‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 170 sur 295 · CHAP. XIX. — LA GUERRE DES AMOUREUX · texte numérisé non relu

CHAP. XIX. — LA GUERRE DES AMOUREUX

courtisans. Ce n'est pas sans surprise qu'on voit les parlementaires vérifier, en silence, les lettres patentes donnant en dot à la reine Marguerite les séaéchaussées du Quercy, de l'Agenois et du Rouergue. Le Quercy se désespérait de ce démembrement qui le plaçait sous la domination protestante : la ville de Cahors refusa d'ouvrir ses portes à la reine.

La guerre des amoureux éclata au printemps de i58o : ces batailleurs ne pouvaient longtemps vivre en paix. Quand leur foi n'était pas en cause, l'ambition ou les intrigues galantes leur mettaient les armes à la main; la galanterie n'allait pas sans coups d'épée, et tandis que le roi de Navarre, entraîné par Fosseuse, déchire le traité de Nérac, entre à Cahors « tout sang et pou- € dre », après un combat acharné de cinq jours et de cinq nuits, et marche ensuite sur l'Isle-en-Jourdain avec ses compagnies d'arquebusie s, le vicomte de Turenne s'avance à grandes journées sur Toulouse. Le Parlement autorise les capitouls à lever des impôts, à former des compagnies de guerre sous la conduite de Joyeuse et à rechercher les suspects cachés dans les maisons de la ville. Il suspend le cours de la justice civile, ne laisse subsister que la justice criminelle et écrit au maréchal de Montmorency, gouverneur de la province, de faire raser tous les châteaux des seigneurs en révolte contre le roi.

Les cordeliers de Tlsle-en-Jourdain, chassés de leur couvent, viennent chercher un asile à Toulouse, dans un prieuré de la rue Saint-Antoine-du-Salin. Les chanoines de Pamiers, plus intrépides, s'enferment dans le palais de Tévêque et s'y préparent à un siège. Le roi

commande à Joyeuse de se saisir des biens des rebelles et de défendre Toulouse. Les frais de la guerre tarissant les ressources de la ville, Tacadémie des Jeux Floraux versa au trésor l'argent destiné à la cérémonie de la fête des Fleurs. On vit alors, le 3 mai, par arrêt du Parlement, la procession des quatre ordres mendiants, suivis du doyen des conseillers, des mainteneurs de la gaie science, de trois capitouls et d'une foule immense, précéder les fleurs de Clémence Isaure portées, en grande pompe, au son des hautbois et des trompettes, dans réglise Saint-Etienne, où le doyen des conseillers et un des capitouls les déposèrent sur Tautel de la Vierge, où elles restèrent jusqu'en i58i.

Le duc de Montmorency choisissait mal son heure pour venir à Toulouse. Les parlementaires et les capitouls qui n'aimaient guère cet homme souple, rusé et à langue dorée, chef de protestants sans être huguenot, chef de catholiques sans être ligueur, le détournèrent de son voyage, en lui annonçant le retour de la peste. Il entrevit leur mauvaise volonté sous les flatteries dont ils couvrirent leur refus, mais il était homme d'esprit et ne s'irrita pas. La peste revenait d'ailleurs meurtrière et répandait la disette autour d'elle.

La guerre des Amoureux s'achève: un nouveau traité de paix signé au château de Fleix, en Périgord,au mois de novembre i58o est envoyé au Parlement qui l'enregistre, en flétrissant les attentats des factieux contre les villes assiégées, les campagnes ravagées et les églises détruites. Le roi de Navarre recouvre, par arrêt, la paisible possession de ses domaines dans le ressort, et la ville de Montpellier voit revenir la Cour des aides.

CBAP. XIX. — MORT DU PRÉSIDENT DAFFIS 478

Le premier président Daffis, dont la main ferme et pure éloigna tant de désordres, touchait aux derniers jours d'une vie passée au service de son pays et de son roi. Il expira doucement, dans la paix promise aux hommes de bonne volonté, au mois d'août i58o. Il avait traversé, sans orgueil, de grands honneurs qui n'altérèrent jamais la noblesse et la douceur de son âme. Dans les traits de son visage et à son front plissé qui lui donnait un air dur et sombre, il y avait un voile de tristesse pensive qui lui venait de Taustérité de sa vie et des secousses du temps où il vivait. Il était de ceux qui savaient comprendre, au milieu des événements de ce monde, les faiblesses et les passions humaines, le néant des efforts et des illusions. Il regardait au delà, en ayant foi dans les destinées de l'âme immortelle : il ordonna qu'on mit sur sa tombe le mot que les premiers chrétiens gravaient sur les sépulcres des Catacombes : « Vipei: il vivra. »

Durant sa longue existence, il persista, jusqu'au dernier jour, à préférer la pauvreté, pour lui et ses douze enfants, à la fortune achetée au prix de son indépendance et il s'écarta, sans cesse, des intrigues qui s'agitaient autour du roi. Il croyait mieux servir sa patrie, en s'attachant à calmer et à consoler une province tourmentée par tant de fléaux. Ceux qui Tout accusé d'avoir apporté, sur son siège, la passion des fanatiques, l'ont mal connu et n'ont reflété, dans leurs erreurs, que les calomnies des sectaires. En lui reprochant son intolérance, ils ont oublié que les plus sages articles de l'ordonnance de Blois et du traité de Nérac venaient de lui .

A sa mort, le peuple, les capitouls, les ordres et les compagnies de la ville suivirent ses funérailles et entrecoupèrent de sanglots Toraison funèbre prononcée à ]*église Saint- Jacques, par le célèbre réformateur des feuillants, le père de la Barrière. En sa qualité de chevalier, on mit sur son cercueil, à côté de la robe rouge et du mortier, une épée dorée et des bottines blanches à éperons d'or. Les chevaux du char funèbre eurent aussi des harnais dorés. Comme aux obsèques de tous les premiers présidents, les cloches des paroisses, même la grosse cloche Cardailhac, sonnèrent le deuil. Le premier président Daffis laissait à la postérité la renommée d'un des plus grands magistrats du royaume.

Le Parlement présenta au roi trois candidats à la première présidence, le conseiller Pierre de Sabateri, le président des requêtes Guillaume Daffis et Tavocat général Duranti. Le choix de Henri III s'arrêta sur Durant! qu'il connaissait et qu'il aimait. Le roi de Navarre lui écrivit, deNérac, cette lettre datée de i58i : « Monsieur le président, l'opinion et réputation de € votre vertu et intégrité est telle, entre tous les gens € de bien, que j'ai bien voulu me conjouir avec eux de € l'élection que Je roi, mon seigneur, a faite de vous, € pour tenir le premier lieu et degré de la justice en ce « gouvernement, et pour la y exercer avec dignité et € droiture, étant chose si nécessaire en ce temps et le € principal, voire presque seul, entretènement du repos € commun, ensemble vous faire la présente pour vous ^ témoigner et faire connaître Taise que j'en ai reçu, € et par même moyen vous prier, monsieur le prési- € dent, de vouloir faire entier et assuré état de mon

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