‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 166 sur 295 · CHAP. XVIII. — LA LIGUE · texte numérisé non relu

CHAP. XVIII. — LA LIGUE

Les Etats, réunis à Carcassonne, s^inquiétaient de ces dissensions de la province et engageaient les diocèses à former une ligue, destinée à combattre les tendances politiques des religionnaires de Nimes. La recherche des suspects et les perquisitions dans les maisons récommencèrent à Toulouse avec plus de rigueur que jamais : le Parlement, redoutant les violences d'un peuple ombrageux et emporté, n'osa pas rayer de cette longue liste de suspects, présentée par les capitouls, les noms de quelques membres de la Cour. La reine Catherine, se jouant dans les intrigues, les troubles et les soucis de la paix et de la guerre, détacha le duc d' Alençon des huguenots et des politiques, et amena un autre édit de pacification, accordant aux protestants le libre exercice de leur culte et une sorte de Cour souveraine, à Montpellier, indépendante, en bien des points, du Parlement. Le Parlement accepte cette paix, comme une paix armée, maintient les troupes sur le pied de guerre, prend de sévères règlements de police, continue à donner le mot au guet pendant la nuit et des ordres aux consuls et aux capitaines des châteaux, et n'enregistre l'édit que, sous des réserves, qu'une main de sectaire a arrachées des registres, d'un geste de colère. Le roi déchira bien autrement l'édit, en signant la ligue aux Etats de Blois.

La ligue née à Péronne,en Picardie, en 1676, passa du Nord au Midi. Le duc de Guise, ambitieux comme son, oncle et vaillant comme son père, attirait à lui tout le royaume et rassemblait en une seule ligue, dont il voulait être le chef, toutes les ligues de province. Elle avait son trésor, son armée et ses pamphlets qui faisaient descendre les Guise de Charlemagne, et menaçaient le

le roi de renfermer dans un couvent et de donner la couronne à la maison de Lorraine. Au Parlement de Toulouse, les conseillers Bernard d'Assézat, Jean de Catel et le sénéchal, en rédigent le règlement, que les chambres assemblées approuvent, en concentrant, aux mains du premier président, de grands pouvoirs de di-« rection et d*exécution de cette ligue, créée € pour le ser- € vice du roi, tranquillité, assurance et mutuelle défense € des bons et fidèles sujets, selon Toccurrence de la néces- € site, et que la commune défense le requerra. » Le roi, abaissé par les victoires du duc de Guise, aspirait à reprendre son autorité et proposait au roi de Navarre des conférences pour la paix, à Bergerac, où se rendi- . rent les députés du prince de Condé et les plénipotentiaires du roi, le duc de Montpensier, le maréchal de Biron, quelques autres seigneurs et le premier président Daffis, qui reçut ainsi du roi un hommage dû à sa sagesse profonde et à Téclat de son savoir et de ses vertus.

11 était l'âme et la vie du Parlement et de la province. Il semblait qu*en partant, il allait emporter, dans les plis de sa robe, la sécurité de la ville de Toulouse. Les capitouls le conjurèrent de ne pas les abandonner, au milieu de leurs traverses et de leurs alarmes. Le roi lui écrivait lettre sur lettre ; il lui disait : € Votre « seule présence portera bonheur et succès au traité; je 4 sais combien elle est nécessaire aux lieux où vous êtes, € mais, de toutes les preuves que vous m'avez données € de votre zèle et de votre fidélité, votre arrivée à Berge- € rac me paraîtra la plus agréable et la plus utile. » La reine Catherine lui adressait aussi des lettres d'une

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