CHAPITRE XX
Contagion de la Ligue. — Discours du roi. — Édil de réunion. — Mort du duc de Guise. — Fermentation à Toulouse. — Les sermonnaires. — Le comité des Dix-huit. — Agitation causée par Tévèque Urbain de Saint-Gelais et Tavocat Tournier. — Lettre du roi à Durant!. — Discours de Duranti au Parlement. — Séance du Parlement. — Ardeur et ressentiments. — Conseil général au Capitole. — Arrivée de Duranti au Capitole. — Proposition de déchéance du roi. — Exaltation des ligueurs. — La question de la déchéance du roi au Parlement. — Duranti sort du Parlement. — Sa marche vers le Capitole. — Barricades. — Pamphlet d'Urbain de Saint-Gelais. — Duranti en prison. — Perquisition chez Duranti. — L*évèque de Comminges, roi de Toulouse. — Duranti au couvent des jacobins. — Arrestation de Tavocat général Daffis. — Le souvenir du massacre des protestants.
• — Mort de Duranti. — La place Saint-Georges. — Mort de Daffis. — Inhumation de Duranti et de Daffis. ^ Haines populaires. — Arrêt du Parlement ordonnant les honneurs funèbres. — Cérémonie des honneurs funèbres. — Jugement sur Duranti. — Son portait.
Cest un parlementaire qui disait alors que la contagion du fléau n* égalait pas en désastres la contagion de la Ligue. Le Parlement de Toulouse, aussi bien que les autres Parlements de France, enregistra Tédit de réunion signé à Rouen, plus rude que celui de Nemours^ donnant au duc de Guise un pouvoir qui l'approchait du trône, et écartant de la couronne tout prince de la religion réformée. Le roi jura de l'observer; retenu par Duranti qui pressentait la journée des barricades et rinsolence des Seize, le Parlement ne se hâta pas de pré-
ter serment. Tout à coup, on apprit que le roi de France avait tué le roi de Paris, et que le duc de Guise venait de tomber sous le poignard des seigneurs de la cour, à côté du cardinal de Guise, par une froide matinée d'hiver, au château de Blois.
Cette terrible nouvelle apportée à Toulouse, le 3 janvier 1689, changea brusquement la face des choses. Les prédicateurs ouvrirent le feu en déclamant en chaire contre le roi ; ils mirent le Balafré au rang des saints et jetèrent au premier président des outrages et des sarcasmes qui le rendirent odieux aux peuple. Ces agitateurs laissaient couler, à larges flots, leurs émotions et leurs colères, élevant puissance contre puissance, discutant toutes les questions brûlantes, frondant les ordonnances et les arrêts, et égalant en audace les plus mordants satiriques. Tout pliait au souffle de leur voix. Le prieur des minimes, François Richard, Odard Moté, de la compagnie de Jésus, Doyard, curé de Cugnaux, et le cordelier Maurel insultèrent Duranti du haut de leur chaire et soulevèrent le peuple, à la nouvelle de la mort du duc de Guise. Le prieur des minimes exhortait les parlementaires à courir au Palais et à y « foudroyer > un arrêt contre le roi. Au milieu des déclamations des sermonnaires et des rumeurs d*une multitude menaçante, on entendait des cris séditieux contre le roi. Les sermon- ^naires rappelaient tyran, assassin, fauteur d'hérésies et poussaient le peuple aux émeutes.
Le 7 janvier, le conseil de ville s'assemble et, sur la proposition d*un farouche ligueur, Jean Daffis, vicaire général et prévôt de l'église Saint-Étienne, il forme un comité de dix-huit citoyens, choisis, six dans le
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clergé, six dans le Parlement et six dans la bourgeoisie, concentrant tous les pouvoirs, une sorte de comité de salut public, image du fameux comité des Seize de Paris. Dans un violent pamphlet attribué à l'évêque de Comminges, Urbain de Saint-Gelais : Vadverlissement de tout ce qui s est passé en la ville de Tholose, ces membres du comité sont traités € de politiques bigarrés, faits à la < pâte du premier président ». De furieux ligueurs ayant insulté Duranti, retourné contre la Ligue débordante et -engagé dans le parti des politiques tolérants et sages et ne trahissant ni leur Dieu ni leur roi, le président Bertrandi leur imposa silence, malgré les cris de Tavocat Grégoire. Le Parlement flottant entre deux courants contraires, finit par accepter ce comité des Dix -huit qui ruinait son autorité, à la condition pourtant que les affaires les plus importantes ne seraient décidées qu'après avoir été communiquées au premier président. En croyant ainsi travailler à la paix publique, il abdiquait ses droits et livrait Thonneur, la liberté et la vie des hommes à une fraction qui accueillit, avec hau- "teur, cette condition et ne Texécuta jamais.
Le Parlement envoya à ce conseil souverain les conseillers de Gargas, d'Assezat, Vignaux, Vésian et un autre dont le nom n'a pas été conservé, avec un président qui paraît avoir été le président de Paulo. Les premières séances ont un air de réconciliation et de paix ; mais les deux acharnés ligueurs revenus des Etats de .Blois, Urbain de Saint-Gelais, évoque de Comminges vendu aux Guise, ^t Tavocat Etienne Toumier, ardent aux représailles, et enhardi par les acclamations du peuple, racontent au conseil des Dix-huit et à la fouie
pressée dans les rues, Tassassinat du duc de Guise, avec des violences de langage qui soulèvent les fureurs et les menaces.
Les événements se précipitent et la ville gronde comme un orage. Tandis que le calvinisme s*organise d'une manière formidable et attire à lui des nuées de reîtres et de lansquenets allemands, entraînés par le fanatisme religieux et Tattrait du pillage, le roi appelle à lui les soldats de TEspagne et disparait, comme une fiction inutile, de vaut la grande Ligue et les factions relh> gieuses.
Pendant ce temps, le roi allait à pied, selon ce qu'en a dit L'Étoile, par les églises de Paris, « tenant en ses € mains de grosses patenôtres, les disant et les mar- € mottant dans les rues, sur le conseil de sa mère, afin € de faire accroire au peuple, qu'il était dévot et catho- « lique ». Il dépêche en Languedoc, avec une lettre pour Duranti, Cornusson, sénéchal de Toulouse, qu'Urbain de Saint-Gelais a flétri des noms d'efféminé et de couard de race. Les ligueurs lui refusèrent l'entrée de la ville, mais la lettre du roi parvint au premier président qui la lut, en plein Parlement. Le roi disait que la mort du duc de Guise n'était que le châtiment de ses attentats contre la couronne, que la puissance de ce rebelle n'aurait pas permis de lui donner des juges, et que rien ne serait plus cher au roi que la destruction de l'hérésie et la fin des tumultes populaires. Le roi remerciait Duranti de son zèle € à l'honneur de Dieu, « au bien et consécration de l'État ».
Duranti exposa au Parlement les raisons d*État qui affranchissaient les rois, à des heures de crise, des for-