CHAP. XVIII. — LISTE DES SUSPECTS
deux membres du Parlement. Elle fait songer à ce mot du chancelier de THôpital : c II n*y a rien qui fasse tant € mépriser une compagnie que d'être en dissension. » Il avait dit aussi, aux magistrats de son temps :
€ Vous êtes les juges du pré et du champ, non de la € vie, non des mœurs, non de la religion. » Uesprit de parti envahissait les âmes et rendait ces exhortations stériles. Le président deSaint-Jorj se pourvut au Parlement ; un arrêt le sauva de l'exil. Le procureur général de Saint-Félix et le président de Lathomi luttèrent contre les capitouls, qui réclamaient la démission de leurs charges : ils allèrent au Conseil du roi, qui repoussa fa demande des capitouls, par un arrêt de réparation triomphante envers le procureur général. Une fédération provinciale s'organise à Toulouse, . à la voix de Duranti, pour c la manutention de l'honneur de Dieu et € du service du roi ». Ceux qui refusent de s'enrôler sont déclarés < infracteurs et violateurs de la paix publi- « que ». Les protestants ne paraissaient pas effrayés de ces persécutions ; ils ne cherchaient plus à se battre et à verser le sang, ils se révoltaient pacifiquement contre le roi, en érigeant des chambres de justice à Mon tauban, à Mazères et à Castres. Le désordre se mit aussi dans les collèges de Toulouse, fondés pour la jeunesse indigente par des papes, des cardinaux et des prélats. Un long arrêt du Parlement réforma les règlements de ces collèges, selon l'esprit de leur institution et de leurs statuts.
C'est le temps où paraissent les sorciers. Le Parlement les envoie du sabbat au gibet et au bûcher. On ne comprend guère le reproche, adressé par Théodore
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de Bèze, aux Parlements, d'être timides et indulgents envers la sorcellerie. Il allait trop vite, en prétendant qu'un esprit d'indépendance et de hardiesse philosophique les animait; il n avait pas eu. sous les veux, les arrêts du Parlement de Toulouse. Il eût mieux été dans la vérité, en reconnaissant que la justice dédaig^nait les ignorants, les simples et les visionnaires, et qu'elle ne frappait que les coupables de maléfices et de profanations.
Les sorciers dataient de loin ; on les retrouve chez les nations qui se fondent et chez les peuples en décadence. Pour les châtier et les disperser, ce sont, dans toutes les provinces, les mêmes procédures et les mêmes supplices. On les laisse tranquilles, et ils passent inaperçus, sous les règnes de Charles VIII, de Louis XII et de François I*'. Le sombre règne d'Henri II et de Diane de Poitiers finit les périodes de tolérance et allume les bûchers des hérétiques et des sorciers. En une seule fois, sous Henri II, s'il faut en croire Michelet, le Parlement de Toulouse en brûla quatre cents. L'Inquisition, vers le milieu du seizième siècle, se bornait à déclarer que le crime était constant et s'en remettait au bras séculier du soin de prononcer la condamnation et de la faire exécuter.
Avec ces mots de sorciers, et surtout de sorcières, les femmes étant sorcières par nature, selon l'opinion de ces époques attardées, les cachots s'ouvraient à des troupes de femmes et le bourreau commençait son œuvre par la question, l'estrapade, la mutilation, et la finissait par la potence, la lapidation, la décollation ou le brasier en place du Salin. Les plus heureux étaient les