CHAP. XIX. — ÉDIT DE NÉRAC
« visiter, pour vous faire entendre ma volonté que « vous gardiez et fassiez garder et entretenir mes édits, « obéissiez à mes commandements sans y faire faute. € Et encore que, comme mes bons et loyaux sujets, < vous m'ayez gardé ma ville, parce que vous ne de- « vez être moms obéissants et diligents à conserver « mes ordonnances et mandements ; ce que je vous € commande très expressément faire sans y contreve- € nir aucunement, aussi que vous administriez bien et € dûment la justice à mes sujets, comme plus à plein € j'ai donné charge à mon chancelier de vous dire et € remontrer. »
Guy Dufaur de Pibrac accompagnait les reines.. Etant avocat général au Parlement de Paris, membre du Conseil privé du roi et chancelier de la reine Marguerite, il demanda la séance au Parlement de Toulouse qui lui répondit que ces titres ne lui donnaient pas le droit de siéger avec la Cour, mais qu'il serait maître d'y prendre place, à la suite des gens du roi. Il refusa.
En quittant Toulouse, la reine mère s'achemine avec son fameux escadron volant de dames d'honneur et la fleur des princes, vers Nérac, où elle ouvrit les célèbres conférences auxquelles prirent part, en qualité de députés du roi, le cardinal de Bourbon, le duc de Montpensier, Guy Dufaur de Pibrac, Duranti et quelques seigneurs De ces conférences sortit Tédit de Nérac, en vingt-sept articles, tendant à expliquer le traité de Poitiers en faveur des protestants.
Ce traité et cet édit confirmaient, dans les Parlements, l'établissement des chambres mi-partie catholiques et protestantes. Armés de l'édit de Nérac, les
magistrats calvinistes de la chambre de Castres tentèrent, plus d'une fois, de donner à ce siège de justice Tétat d'un vrai parlement ; ils finirent même par y créer une chancellerie. Ils eurent deux présidents, vingtconseillers, dont dix catholiques et dix protestants. Les conseillers protestants restaient toujours les mêmes, tandis que les conseillers catholiques se renouvelaient tous les ans. Ils ne portaient la robe rouge que quelques mois, selon les prescriptions du Parlement. On les verra souvent aux prises avec le Parlement qui les surveille d'un œil sévère et impose des bornes à leur ambition. Ces divisions ne sont qu'un reflet des discussions de la province où les protestants rompent bientôt la trêve, s'emparent d'Avignonnet et ne désarment que sur l'ordre du roi de Navarre.
De tous côtés, protestants et catholiques se hâtent de reprendre les armes. A TIsle-en-Albigeois, quelques magistrats catholiques de la chambre de l'Edit prennent la fuite devant une poignée de factieux. A Pamiers, à Condom et à Pau, les catholiques violent le traité de paix. Le roi de Navarre s'en plaint au roi de France et se rend à Mazères où l'attendaient les députés de la province et deux députés du Parlement, les conseillers de Rességuier et Berail. 11 y eut là des disputes et des récriminations qui présagèrent des tempêtes nouvelles.
Le Parlement adresse à la couronne remontrances sur remontrances, et blâme amèrement la création incessante de nouvelles charges dans les sièges inférieurs de la justice, ruineuses au trésor et odieuses au peuple qui voyait les impôts servir au luxe des mignons et des