‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 157 sur 295 · CHAP. XVIII. — MASSACRES · texte numérisé non relu

CHAP. XVIII. — MASSACRES

registres du Parlement oude THôtel de Ville ne racontent pas ces horribles scènes de meurtre dans les maisons et dans les rues ; il faut puiser aux sources protestantes.

Gâches, bourgeois de Castres, préteud qu'un commis du roi apporta la nouvelle du massacre de Paris au premier président qui aurait gardé un profond secret de ces dépêches. Rien n'établit l'exactitude de cette allégation inspirée par l'esprit de parti. D'un autre côté, les lettres du vicomte de Joyeuse aux capitouls, arrivées le 3i août, leur prescrivaient, de la part du roi, de ne rien changer à l'édit de la dernière paix, de mettre des gardes aux portes de la ville avec bâtons au feu et de surveiller les huguenots, en cas de surprise. Les capitouls communiquèrent ces lettres au Parlement qui enjoignit au sénéchal de mettre, sous les armes, la noblesse de la sénéchau ^sée et de fermer les portes.

Ce jour-là, dimanche 3i août 1672, les protestants arrivés de grand matin, au prêche de Castanet, à deux lieues de Toulouse, tinrent conseil et, le soir, un grand nombre rentra en ville. On se contenta de les désarmer aux portes et de placer des sentinelles dans divers quartiers, en laissant, le lendemain, aux protestants pleine liberté d'entrer et de sortir. Quelques membres du Parlement, partisans de la réforme, n'osant pas quitter leur retraite, le premier président leur écrivit de revenir, en leur disant que le massacre de Paris ne déterminerait pas le roi à enfreindre l'édit de pacification: les uns reparurent à Toulouse, les autres plus défiants se réfugièrent à Montauban, Puylaurens et Réalmont et dans de petites villes qui leur offraient un sûr abri. Le 2 du mois de septembre, on proclama dans les rues, à son de

trompe et en présence des présidents et des capitouls, un arrêt du Parlement défendant toute violence envers les protestants. Cette surveillance et ce désarmement ne venaient -ils pas, ainsi que Tassure le père Lombard, d*un sentiment de prudence et du vif désir de maintenir la tranquillité publique? Gâches soutient, au contraire, que ces protestations de réconciliation et d'oubli du passé recelaient un piège, et qu'à la première alarme, on enferma tous les protestants dans les prisons ouïes monastères en attendant de les tuer, au retour des députés envoyés au roi pour obtenir l'interdiction de la religion réformée dans la province.

A chaque porte de la ville, c'est encore Gâches qui le raconte, se tenaient un conseiller et un bourgeois chargés d'arrêter au passage tous les protestants. En même temps, des crieurs publics annonçaient des peines sévères contre les habitants qui cachaient des huguenots dans leurs maisons. Les trois conseillers, Coras, Latger et Ferrières, signalés comme des sectaires remuants et redoutables, étaient au nombre des prisonniers. Le Parlement entama leur procès et, sur leur refus de répondre aux commissaires du Parlement, le président de Lathomi, et les conseillers d'Alzon et de Buet, il décida qu'ils comparaîtraient devant ces commissaires pour être admonestés. On les accusait d'avoir pris part à la conjuration de i562, d'avoir professé, dans leurs maisons, la religion réformée, contrairement aux édits du roi et aux arrêts de la Cour, enfin d'avoir sollicité du prince de Condé une commission pour ériger à Castres une chambre de justice.

Du monastère des carmes, on transféra les prisonniers

Page 1