‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 165 sur 295 · CHAP. XVIII. — LES SORCIERS · texte numérisé non relu

CHAP. XVIII. — LES SORCIERS

superstitieuses. En les frappant, la justice n*égarait pas ses coups, comme elle les égarait en frappant ces pauvres d'esprit et ces imaginations éprises du merveilleux, qui croyaient humblement au génie du mal et tremblaient devant sa puissance. A ces magiciennes, que le vieux procureur Cayron voyait entrer comme un troupeau à la Conciergerie, on réservait un châtiment qui attirait le peuple sur les quais et sur les ponts ; elles étaient enfermées dans une cage de fer, coilBFées d'un chapeau de paille orné de plumes et de grelots, et plongées dans la Garonne, d'où le bourreau les retirait en ayant soin, € miséricordieusement, de les laisser vivre, € afin qu'elles puissent faire leur conversion. > Quand ce bouffon et barbare supplice fut supprimé, on se contenta de les promener par les rues et les carrefours, montées sur une ânesse, le visage tourné vers la queue, et portant, au chapeau, une inscription qui rappelait leur infamie.

Henri III se détourne de ces procès de sorcellerie et envoie, de Lyon, au Parlement les lettres patentes de la confirmation d-e la Cour, composée alors de six présidents, de soixante-neuf conseillers, d'un procureur général et de deux avocats généraux. Ces lettres, qui rappelaient les origines du Parlement, lui recommandaient de € faire vivre et entretenir les sujets de Sa Majesté € en l'honneur de Dieu, fidélité, obéissance, honnête € conservation, paix et tranquillité, extirper la secte ré- € prouvée, des croyants de la sainte foi catholique et € religion chrétienne, réprimer tous les abus, crimes et € maléfices, séditions et violences, conserver les droits € et domaines du royaume et couronne de France, et

€ connaître des torts et griefs qui, sous couleur de jus- € tice et autorité juridictielle, y seraient faits par les € inférieurs »

Les sujets de Sa Majesté ne vivaient guère en paix et en obéissance : le duc d'Alençon, évadé de la Cour, se mettait à la tête des rebelles ; en Languedoc, on n'entendait parler que de sièges, d*assauts, de places prises et reprises, de bourgs réduits en cendres et de soldats égorgés. Le conseil de guerre se tenait, en plein Parlement, au Palais de Justice. François de Lavalette-Cernusson, sénéchal de Toulouse et chevalier de l'ordre, commandait les armées de la sénéchaussée, et, en Tabsence du duc de Joyeuse, soumettait à la grand' chambre ses projets d^attaque et de défense : le Parlement, dès qu'il s'était retiré, délibérait et lui transmettait ses résolutions.

Pendant que Lavalette et Joyeuse, obéissant à un ordre du Parlement, assiégeaient la petite ville de Caraman, et que les Etats réclamaient vainement la réduction des charges du Parlement, les chefs protestants, assemblés à Nîmes, tentaient d'établir, dans la province, une sorte de république indépendante et gouvernée par des lois. Ils voulaient rompre surtout le lien de justice qui les attachait au Parlement de Toulouse. Jean de l'Hôpital, errant dans les camps et les villes calvinistes, accourut à Castres où il présida la chambre de justice érigée par les protestants, et où se rencontrèrent de Paulo, conseiller au présidial, Tezon, conseiller au sénéchal de Toulouse, Molinier, conseiller au sénéchal dé Carcassonne, LafFont, juge à Albi, Veindas et Caty^ avocats de Toulouse.

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