‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 174 sur 295 · CHAP. XIX. — MESURES PRISES PAR LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

CHAP. XIX. — MESURES PRISES PAR LE PARLEMENT

La chambre mi-partie, de l'Isle-en-Albigeois, se sépare aux premiers jours du mois d*aOût i585 ; le peuple insultait les parlementaires protestants que le président de Saint-Jean fit escorter jusqu'aux limites du diocèse de Castres, où ils trouvèrent des soldats envoyés à leur rencontre par le duc de Montmorency. Dans les sénéchaussées, les scissions éclataient entre les juges catholiques et les juges calvinistes. La justice ouvrait les hostilités avant les armées.

Le roi de Navarre, Montmorency et Condé se rejoignent et rassemblent leurs troupes. Le Parlement avertit Henri III des mouvements des calvinistes, ferme rentrée des villes à Montmorency^ confie au maréchal de Joyeuse la défense de la province, met des garnisons aux petites places et aux châteaux, condamne les pillards des campagnes, chasse des villes du ressort les bateleurs et joueurs de farces qui se moquaient de Dieu^ du roi et des sénéchaux, donne au seigneur de Pins le commandement de la citadelle de Muret et octroie à Caylus le siège de la sénéchaussée du Quercy, trop voisine de Montauban, la place d*armes du roi de Navarre. Les registres sont pleins de requêtes des chanoines et des juges s'enfuyant de leurs églises ou de leurs sénéchaussées et sollicitant un asile à Tabri des coups des protestants. Sous la présidence de Duranti, le Parlement s'applique à la police des mœurs, des ateliers et des écoles, au règlement des conflits, des aumônes, de la fabrication et du cours des monnaies. Il s'arroge le pouvoir souverain d'organiser l'administration de la justice dans les sièges inférieurs et transfère les sénéchaux, les présidiaux, les viguiers et les juges d'une

ville à Tautre ; il nomme des ligueurs à ces charges de judicature, sans attendre la décision du roi ; il décrète la marche des troupes aux frontières, la destruction des châteaux, la taxe des impôts et ]a levée des gens de pied. Il ordonne aux archevêques et évêques de lutter, de tout leur pouvoir, contre les protestants ; il autorise ou interdit les assemblées des Etats. Il mettait ainsi la main aux rênes du gouvernement.

Le Parlement embrasse tout, dans le ressort. Ces sortes d*usurpations s'expliquent par Tentrainement des passions politiques et religieuses, par Téloignement des souverains et les faiblesses de l'organisation administrative. Le seigneur de Benac, sénéchal de Bigorre, étant protestant, hésitait à se conformer à Tédit ; le Parlement lui enlève sa charge, et des lettres patentes du roi ne tardent pas à confirmer cette révocation. Il n'effrayait pas avec des arrêts le maréchal de Montmorency qui lui résistait par ses véhémences de langage et par la marche de ses troupes. Le roi, poussé par le Parlement, désavoue le maréchal, défend à ses sujets du Languedoc de le reconnaître pour gouverneur, et leur ordonne de recourir au maréchal de Joyeuse. Le roi ne comprit pas que cet acte d'autorité manquait de vigueur et de prudence. Il n'osa pas enlever complètement le gouvernement de la province à Montmorency, qui y dressa son camp, en luttant chaque jour contre le Parlement et la Ligue. Il assiégea Lodève et en chassa l'évêque; il brûla le palais épiscopal et s'empara des revenus de l'évêché.

Dans les villes où campaient les troupes, les monastères sentaient passer sur eux un vent de révolte et

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