CHAP. XVIII. — GUERRE DANS TOUTE LA PROVINCE
ne mettaient jamais le chapeau sur le bonnet carré, même aux jours de pluie? Il attribuait aux guerres civiles Toubli de ces anciennes coutumes.
Au travers de toutes ces rumeurs, le Parlement appelait à Toulouse les gentilshommes catholiques, protégait la liberté du commerce du côté de Bordeaux, mettait des garnisons dans les bourgs et châteaux des environs de Toulouse, ou les faisait raser, et condamnait à la roue et à Técartèlement un parti de gentilshommes qui, à la faveur des troubles, pillaient et incendiaient le comté de Foix. Par ordre du roi, le premier président Daffis et le président de Lathomi cherchaient, dans la vente des biens des rebelles, des moyens de soutenir la guerre. Le trésor royal était épuisé. Qui Ta dit mieux que Brantôme : c Notre roi Charles avait tant de dettes € sur les bras, qu'il devait à Dieu et au monde. » Onze bourgeois toulousains fournirent au duc d*Anjou, qui assiégeait la Rochelle, une somme de cinquante mille livres. Le père Lombard cite leurs noms: Pierre Madron, Jean Gestes, Pierre Belui, Pierre Vignaux, Bernard Séri, Jean Astorg, Bernard Desplats, André Jesse, Pierre Rabaudi, Pierre Rachou et Pierre Chauvet. En retour, le Parlement assurait une pension à un capitoul, trop pauvre pour accepter les honneurs du capitoulat.
Le roi, mécontent du maréchal de Damville, lui enleva le gouvernement de la province et le donna à François de Bourbon, dauphin d'Auvergne. Les Etats généraux s'assemblent à Compiègne ; le président de Lathomi et Tavocat général Duranti y assistent, choisis par le roi. Le président revint le premier et avertit les capitouls,
de la part de Charles IX, de ne pas se reposer de leur .vigilance sur les huguenots. Duranti s'attarda à Paris ; arrivé en Auvergne, les calvinistes se saisirent de lui et l'emmenèrent en Périgord. Grâce aux lettres du roi et aux efforts de La Valette, il sortit des mains des huguenots et c'est lui qui, de Périgueux où il attendait une jescorte, annonça à la ville de Toulouse, la mort de Charles IX et l'avènement de Henri III.
Pendant les troubles, le Parlement s'était renouvelé. Michel Dufaurde Saint- Jory, chancelier de Marie, infante de Portugal, avait cédé sa charge de président à son neveu, le conseiller Charles Dufaur de Pibrac. Le président de Malras, dont Forcadel a loué l'esprit savant et le cœur généreux, laissa son siège à l'avocat général Pierre de Mansencal que remplaça Durand de Malras. Le président Antoine de Paulo meurt et son fils Jean de Paulo prend sa charge. Pierre de Mansencal ne garda pas longtemps son mortier de président ; à sa mort, Jean de Saint-Pol, seigneur de Saint-Jean, quitta le f^rand Conseil pour s'asseoir sur ce siège du Parlement. Mathieu Chalvet eut la présidence des enquêtes. Les -chambres assemblées adressèrent au roi des remontrances destinées à rendre aux hommes d'église le nombre de leurs charges envahies par des conseillers lais. D'un autre côté, les charges laïques allèrent croissant, au mojpient du nouveau rétablissement de la chambre des requêtes, composée des deux présidents, Guillaume Daffis et Pierre Sacaley, et de huit conseillers : elle se rouvrit le 18 juillet 1674, sur des lettres de jussion. . Les rois et les parlementaires mouraient, mais les pombats, les querelles, les désordres et les luttes du
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royaume renaissaient toujours. Le Parlement ordonnait des prières publiques pour demander à Dieu de ramener, sans péril, le nouveau roi revenant de son royaunfie de Pologne. Il enregistra les provisions du gouverneur, le prince dauphin d'Auvergne, confirmées par la reine riière, cassa la trêve accordée aux calvinistes par Damville qui se refusait à abandonner son gouvernement, défendit aux sénéchaux et aux commandants de lui obéir et aux États de se rendre à sa convocation.
Henri III arriva de Pologne par l'Italie, amolli, énervé, craignant l'air et le soleil, aimant les parures des femmes et les parfums, vivant avec des mignons et des vieux de vingt-trois ans. La mollesse de sa vie et sa ruse féline remplaçaient, en lui, la frénésie de Charles IX. La raison de ces deux rois chancela toujours sous les perfides inspirations de leur mère, la reine Catherine. Ce pauvre épuisé, comme l'appelle un chroniqueur protestant, prenait la couronne au moment où la France avait le plus besoin d'un maître et le trône d'un roi. Mais la tige des Valois, efféminée et pâlie, ne portait plus des hommes : le nouveau roi, tout entier dans la main inflexible de sa mère, n'écouta ni les sages conseils de ses maréchaux et de ses favoris, ni le vieux Montluc, balafré et brisé par soixante ans de combats. La reine Catherine, plus guerrière que Montluc, précipita la déclaration de guerre. Montluc, qui trouvait qu'en France, et surtout à la Cour, les femmes se mêlaient de trop de choses, reparut en Gascogne, où un conseiller, au nom du Parlement, lui offrait des secours d'hommes et d'argent. Duranti reçut des lettres du gouverneur du Quercy menacé par La Noue, et
le Parlement commanda au ban et à Tarrière-ban de marcher sur Cahors, avec quatre cents arquebusiers* L'évoque de Cahors convoqua les états du Quercy et obtint une trêve ; le Parlement cassa la trêve et défendit toute assemblée des États. .
Les capitouls reprochaient au Parlement de n'avoir pas le bras assez rude; alarmés par les mouvements des troupes protestantes et de l'armée du maréchal de Damville, en révolte contre le roi, ils allèrent en corps au Palais, au mois de septembre 1674, ^^ haranguèrent le Parlement, sur un ton de commandement et d'arrogance qui tranchait avec leur langage habituel: ils dirent au Parlement que les malheurs de la patrie les instruisaient, tous les jours, de la nécessité de s'assurer de la personne des citoyens suspects et dangereux; que les dignités, ou la fortune de ces traîtres les préservaient de ces mesures de sûreté publique; qu'il appartenait à la Cour de mettre fin à cet affaiblissement d'autorité et de vigueur, de retrancher du Parlement les membres accusés d'intelligence avec les rebelles par les clameurs de la ville, et surtout le président Dufaur de Saint-Jory et le procureur général de Saint-Félix.
Le lendemain, la ville étant sous les armes, le Parlement, cédant à la pression des capitouls, les chargea de rechercher les suspects dans toutes les maisons, sans en excepter celles des officiers du Parlement, et de découvrir tout ce qui serait de nature à établir un commerce d'amitié ou de complicité avec les huguenots et le parti des politiques, qui était pourtant un parti vraiment français et défendait l'indépendance nationale.
Oïl dressa une longue liste de suspects, où figuraient