistra redit de paix, c du très exprès commandement € du roi, mais sans approbation de la religion préten- € due réformée et jusqu'autrement en fut ordonné par € Sa Majesté. » Le Parlement et les Etats suppliaient ensuite le roi d'interdire le calvinisme à Toulouse, à dix lieux à la ronde, et de ne soustraire ni les protestants, ni les catholiques à leurs juges naturels. A cette audience, les présidents refusèrent de se revêtir de leurs robes rouges et de prendre leurs mortiers, en signe de protestation contre un acte que leur conscience désavouait. Cavaignes reçut, en pur don, une charge de maître des requêtes, mais le Parlement de Paris refusa de

le recevoir. 11 n'en prit pas moins place au Conseil, après avoir prêté serment entre les mains du chancelier de France. Les magistrats, condamnés par contumace pour hérésie et exécutés en effigie, réclamaient leurs anciennes charges ; les capitouis protestaient, mais Catherine de Médicis, pour mieux cacher ses pièges, aplanissait les obstacles devant les protestants. Les conseillers Pierre Papus, Mathieu Chalvet, Jean Percin, Arnaud de Saint-Pierre et Jean de Nos, se présentèrent devant le Parlement, avec ordre à la Cour d'envoyer au Conseil du roi les procédures suivies contre eux. La Cour obéit. Ceux-là et les autres parlementaires condamnés à la proscription ou à la mort remontèrent sur leurs sièges.

La vengeance du Parlement ne se fit pas attendre : il autorisa les catholiques à les récuser. Les revenants, comme on les appelait, dénoncèrent au roi cette délibération consignée dans les registres secrets. Le roi annula la délibération et demanda les registres secrets ; le Parlement en envoya des extraits avec des remontrances. Ces remontrances embrassaient Tétatdela justice du ressort; elles signalaient des abus sans nombre dans le choix des prêtres, des officiers des présidiaux et des sénéchaussées ; dans les frais de procédure, d'évocation des procès relatifs aux crimes des protestants; dans l'appauvrissement du domaine au profit des apanages des princes du sang et dans le danger d'accroître leur autorité par leur pouvoir de nommer aux offices des présidiaux et des aides du district, ce qui entrait d'ailleurs dans les vœux et la pensée de Coligny ; dans les rapports confus et indisciplinés entre les tribunaux in-

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férieurs; dans le payement irrégulier des gages des ma. gistrats et l'application rigoureuse de la peine des galères dont le minimum était de dix ans. Elles représentaient au roi la détresse du trésor de la province qui ne permettait pas aux commissaires du Parlement de se tranisporter dans les lieux éloignés et de rendre une exacte et prompte justice, et revendiquaient les causes de la reine de Navarre portées au grand Conseil. Le roi, faisant deux parts dans ces remontrances, accorda ce qui lui sembla jusfe et refusa ce qui lui parut inspiré par la passion.

Les traces de la guerre ne s'eflfacent pas en un jour : les cruautés des troupes de Coligny avaient forcé les prêtres et les moines chassés des couvents et des églises à se travestir pour échapper au massacre. Ils prenaient goût à la vie du monde et ne songeaient plus à se revêtir de leur froc ou de leur robe. Un arrêt du Parlement les fit rentrer dans leurs diocèses et leurs monastères, en obligeant les'binéficiers à contribuer, sans délai, aux réparations des églises, et les gentilshommes à protéger la distribution des dîmes. Afin d'obvier aux scandales et à la confusion des rangs, dans cette société en désordre dont les diverses classes portaient, sans distinction entre elles, des robes de soie, des pourpoints, des chapeaux et des manteaux de couleurs variées, un autre arrêt enjoignit aux gens d'église et de justice, aux écoliers et suppôts de l'université d'échanger leurs robes de soie, leurs manteaux ou leurs chausses de couleur rouge, jaune, verte ou bleue et leurs chapeaux contre des robes longues, sayons, pourpoints, chausses et bonnets de couleur plus sombre et plus assortis à leur état, à peine

d'amende et de confiscation des habits. Les jeux publics furent interdits. Le Parlement mettait la main à tout, aux choses de la justice, de la religion, de la politique et de la moralité publique. Tout se réglait sur ses arrêts.

Les bruits de guerre le détournaient sans cesse des luttes paisibles de Taudience. Les gentilshommes catholiques trouvaient redit de paix trop favorable aux calvinistes, et les calvinistes, toujours en défiance, exigeaient avec hauteur que le Parlement leur jurât, par serment, de veiller à la sûreté de leurs personnes et de leurs biens ; ils ne cherchaient qu'à rompre la paix. Le coup d'arquebuse de Maurevert sur Coligny retentit d'un bout du royaume à l'autre, au travers des noces vermeilles du roi de Navarre et de la princesse Marguerite, et des violences des sermonnaires invoquant les foudres du ciel et les poignards des hommes. Les fêtes du Louvre enivraient le roi qui se livrait, avec sa furie ordinaire, aux tournois et aux comédies ; protestants et catholiques se mêlaient à ces fêtes, dansant, jouant' et chantant ensemble. Ils dansaient la nuit et dormaient le jour. Ils ne dormirent pas, dans la nuit de la Saint-Barthélémy. Les cloches, les coups d'arquebuses et les cris des meurtriers et des victimes les réveillèrent: une épouvantable tempête de clameurs humaines et de sonneries d'airain versa, sur la ville de Paris éperdue et sur la tête coupée de Coligny, une pluie de sang.

La Saint-Barthélémy ne dura pas seulement une nuit ; elle eut la durée d'une saison. Le massacre s'étendit de Paris aux provinces. A Toulouse, les protestants ont reproché au Parlement de n'avoir pas seulement prévu cette tuerie, mais de l'avoir préparée et provoquée. Les

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