CHAP. XVIII. — GACHBS ET DURANTI
à la Conciergerie et on vendit leurs biens. Le 23 de ce mois de septembre, le Parlement commença leur procès. Les trois accusés ayant encore refusé de répondre aux commissaires de la Cour, le Parlement décida qu'après l'admonestation, s'ils persistaient à se taire, ils seraient punis comme atteints et convaincus du crime de complicité dans la conjuration, de la pratique de la religion réformée et de leur participation aux arrêts de la chambre de justice de Castres. Deux avocats eurent la tête tranchée pour avoir présenté au Parlement une déclaration du roi favorable à Coras et à Cavaignes.
Les députés du Parlement rentrèrent à Toulouse, le 3 octobre, porteurs de l'ordre du massacre. Gâches qui rend aux parlementaires et aux capitouls cette justice, qu'il y eut en eux un frémissement d'horreur à cette nouvelle, rejette sur l'avocat général Duranti l'atrocité • du carnage et lui attribue ces paroles : « Vous ferez ce € qu'il plaira et direz ce que bon vous semblera. Quant € à moi, je vais exécuter, de la part du roi, ce que ma € charge et mon devoir me commandent. »
Duranti a-t-il tenu ce langage? De Thou, qui a si bien raconté les massacres de Toulouse, n'en a rien dit et la tradition de Toulouse n'est pas celle de la chronique de Gâches. Il faut croire, à l'honneur de Duranti, que ces cruelles paroles ne sont jamais tombées de ses lèvres et, à l'honneur du Parlement, qu'il ne signa aucun ordre de mort.
Au lieu de s'en tenir à ces récits passionnés de Gâches, si Lafaille, le plus insouciant des annalistes, avait fouillé les registres de l'Hôtel de Ville, il aurait pu se convaincre des méprises ou des mensonges de Gâches.
Duranti n*a pas poussé au massacre des protestants. Qui Ta dit mieux que Géraud de Maynard, dont Tâme droite et pure repoussait, avec indignation, cette accusation odieuse : c Duranti, personnage catholique et digne € de son état, a été cruellement et odieusement accablé € par ceux même ou aucuns de ceux auxquels il avait € sauvé la vie, à d'autres leurs biens et à quelques-uns € l'honneur. >
Le 4 octobre, à l'aube, une troupe d'égorgeurs armés de haches, de poignards, de dagues, de piques et d'arquebuses, enfonça les portes de la Conciergerie, arracha les prisonniers des cachots et des préaux et les massacra sur les marches du Palais. Combien y eut-il de victimes? On a raconté que leur nombre s'éleva de deux à trois cents. Au nombre des victimes se trouvèrent Morgues et La Mire, conseillers au sénéchal, les bourgeois Ganelon et Daunette, et bien des avocats dont on n'a pas conservé les noms. Coras et les conseillers Ferrières et Latger tombèrent sous les piques et les mousquets, et leur sang rougit tout un pan de mur. Par une dérision barbare, les égorgeurs revêtirent leurs cadavres sanglants de leurs robes rouges et les pendirent à l'ormeau de la cour du Palais. Celui qui commandait le carnage et qui marchait en tête de cette poignée de scélérats s'appelait Latour, batteur de pavé aux abois, moitié étudiant et moitié sicaire, contre lequel les capitouls et le Parlement s'apprêtaient à informer, lorsqu'il fut, à son tour, égorgé par un de ses compagnons. Deux jours après, on creusa des fosses dans la cour de la sénéchaussée et dans les caves de l'archevêché, et on inhuma ensemble tous ces cadavres, jetés pendant