CHAP. XX. — DURANTI EN PRISON
pays que de fuir devant le danger. Les clameurs du peuple autour de sa maison ne le troublaient guère ; mais rémeute grandissant, le Parlement s'assembla, le a^ janvier 1689, pour statuer sur une requête du conseil général, réclamant la déchéance du roi et Temprisonnement de tous les suspects, compris sous les noms de huguenots, politiques, épernonistes, damvillistes, et matignonistes.
Le choc des opinions y fut retentissant : cette redou* table question de la déchéance royale, soutenue par le président de Paulo, mit aux prises les parlementaires qui entendaient, de la Grand* Chambre, les cris du peuple autour du Palais. Les portes enfoncées par les émeutiers, la foule envahit la Grand' Chambre et proféra des cris de mort contre les parlementaires encore hésitants. Un vicaire de la Dalbade ayant aperçu, dans un groupe, un serviteur du premier président armé de deux épées, lui en prit une et, dans la lutte, se blessa au visage. Il s*é* cria ausitôt : « Aide à TEglise ! » On se jeta alors sur le pauvre serviteur et on le frappa mortellement.
Le Parlement ne prit pas la fuite, par les lanternes, comme le Parlement de Rouen, sous le règne de Charles IX, devant une poignée de bandits. Il leva fièrement Taudience à la voix de Duranti qui sortit du Palais et monta en carrosse pour aller au Capitole. Il avait été des premiers parlementaires qui échangèrent les mules contre les carrosses pour se rendre au Palais. Une troupe de conjurés le poursuivit et Tattaqua dans la rue Nazareth, proche la chapelle de Saint- Yves. La voiture fut criblée de coups d'épées et de hallebardes. Duranti, cou- . cké au fond du carrosse, aurait péri sous les poignards.
si les chevaux n'avaient couru à toute bride, et si un laquais n'eût arraché une hallebarde des mains d'un scélérat prêt à le frapper.
Dans son pamphlet, ré vêque de Comminges qui prétend avoir sauvé la vie au serviteur du premier président, ac-> câblé par la populace devant le Palais, se donne encore ce beau rôle qui ne lui a jamais été donné par aucun his« torien. € Le cocher du premier président n'épargna pas € ses chevaux, mais cela ne lui eût pas servi de beau- € coup, si M. de Comminges n'eût quitté son manteau, € au milieu de la rue, pour courir après et détourner ceux € qui plantaient déjà leurs épées dans le coche, pour € ôter la vie à celui qui la voulait ôter à tant de gens de chien. Le cocher faisait voler ses chevaux. » Le carrosse roulant ainsi vers le Capitole, une roue se brisa contre la margelle d'un puits public de la rue de Ic^ Pomme ; Durant! descend du carrosse, hésite un moment et marche vers le Capitole, accompagné d'un bourgeois dont le nom mérite d'être sauvé de l'oubli, le bour* geois Jean Caixac. Au lieu d'un asile, il y trouva une prison.
Pendant que Duranti entrait au Capitole, le peuple élevait des barricades et tendait des chaînes dans les rues. Les boutiques se fermaient par tous les quartiers, et, de tous côtés, on prenait les armes. Le pamphlet d'Urbain de Saint-Gelais l'a dit ainsi : € Les messieurs 4 de robe longue devinrent soldats, quittant la robe pour € l'épée, les marchands et autres ouvriers prirent enfin € les armes, les écoliers fermaient les livres pour s'ar- € mer, les prêtres et moines quittaient leurs bonnets car- « rés et leurs bréviaires, leurs quoqueluches, leur$