‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 164 sur 295 · CHAP. XVIII. — LES SORCIERS · texte numérisé non relu

CHAP. XVIII. — LES SORCIERS

fouettés et les bannis. Le bourreau pouvait accomplir en paix son œuvre : c'était une maxime que les sorciers étaient impuissants contre les arrêts de la justice. On était de la sorcellerie, pour avoir la marque du diable, qu'on reconnaissait en enfonçant, dans les chairs sanglantes, une longue épingle, sans que le patient, brisé et arrivé au degré de prostration, criât de douleur. Une femme était sorcière, parce qu'il plaisait aux autres femmes, haineuses et jalouses, de lui donner ce nom redouté, de l'accuser d'aller au sabbat sur un bâton blanc cerclé de noir, de jeter un sort aux hommes et aux enfants malades, aux bœufs méchants, aux mules paresseuses, aux mauvais ménages et aux nourrices dont le sein tarissait, de parler aux démons au clair de lune, dans les jardins, les vergers et les bois, à la saison où les arbres fleurissent, de connaître les mystérieux secrets des plantes et des herbes, de tarir ou corrompre les fontaines, d'entretenir la guerre, de faire pleuvoir la grêle sur les champs, en frappant Teau des mares de leurs verges, d'attirer sur les puits des nuées d'insectes dévorants, et de tout dévaster, en évoquant la foudre et les tempêtes.

Les procédures étaient simples : sur le cri de la rumeur publique, le procureur du roi ou du seigneur s'emparait des sorciers, fouillait leurs maisons, les mettait à nu pour découvrir sur eux les marques du démon, et les renvoyait devant le Parlement.

Souvent, la torture arrachait l'aveu de maléfices imaginaires aux hommes et aux femmes trop faibles pour supporter ces cruelles douleurs ; les supplices finis, ils les rétractaient comme d'abominables mensonges.

mais de nouvelles estrapades avaient raison de leur dénégation, et le dénouement était fatal. Cest peat«étre en songeant à ces coutumes barbares, que La Rocheflavin écrivait, quelques années après : € Cest une dange- € reuse invention que celles des géhennes : il semble € que ce soit plutôt un essai de patience, que de vérité. € Pour dire vrai, c*est un moyen plein d'incertitude et € de danger. Que ne dirait-on pas, que ne ferait-on pas, € pour fuir de si grandes douleurs? D'où il advient que € celui que le juge a géhenne, pour ne le faire mourir € innocent, il le fait mourir innocent et géhenne ; car € mille et mille ont chargé leurs têtes de fausses confes- € sions. » A cette période de notre histoire, la raison humaine n'apparaît que dans une nuit obscure ; on croit à tout ce qui la révolte, aux évocations, aux sortilèges, aux possessions, aux enchantements et à la magie, aux visions, aux spectres et aux légions de vampires. Le démon est partout, dans Tair, l'eau, les arbres, le vent ou les nuages, dans les bruits du torrent ou les chansons de Toiseau; les artistes le sculpteront aux piliers des cathédrales et aux stalles des églises, sous des formes bizarres et infinies. Il n'y eut, au seizième siècle, que Catherine de Médicis qui usa de tolérance envers la sorcellerie. Elle s'entourait de trop de magiciens et d'astrologues, pour ne pas fermer les yeux sur les sorciers. Ce fut le temps où ils se propagèrent, d'un bout du royaume à l'autre, et tel était leur nombre, qu'on les comptait par milliers et qu'on disait que la France était sorcière. Beaucoup de vieilles femmes prédisaient Tavenir, préparaient des philtres mystérieux et faisaient métier de pervertir la jeunesse ignorante de ces générations

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