‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 161 sur 295 · CHAP. XVIII. — ARMAND DE CAVAIGNES · texte numérisé non relu

CHAP. XVIII. — ARMAND DE CAVAIGNES

le plus doux des Sommes. On n'a pas de peine à le croire, en voyant son portrait où nulle trace de fatigue ne se découvre : cette figure un peu osseuse, terminée par une barbe blonde, semble rayonner de bonté. Ses* épreuves, ses malheurs et les persécutions de son siècle trempèrent son âme et lui donnèrent l'intrépidité, la constance et une sorte de dureté qu'il garda, sur son siège, dans les prisons et sous le poignard des assassins. Aux derniers mois de sa vie. il pressentait sa fin tragique, et se plaisait à repéter cette maxime où il puisait une consolation et une force : c La € mort est la fin de tous les maux et le fort boulevard € contre les calamités de ce monde. »

La destinée d'Armand de Cavaignes, que Lafaille a traité d'intrigant et d'habile en ressources, ne fut pas plus heureuse que celle de Coras, de Latger et de Ferrières. Le Parlement le condamna à mort, comme complice de Coligny, avec un vieux soldat qui trembla, en allant au supplice, tandis que Cavaignes regardait la potence sans un tressaillement au cœur. On le traîna sur la claie et on le pendit en plaçant, à côté de lui, une figure de paille représentant l'amiral de Coligny. On ne le laissa pas dormir tranquille au fond de sa tombe; on outragea sa mémoire dans une misérable pièce du temps, jouée à Paris et intitulée la Tragédie de l'amiral. Il était de Toulouse ou peut-être du comté de Foix.

Ces flots de sang n'éteignirent pas la guerre civile. Toute la province du Languedoc était en feu : on se battait à Nîmes, dans le Vivarais, dans l'Albigeois, dans le Rouergue, dans les Cévennes, à Montauban, à Castres, à Montpellier et dans le Lauraguais. Le^royaume ac-:

cueillit, comme une douloureuse ironie, le nouvel édit de pacification accordant aux protestants une partie de leurs droits et de leurs libertés et portant que les procès entre catholiques et huguenots seraient jugés, en premier ressort, par les baillis et éénéchaux et, en appel, par un Parlement désigné par le roi. L*édit enlevait expressément au Parlement de Toulouse ces sortes de procès du pays de Montauban. Les catholiques obéirent à Tédit, mais les protestants ne voulurent pas désarmer. Le maréchal de Damville les convoqua à des conférences tenues à Pézenas, et le roi qui se défiait du maréchal inclinant aux transactions et aux pardons, lui adjoignit le conseiller de L*Hôpital chargé de réveiller sa fermeté. Damville appelait le premier président à Pézenas, mais sur les instances des capitouls qui le regardaient comme le bouclier de la ville, le premier président Daffis ne sortit pas de Toulouse.

Le premier président ne manquait ni de soucis, ni de travaux, ni d'épreuves. Il avait à surveiller les magistrats des sénéchaussées qui. à la faveur d'abjurations simulées ou incertaines, reprenaient leurs offices. Un autre abus s'était glissé dans la confusion des vêtements de ce temps et dans l'oubli des marques extérieures qui ne permettaient plus de distinguer les diverses classes de la société: un arrêt réforma ce désordre. Le chapeau, étant alors un objet de scandale sur certaines têtes, fut interdit aux prêtres, aux magistrats, aux professeurs de l'Université. La Rocheflavin ne s'indignait-il pas aussi de rencontrer, par les rues, des parlementaires sans le bonnet carré sur la tête, en rappelant l'heureux temps où les vieux magistrats, jaloux de leurs traditions.

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