CHAPITRE XIX
Traité de Poitiers. — La reine Catherine et la reine Marguerite en Languedoc. — Guy Dufaur de Pibrac. — Éditde Nérac. — Reprise d'armes. — Remontrances. — La guerre des Amoureux. — Le prix des fleurs de Clémence Isaure versé au Trésor. — La peste. — Traité de paix. — Mort du premier président Daffîs. — Son portrait. — L'avocat général Duranti nommé premier président. — Charge de conseiller donnée à titre de dot. — La Rocheflavin président des requêtes. — Rivalité d'Anne de Joyeuse et de Montmorency. — Le Parlement se met du côté de Joyeuse. — Duranti ardent pour la cause de Joyeuse. — Émeutes des écoliers. — Université. — Culte catholique. — Procès au Parlement. — Lenteur des procès. — Premières années de la Ligue. — Conférence religieuse de Nérac. — Édit du roi, — Députés du Parlement envoyés au roi. — La Ligue rallume la guerre civile. — Le parti des politiques. — Duplessis-Mornay. — Son complot. — Édit de Nemours. — Joie du Parlement. — Suppression de la Chambre de l'Isle-en-Albigeois. — Mesures prises par le Parlement, qui prend en main tous les pouvoirs. — Désordres dans les couvents. — Messe solennelle. — Louanges du roi «t augmentatation des gages. — Bulle d'excommunication du roi de Navarre. — L'avocat général Pierre de Bcloi défend le roi de Navarre. — Guerre dans la province. — Création de nouvelles charges. — Le poète BaTf. — Arrèi du Parlement. — Bataille de Coutras. — Lettre du roi de Navarre au Parlement. — Suspension du cours de la justice. — La peste.
Les fêtes n'ont qu'un jour, leur bruit s'évanouit, les réjouissances publiques ne changent pas les situations ; «lies ne jettent qu'un voile léger sur les tristesses et les divisions profondes d'un pays. Les orages des nations
ne s'apaisent pas en un jour, comme les orages de Tair. Il y aura encore bien des éclairs et des coups de foudre dans le royaume. Après les conférences de Bergerac, le roi se hâte de signer le traité de Poitiers, où se mêlaient tous les tempéraments de la politique. Le Parlement l'enregistre, sans approuver, selon sa coutume, la nouvelle religion.
La reine Catherine, pour raffermir la paix, parut en Languedoc avec la reine Marguerite, qui allait rejoindre le roi de Navarre. Les deux reines arrivèrent à Toulouse le 28 octobre 1679, entourées de dames et de seigneurs. La reine mère exhorta le Parlement à modérer ses rigueurs envers les réformés ; mais ce souci ne paraît pas avoir troublé la reine de Navarre qui reçut les compliments des parlementaires, et les présents de la ville € valant 3oo écus au soleil », mollement couchée sur un lit de damas blanc, richement paré, avec de petits enfants de chœur au fond du lit, chantant et jouant du luth. Elle n'assista même pas à la procession, où le Parlement se rendit en robes rouges. Il faut croire qu'elle était déjà partie pour aller retrouver le roi à risle-en-Jourdain.
Un lit de justice auquel assistait le chancelier de l'Hôpital, le duc d'Anjou, le prince de Navarre, le cardinal de Bourbon, les cardinaux de Guise et d'Armagnac, le connétable et le gouverneur du Languedoc, fut tenu par le roi. Le chancelier s'étant ému des plaintes que les protestants formulaient contre le Parlement, d'un bout du ressort à l'autre, le premier président lui répondit, et le roi prit à son tour la parole et dit: € Etant venu en cette ville, vous ai bien voulu