‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 176 sur 295 · CHAP. XIX. — LETTRE DU ROI DE NAVARRE · texte numérisé non relu

CHAP. XIX. — LETTRE DU ROI DE NAVARRE

parce qu'elles servirent surtout à fortifier la Ligue. On se conforma aux ordonnances royales sur le nombre des conseillers clercs, mais en recevant ces conseillers, le Parlement renouvela les dispositions de ses anciens arrêts qui déclaraient incompatibles les offices de con« seillers clercs avec les bénéfices à charge d'âmes. Les ligueurs se trompaient, en croyant que tous les conseillers clercs allaient se ranger sous leur drapeau.

L'orage semblait devoir écraser le roi de Navarre, Enfermé dans une étroite partie du royaume, et presque dans une bande de terrain misérable et décimé par tous les fléaux, il voyait derrière lui TEspagne et devant lui la grande France catholique, et Henri III, unis à la Ligue et à la veille de marcher contre ses troupes béarnaises et gasconnes. Il reculait devant Tarmée de Joyeuse, et se voyait souvent près de périr entre deux fleuves et deux corps ennemis. Joyeuse, intrépide et téméraire, massa- 'crait tout sur son passage et cherchait une belle victoire qui le mît au-dessus des Guise et lui conciliât la Ligue. Il rencontra, à Coutras, le roi de Navarre qui le battit, rompit ses brillants escadrons, lui enleva ses drapeaux et laissa sur place deux mille morts, au nombre desquels le pauvre Joyeuse, tombé dans les rangs serrés des seigneurs. Encore couvert de la poussière du champ de bataille, le roi proteste contre Tabolition de la Chambre de TÉdit et rend Tespoir et le courage aux protestants par ses lettres intrépides où il leur disait que sa confiance en Dieu lui doublait le cœur. Il écrivait aussi d'un ton railleur et hardi au Parlement de Toulouse qui se défiait de lui : « Je n'ai rien tant à cœur que < la conservation de PÉtat. Il me semble qu'il n'y a

€ raison de soupçonner de moi une chose que je ne dois € pas faire, mais bien vous dirais-je que pendant que

€ vous jetez au loin, à rechercher le mal que je ne fais

€ pas, j*ai peur que vous ne laissiez naître et fomenter

€ entre vous celui que Ton doit craindre. >

La victoire de Coutras attrista le Parlement. Le maréchal de Joyeuse ne pleura pas longtemps son fils : le souci de sa fortune lui fit oublier son deuil. Humilié de n'être que le lieutenant du gouverneur de la province, il se tourna vers les évêques et les engagea à supplier le roi de ne pas rendre le gouvernement du Languedoc à Montmorency. Les évêques s'allièrent au Parlement qui députa, vers le roi, le président Pierre Odet de Saint-Jean et les deux conseillers Vignaux et Sabatier. Montmorency, ne s inquiétant guère de cette intrigue, menaça Toulouse d'un siège. Le Parlement suspendit le cours de la justice

L'ennemi le plus à craindre n'était pas Montmorency,* c'était la peste qui ramenait la désolation et la mort à Toulouse. Duranti pourvut à tout, à Tordre dans la rue et au soulagement des pestiférés, bravant le fléau et exposant sa vie. Il inspira aux chambres assemblées les arrêts défendant aux chefs des familles et aux membres du Parlement de quitter la ville, et enjoignant à ceux qui venaient d*en sortir d'y rentrer sur-le-champ, à peine de 1,000 écus d'amende. Le roi voulant honorer les magistrats morts de la peste, déclara que leurs charges passeraient à leurs héritiers.

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