CHAP. XXII. — MAYENNE ET LE PARLEMENT
Daurade et menaça de piller ce quartier. Les capitouls, mandés au palais, déclarèrent quUl ne fallait chercher la cause de ces désordres, que dans les manœuvres de quelques ambitieux du Parlement On ordonna une enquête contre les meneurs de ces séditions. Les registres ne disent rien des suites de cette enquête.
Le Parlement réclamait vainement au roi vengeance du sang versé et de la mort de Duranti et de Daffis. Henri III, affaibli et environné de pièges, ne se sentait pas assez fort pour faire un coup d*état. Il écrivit au Parlement, auquel il reprochait son ingratitude, qu'il se proposait de châtier la ville par la privation de sa cour de justice, du bureau des finances de la monnaie et des autres juridictions ; il lui envoya même des lettres patentes pour en ordonner la translation dans telle ville qu'il plairait au Parlement de choisir, sous peine de l'interdiction de leurs charges aux chancelants et aux rebelles. Sans s'arrêter à ces reproches et à ces menaces, les parlementaires députèrent les deux conseillers Philippe de Bertier, chef du conseil de la reine de Navarre, et Jean de Vézian, au maréchal de Joyeuse, pour rengager à se lier, par serment, aux articles de rUnion. Le maréchal, ami de Mayenne, n'hésita pas à convoquer, le i3 avril iSSg, à Castelnaudary, les Etats de cette partie du Languedoc qui commençait à reconnaître le vieux cardinal de Bourbon, second prince du sang, cette ombre de roi, sous le nom de Charles X.
Un des députés du Parlement, Philippe de Berthier, d'un esprit fin et adroit, présenta, à cette assemblée
des Etats, les articles de l'Union approuvés par le Parlement. L'évêque de Saint-Papoul qui présidait, le remer-
cia, au nom des États, et le fit asseoir, selon la règle, après les évoques. L'assemblée, dévouée à la Ligue, se rendit aussitôt avec le maréchal de Joyeuse à Téglise des Cordeliers et jura, sur les évangiles, de protéger et de défendre la religion catholique, de conserver au Parlement son autorité et de faire observer les articles de rUnion. Afin d'empêcher Mayenne de disposer des charges du premier président Duranti et de l'avocat général Daffis, elle arrêta aussi qu*il serait sursis, pendant six mois, à ces nominations. Les États finirent par former un bureau composé des trois ordres et de quelques conseillers de la Cour, afin de pourvoir aux aflfaires d'état, sous le bon plaisir du Parlement et du maréchal de Joyeuse. On attacha une sorte de conseil à la suite du maréchal ; l'évêque de Lodève, deux parlementaires et quelques membres du tiers état formèrent ce conseil ambulatoire qui dirigea et fortifia, un moment, la Ligue.
Le Parlement, oubliant qu'il n'avait qu'à perdre à cet effacement de la couronne, se jetait dans la Ligue. En croyant mieux servir la religion catholique, il s'engageait violemment dans la guerre civile et sortait des voies de la justice. Il ne lui suffisait pas de pousser à la révolte à Toulouse ; deux conseillers revenant de Parts avec l'évoque de Castres, et passant par l'Auvergne, entrèrent aux Etats de cette province et y parlèrent avec tant de chaleur en faveur de la sainte Union, que rassemblée embrassa leur parti. On vit alors afficher sur les murs de la ville la fameuse Déclaration de mes^ sieurs les habitants de Toulouse, Il y était dit, que si pour l'administration d'une république, la paix valait mieux