‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 160 sur 295 · CHAP. XVIII. — JEAN DE CORAS · texte numérisé non relu

CHAP. XVIII. — JEAN DE CORAS

S*il se refuse à quelque démarche contraire à sa conscience, il lui dit : € Je le ferai si vous le commandez, € mais ce sera mettre mon pied sur mon cœur qui n'y € peut consentir, si ce n*est pour vous obéir. »

Dans ces lettres, reparaît toute Tâme de Coras : on peut y regarder jusqu'au fond. N'est-ce pas encore à lui que nous devons ce qui a été, peut-être, le mieux écrit sur les devoirs des magistrats, dans son Discours des parties et offices d'un bon et entier juge } On y respire, à larges souffles, Tamour du vrai, du juste et du bien.

Qui a parlé, aussi bien que Coras, dans le procès de Martin Guerre, du danger des procédures par écrit en matière criminelle, en réclamant, au nom de la philosophie et de rhumanité, la preuve testimoniale au grand jour de l'audience : Il disait : < Il est plein de péril, singulier € rement en matières criminelles où se traite de Thon- € neur et de la vie de l'homme, d'asseoir jugement sur « la déposition écrite des témoins, lesquels, souventes € fois, assurent pertinacement choses fausses pour véri- € tables, dont après sont contraints de se départir. Il est € plus assuré de les faire venir en personne, les ouïr, € voir et contempler leurs gestes et contenances, les in- € terroger, leur faire rendre raison du tout, exacte- € ment, car je cuide qu ainsi faisant, serait retranché le € chemin à beaucoup de malignités, calomnies et con-*

€ spirations des témoins La foi et l'autorité des té-

€ moins présents est autre et plus grande, sans compa- « raison, que des dépositions qui sont seulement lues et « récitées, et le plus souvent écrites, dictées, plus à l'ap- « petit d'un mauvais garçon de commissaire ou d'un

* brouillaçon de greffier, que selon Tintention de la vo- € lonté du témoin ».

. Son ingénieuse Paraphrase sur ledit des mariages clandes^ iincmeni contractés par les enfants contre le gré de leurs pères et mères ressemble, par sa sévère tristesse, à un traité de Nicole. Cet esprit curieux et enclin aux études mystiques s'éloigna souvent des procès du Parlement et traduisit, à une saison de vacances. Les dou^e Règles de Pic de la Mirandole, sur le combat spirituel pour s'acheminer à la vertu et résister aux tentations du monde.

Dans son Discours des parties d'un bon et entier juge, Coras s'est appliqué à peindre c le bon et entier magistrat, € pénétré de cette pensée que le jugement est chose de € Dieu et que le juge n'étant que son procureur et minis- € tre, il n'appartient au procureur donner ce qui est € à Dieu, son seigneur et maître. » Et après avoir mis ainsi la connaissance des lois divines au-dessus de la science des lois humaines, il exigeait des juges la prudence, l'expérience, l'érudition et l'intégrité.

Il n'aimait pas la justice des capitouis et il se déchaina, un jour, contre elle dans son livre Miscellanœa juris. Les capitouis lui en gardaient rancune: chargé par le Parlement d'une commission contre la ville, Coras se vit récuser par eux et il répliqua par un libelle où il les raillait de leur science et de leur littérature, en finissant par ce trait : € Il y en a certes plusieurs d'une doctrine et « d'une probité si grandes, qu'il est plus facile de les € admirer que de les louer; mais, comme dit un poète la- € tin, tels oiseaux sont rares : on les peut comparer à un « cygne noir. »

A.vant de s'engager dans la réforme, il passait pour

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