‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 178 sur 295 · CHAP. XX. — SÉANCE DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

CHAP. XX. — SÉANCE DU PARLEMENT

mes ordinaires de la justice et représenta la mort du duc de Guise, comme une de ces choses mystérieuses et fatales dont les princes ne doivent compte qu'à Dieul seul. Le président de Pauio réfuta la harangue de Duranti et pressa le Parlement de demeurer inviolablement attaché à la Sainte Union des catholiques, mise en péril par Talliance du roi de France avec le roi de Navarre. Il faut entendre Urbain de Saint-Gelais parler de luimême dans son pamphlet : € La venue de M. de Com- € minges, sur ces entrefaites, appointa un peu mieux € les affaires des bons et évertua les timides, car sa € présence au Palais, où il entrait comme conseiller, € excitait les éveillés et éveillait les endormis ; son élo- € quence amollissait les plus durs et fléchissait les plus € obstinés ; son saint avis alléchait à soi et rangeait de € son côté les plus revêches et opiniâtres. Il était se- € condé par M. de Paulo, président. > — L'avis du président de Paulo l'emporta ; le Parlement se déclara

ligueur, de peur de ne point se montrer catholique ;

il ne comprit pas qu'il donnait la main aux séditieux.

Une fois entré dans la rébellion, le Parlement marcha droit devant lui. Il refusa d'enregistrer les lettres patentes, rétablissant le duc de Montmorency dans le gouvernement de la province et pardonnant à ceux qui avaient pris les armes contre les troupes royales. Les ligueurs regardèrent ces lettres comme un piège et redoublèrent d'outrages et d'attaques envers le roi. Séduits par des théories protestantes et démocratiques, ils prononçaient déjà le nom d'opposition républicaine. Par la voix des Seize, Paris appelait alors Toulouse sa sœur et

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copiait la formule latine, dont la vieille Rome se servait autrefois, en écrivant à l'ancienne Toulouse : Sorori^ Roslrce Tolosce et innumerabili populo suo. Les ardeurs et les ressentiments des Parisiens passaient ainsi dans Tàme des Toulousains. Le roi ne fut plus nommé dans le canon de la messe; on ne data plus de son règne les actes publics ; on parlait hautement de rompre tout lien avec lui et de se soustraire à son obéissance. Les ligueurs et les parlementaires exaltés parcouraient la province, annonçaient la prochaine fédération des villes du Languedoc, et promettaient solennellement au peuple de s'associer à la Sainte Union catholique. Le conseiller Calmels alla à Albi, le conseiller Richard à Lavaur, le conseiller Le Comte à Cahors, le conseiller Ciron à Carcassonne. Les sages, les modérés et les apaisés ne rencontraient que dédains et railleries. Les villes se détachaient une à une ; Carcassonne resta fi* dèle. Elle espérait devenir le siège du Parlement.

Le conseil des Dix-huit usurpait tout pouvoir et toute autorité ; il dégénérait en tyrannie et en inquisition. Les modérés passaient pour ennemis en matière de religion. L'évêque de Comminges, emporté par son ambition et s^ fougue, ne connaissait plus de bornes. Duranti, son ami, lui porta, de la part du roi, des paroles de douceur et de paix; il se joua du roi et se brouilla avec Duranti.

Aussi longtemps que Duranti avait été l'ennemi intraitable des protestants, il n'eut pas de peine à dominer une population jalouse de ses croyances catholiques. Le jour où il la heurta de front, sa force tomba. Le peuple, changeant comme les flots, élève les hommes ou les renverse, entre deux inclinaisons de soleil. Le Parle-

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ment et l'Hôtel de Ville demandent au pape si Henri de Valois, ayant encouru l'excommunication par Tassassinat du duc de Guise, Tinsurrection n'est pas un devoir. Le pape se tait, les ligueurs sMmpatientent ; la réponse du pape arrive, voilée de nuages et blâmant avec douceur les entreprises de la Ligue, sans toucher à la question du serment de fidélité. Les Dix-huit s'emportent et veulent qu'un décret public proclame la déchéance de Henri de Valois c excommunié par Rome et rasclé de € prières >.

Au Capitole, Tournier tonnait contre le Parlement et le conseil des Dix-huit, et demandait, à grands cris, qu*on arrachât des murs de THôtel de Ville le portrait du roi : les capitouls et le premier président se virent obligés de plier et de convoquer un conseil général, composé de cent membres, pris dans le clergé, le Parlement ou la bourgeoisie et appartenant, presque tous, au parti des politiques.

Le Capitole leur ouvre ses portes. A la troisième séance, six cents sicaires pénètrent de force dans rassemblée, et le tumulte est si grand, que les capitouls réclament Tintervention du premier président. Duranti arrive sans escorte, accompagné seulement de l'avocat général Daffis, aussi tranquille et aussi ferme au travers des outrages et des menaces du peuple, qu'il l'était autrefois au milieu de ses adorations. Ce jour-là, Daffis eût été massacré pour sa fidélité au roi, sans le secours de son frère, prévôt de la ville. Trois jours, Duranti contint les factieux ameutés ; il reprit sur eux, par sa parole haute et sereine, une partie de son autorité naguère si puissante; mais les plus fanatiques ligueurs l'accusèrent de

trahison et proposèrent de délibérer sur la déchéance du roi de France et sur Texpulsion ou Temprisonnement des huguenots, des royalistes et des politiques.

Cette proposition, combattue par les politiques, fut violemment soutenue par Toumier, qui s'écria : c La € mort tragique des Guise n'est que Tavant-coureur € d'innombrables exécutions. Henri de Valois ne veut € plus de la religion catholique : pas d'autres moyens m d'enchaîner sa rage impie, que de mettre la cognée à € la racine, c'est-à-dire de détrôner le nouvel Hérode. > Chapelier, cet autre ligueur, plus farouche encore que Toumier, tournant sa dague vers le portrait du roi dit aux émeutiers: c A Rome» on renversait les statues des € tyrans; qu'on arrache ce portrait! > Et la royale image allait tomber sous les poignards, lorsque l'avocat général Daf&s, dun geste menaçant, ferma la bouche à Tournier et à Chapelier et leur répondit qu'il saurait punir leur insolence. Les émeutiers levaient la main en signe d'union et excitaient Toumier à répliquer. Durant! prit la parole et invoquant les lois divines et humaines, sur lesquelles s'établit l'obéissance au souverain, il déclara qu'on devait, en matière aussi grave, recourir aux lumières du Parlement et il leva aussitôt la séance.

Dans la ville, les ligueurs répandaient le bruit que le premier président venait d'armer et d'attirer à Toulouse la noblesse de Gascogne ; ils af&chaient, aux portes des églises et aux carrefours, des placards injurieux sur lesquels était peint un poignard. La fuite paraissait aux amis de Duranti le seul moyen, pour lui, d'échapper aux meurtriers. Le premier président, sans trembler, regardait de haut la tempête ; il aimait mieux mourir pour son

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