‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 173 sur 295 · CHAP. XIX. — DUPLESSIS-MORNAY · texte numérisé non relu

CHAP. XIX. — DUPLESSIS-MORNAY

bourgeois et les soldats et attendit. Duplessis-Mornay ne s'endormait pas : échappé au massacre oe la Saint-Barthélémy, cet ancien chef de partisans, servant héroïquement le roi de Navarre de son épée et de sa plume trempée comme un glaive, gardait au cœur d'implacables ressentiments et invoquait Theure tardive des représailles. En pleine paix, il roulait, au fond de son cœur, des projets de batailles et pendant son voyage à Toulouse, il en étudiait les places, les rues, les murailles, les plaines et les gués de la Garonne. Dès que le vent fut à la guerre, il se remit en route pour Toulouse, avec un vieux capitaine et le père d'un conseiller dont le nom a été perdu, ne marchant que la nuit, s'éloignant des chemins battus et se cachant, le jour, dans les fermes. Ils allèrent, un soir, demander asile à la maison de campagne où le premier président de Mansencal passait autrefois la saison d'automne. Sa veuve reconnut le vieux huguenot et, le prenant à part, lui dit : « Vous êtes < Duplessis-Mornay. Je vous garderai le secret, même « à l'égard de mon fils, tout homme de bien qu'il est. » Les trois huguenots entrèrent, la nuit, à Toulouse par l'île du Moulin à poudre. Abrités sous les grands arbres et couchés sur le sable, ils regardèrent, aux clartés de la lune, ua de leurs compagnons, passer et repasser le fleuve, en n'ayant de l'eau qu à la hauteur des genoux. Ils se relevèrent, quittèrent l'île de Tounis et se dirigèrent sur Montauban, où le capitaine dressa le plan de Toulouse. Duplessis-Mornay, Tàme du complot, vole à Mont-de-Marsan, y pénètre de nuit, et éveille en sursaut, le roi de Navarre ému et émerveillé de tant de hardiesse et d'intelligence de la guerre. Mais les

capitaines du roi trouvèrent l'entreprise au-dessus de leurs forces, et le roi de Navarre Tajourna à Tarrivée du maréchal de Montmorency.

La nouvelle de Fédit de Nemours, du mois de juillet i585, surprit le roi de Navarre en Gascogne. Cet édit de Nemours, arraché à Henri III par ]a reine Catherine et où revivait le cruel édit de i557, dépouillait les protestants de leurs conquêtes si chèrement achetées, interdisait, dans le royaume, l'exercice de leur religion à peine d'emprisonnement, de confiscation et de mort, enjoignait à leurs ministres de sortir de France dans un mois, avec ordre aux protestants de revenir à la religion catholique ou de quitter, dans six mois, leur patrie. Le roi les déclarait, en outre, indignes de remplir des emplois publics et abolissait les chambres de TEdit.

Le Parlement de Toulouse salua ces déclarations de la couronne, comme un triomphe de la religion catholique. Il n'entrevoyait pas, sous les cendres mal éteintes, les embrasements de la Ligue. Les chambres, en robes rouges, enregistrèrent, avec des acclamations d'enthousiasme, l'édit du roi et jurèrent de lui garder une fidélité inviolable. Le journal de Bataillé a même raconté qu'elles chantèrent un Te Deum à l'église Saint- Sernin et qu'elles ordonnèrent des feux de joie. Durant! mène partout le chœur et le cortège et donne le sign€il de la guerre. Il est le plus enflammé des ligueurs; il s'empresse d'envoyer l'édit aux sénéchaussées du ressort et d'y joindre l'arrêt du Parlement, suspendant de leurs fonctions, les sénéchaux et les juges inférieurs qui ne procéderaient pas, sans délai, à la publication de la déclaration du roi.

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